XXXIV. Géron, archevêque de Magdebourg
La même année mil douze, l'église cathédrale de Bamberg étant achevée , le roi Henri la fit dédier soleimellement le jour de sa naissance, sixième de mai (!2). Il s'y trouva plus de trente-six évêques avec Jean, patriarche d'Aquilèe, qui fit la cérémonie. Les deux abbesses Sophie et Adélaïde, sœur de l'empereur Othon m , y assistèrent; et en cette joie publique le roi accorda le pardon à plusieurs coupables, et le promit à plusieurs autres. Il célébra la Pentecôte de la même année à IVlersbourg , où Tagmon , archevêque de Magdebourg , de voit chanter la messe le jour de la fête; mais il tomba malade, et Ditmart, évéque de Mersbourg , eut ordre de faire cette fonction. Tagmon mourut le huitième de juin, après huit ans et quatre mois de pontificat ; et le roi en ayant été averti , envoya Henri , évêque de Yirtrbourg, pour apprendre l'intention du chapitre et des vassaux, touchant le choix du successeur, sans qu'ils fissent d'élection en forme. Ils témoignèrent tout d'une voix souhaiter pour archevêque le prévôt Yaltherd , que le roi manda , le fit entrer seul dans sa chambre, et l'entretint long-temps. En sortant Yaltherd montra à ceux qui l'avoient accompagné , l'anneau qu'il portoit à la main , disant : Yoilà le gage de la grâce que le roi m'a faite. Ensuite ils vinrent tous devant le roi, qui s'étendit sur les louanges de Yaltherd; ils rélurent en forme, et aussitôt le roi lui donna le bûton pastoral. Après lui avoir prêté serment il fut mené à l'église, elles assistants chantèrent les louanges de Dieu.
C'est Ditmar qui rapporte ces circonstances, auxquelles il fut présent, et on y voit tout ce qui s'observoit en Allemagne sous le saint roi Henri pour remplir les évêchés. Sitôt qu'un évêque éloit mort, on en donnoit avis au roi , on attendoit son agrément pour procéder à l'élection, il la confirmoit en donnant à l'élu l'anneau et le bâton pastoral , et il recevoit son serment avant qu'il prît possession. Nous verrons sous les règnes suivants l'importance de
ces faits.
Le samedi suivant , Arnoul , évêque d'Haïberstad , intronisa Yaltherd par ordre du roi , et le dimanche vingt-deuxième de juin il fut sacré par ses cinq suffragants. Mais il ne rem-
(1) Martyr. R. 19 Apr.
(2) Dilm. lib. 6 , p. 74 Cbr. Saio. au. 1012.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An dcJ.-C. 1013.
An de J.-C. lOU.l
plit le siège de Magdebourg que sept semaines, et mourut le douzième d'août la même année mil douze. Il étoit sévère en apparence, mais doux en effet , juste et ferme dans ses résolutions, et courageux à défondre les droits de l'Eglise. Quand on le vit prêt à rendre Tâme , on le tira de son lit , on le mit sur un cilice avec de la cendre dans les mains , une croix sur sa poitrine et des cierges allumés. Il avoit amassé quantité de livres qui furent pillés à sa mort avec le reste des meubles. Thierry , neveu del'évéque Ditmar, avoit été élu archevêque de Magdebourg ; mais le roi Gt élire Géron, son chapelain, et prit Thierry à sa place. Géron fut ordonné le jour de Saint- Maurice, vingt-deuxième de septembre mil douze (1).
Après la Saint-Martin , le roi Henri vint à Coblentz , et y tint un grand concile pour la condamnation de Thierry , évéque de Metz, et des autres rebelles de Lorraine. Thierry étoit frère de la reine Cunégonde , et dès l'an mil dix il s'étoit révolté contre le roi, son beaufrère, parce qu'il avoit donné à l'église de Bamberg les terres du douaire de sa sœur. Le roi avoit fait des plaintes contre lui au concile de la dédicace de Bamberg ; et en celui de Coblentz , il fut suspendu de la célébration de la messe, jusqu'à ce qu'il se fut justiûé (2).