LIVRE CINQUANTE-NEUVIÈME
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Etant à Sitric, il demeura sept ans enferme.
ne
eardant continuellement le silence ; et toute fois il ne lit jamais plus de conversions et n renferma plus de pénitents. Il ne relâcha rien dans la vieillesse de Faustérité de sa vie (1). Pendant un carême il ne vécut que de bouillon fait d'un peu de farine, avec quelques herbes, et il faisoit ainsi diverses expériences , pour éprouver ses forces. Pendant l'été , de deux semaines il en passoit une jeûnant au pain et à l'eau , l'autre il ajoutoit quelque chose de cuit le jeudi. S'il étoit tenté de manger quelque viande plus de son goût, il la faisoit préparer ; et après en avoir senti l'odeur, il se reprochoit sa sensualité , et la renvoyoit sans y toucher. Il avoit deux ou trois ciliées, pour en changer tous les mois , et se coupoit lui-même la barbe et les cheveux , mais fort rarement. Pendant le carême, il ne sortoit point sans une nécessite indispensable. Mais ces austérités n'empêchoient pas qu'il ne montrât un visage serem et une gaieté continuelle. On raconte plusieurs guérisons miraculeuses qu'il fit , mais évitant autant qu'il étoit possible qu'on les lui attribuât (2). Quand il envoyoit quelque part ses disciples , il leur donnoit un pain , un fruit ou quelque autre chose qu'il avoit bénite ; et ses disciples guérirent plusieurs malades , en leur en faisant manger.
Les moines de Sitrie vivoient dans une grande perfection (3). Tous marchoient nupieds , pâles , négligés , et toutefois contents dans leur extrême pauvreté. Quelques-uns demeuroient enfermés dans leurs cellules comme en des sépulcres. Personne n'y goùtoit jamais de vin. Non-seulement les moines, mais leurs serviteurs et ceux qui gardoient les bestiaux, jeùnoient, observoient le silence, se donnoient la discipline l'un à l'autre , et demandoient pénitence pour les moindres paroles oiseuses. Quand Romuald y vit un si grand nombre de moini^s, qu'à peine pouvoienl-ils demeurer ensemble , il leur donna un abbé , et se retira à Bifolco, gardant étroitement le
silence.
Cependantrempereur saint Henri étant venu
en Italie , envoya prier saint Romuald de le venir trouver, promettant de faire tout ce qu'il lui ordonnerait (4). Le saint homme refu soit absolument d'y aller et de rompre son silence, mais ses disciples lui dirent : Considérez que nous sommes tant ici , que nous ne pouvons plus y loger commodément ; demandez , s'il vous plaît, à l'empereur, quelque grand monastère. Le saint homme leur écrivit : Sachez que l'empereur vous donnera le monastère du mont Amiat, voyez seulement quel abbé vous y mettrez. Il vint donc trouver l'empereur, qui se leva aussitôt, et dit avec un grand senti-
ment : Plut à Dieu que mon âme fût dans votre corps ! Il le pria de lui parler , mais il ne put ce jour-là lui faire rompre son silence. Le lendemain, quand Romuald vint au palais, les Allemands vinrent en foule le saluer en baissant la tête, et s'empressoient à arracher les poils de sa fourrure , pour les emporter en leurs pays comme des reliques ; de quoi le saint homme fut si affligé , que sans ses disciples il seroit aussitôt retourné à sa cellule. Etant entré chez 1 empereur, il lui parla beaucoup de la restitution des droits des églises , de la violence des puissants et de l'oppression des pauvres. Enfin il demanda un monastère pour ses disciples , et l'empereur lui donna le mont Amiat, dont il chassa un abbé coupable de plusieurs, crimes. Ce monastère situé en Toscane dans le territoire de Clusium , avoit été fondé l'an sept cent quarante-trois , par Rachis, roi des Lombards (1).
Une des dernières fondations de saint Romuald , mais qui par la suite est devenue la plus célèbre de toutes , fut celle de Camaldule (2). Ce lieu, nommé alors Campo-Malduli , est situé au milieu des plus rudes montagnes de l'Apennin dans le diocèse d'Arèze; mais c'est une plaine agréable arrosée de sept fontaines. Saint Romuald le choisit comme propre à ses disciples , et y bâtit une église de Saint-Sauveur, et cinq cellules séparées pour autant d'ermites, à qui il donna pour supérieur le vénérable Pierre. Cet établissement se fit du consentement deThéodalde, évêque d'Arèze, qui entra dans ce siège l'an mil vingttrois.
(2; N. 81, etc. 8S.