‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1255 sur 2407 · XXXIX. Casimir moine, roi de Pologne · texte numérisé non relu

XXXIX. Casimir moine, roi de Pologne

Cependant Micislas, roi de Pologne, étant mort l'an mil trente-quatre, et son fils Casimir étant encore trop jeune pour gouverner, il y eut sept ans d'interrègne, ou plutôt d'anarchie. Rixa, veuve du dernier roi, devenue odieuse , se relira en Saxe sous la protection de l'empereur Conrad , et son fils C .simir la quitta quelque temps après pour venir en France, et se rendit moine à Clugny sous le nom de (Charles. En Pologne , comme il n'y avoit point de maître, le désordre étoit extrême; la religion, encore nouvelle, se trouvoit en grand péril , les évêques réduits à se cacher, les églises exposées au pillage. Bretislas, du(! de Bohême, ennemi des Polonois, profitant de l'occasion, entra dans le pays, prit les meilleures villes, entre autres Gnesne, qui étoit la capitale, d'où, par le conseil de Sévère, év(k|ue de Prague, qui l'accompagnoit , il voulut enlever le corps du martyr saint Adalbert , leur évêque ; mais les Polonois prétendent que les clercs de l'égîise de Gnesne trompèrent les Bohémiens, et leur donnèrent à la place lecorps de saint Gaudence,frèredesaint Adalbert (1). Les richesses de cette église, qui étoient grandes, furent pillées, entre autres un crucifix d'or du poids de trois cents livres, et trois tables d'or enrichies de pierreries, dont

(1) Dubrav. lib. 7, pag. 52. Sup. i. lvii, n. 45.

le grand autel étoit orné. Ce pillage de l'église de Gnesne arriva l'an mil trente-huit.

L'année suivante , Etienne , qui en étoit archevêque, de lavis des autres evêques de Pologne , envoya une députation à Rome pour se plaindre de ce sacrilège. Le pape Benoît IX ayant délibéré sur cette affaire , on conclut que le duc Bretislas et l'évêque Sévère seroient excommuniés jusqu'à l'entière restitution des choses saintes. Toutefois, pour ne pas les condamner sans les ou r, ils furent ci i es à Rome, et y envoyèrent des députés , qui les excusèrent sur la dévotion pour de si précieuses reliques et sur le droit de la guerre. Ils promirent que ce qui avoit été pris seroit rendu; mais depuis , ayant gagné par présents les cardinaux , ils obtinrent l'absolution de leur prince sans faire aucune restitution.

D'un autre côté , les Polonois , ennuyés de l'anarchie, résolurent de rappeler Casimir, fils de leur dernier roi ; mais ne sachant ce qu'il étoit devenu, ils envoyèrent en Allemagne vers la reine Rixa , sa mère , qui leur dit qu'il vivoit encore, mais qu'il étoit moine à Clugny, où, par la permission de l'abbé saint Odilon , ils parlèrent à Casimir. Nous venons, lui dirent-ils , de la part des seigneurs et de toute la noblesse de Pologne , vous prier d'avoir pitié de ce royaume , d'en venir apaiser les divisions , et le délivrer de ses ennemis. Casimir répondit qu'il n'ètoit pas à lui , puisqu il n'avoit pu même leur parler sans l'ordre de son abbé. Ils vinrent donc à saint Odilon , qui, après avoir pris conseil , leur répondit qu'il n'ètoit pas en son pouvoir de renvoyer un moine profès et ordonné diacre , et qu'ils dévoient s'adresser au pape, qui seul avoit dans l'Eglise la puissance souveraine.

Les députés de Pologne allèrent à Rome, et ayant eu audience du pape Benoît IX, ils lui représentèrent le triste état de leur pays , et le besoin qu'ils avoient du prince Casimir, pour la conservation du royaume et de la religion. Le cas étoit nouveau et la demande extraordinaire ; toutefois, après avoir bien consulté, le pape crut devoir l'accorder. 11 dispensa donc Casimir de ses vœux , lui permettant non-seulement de sortir du monastère et de rentrer dans le monde , mais de se marier, à condition que les nobles de Pologne payeroient tous les ans au saint-siège chacun un denier de redevance. Ainsi Casimir retourna en Pologne, où il fut reconnu roi, et épousa Marie, sœur du prince des Russes, dont il eut plusieurs enfants. Il commença à régner l'an mil quaranle-un. Ce qui est surprenant, c'est que ni dans la vie de saint Od i Ion , ni da ns les autres anciens monuments de Clugny, il ne se trouve rien d'une histoire si singulière (1). Nous ne l'apprenons que par les historiens de Pologne qui ont écrit longtemps après.

(1) Mabill. tlog. S.Odil. n. V20, Sœc. 0.

HISTOIRE DU CHKiSTlAlNlSME.

[AhUcJ.-C.1041.

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