XV. Autres saints de France
Les Sarrasins, ayant été défaits par Charles- ^lartel au mois d'octobre sept cent trente-deux, tirent encore de grands ravages à leur retour, tuant tous les chrétiens qu'ils rencontroient , et brûlant les monastères et les lieux saints (6). ^aint Pardulfe ou Pardoux éloit alors abbc» de Gueret, capitale de la IMarche. Le bruit courant qu ils viendroient aussi à son monastère, il dit à ses moines : Mes enfants, s'ilsviennentà la porte de cette maison, donnez-leur à boire et à manger, car ils sont fatigués du chemin. Les moines préparèrent un chariot couvert , et le lui amenèrent, pour le conduire en sûreté dans les lieux déserts; mais le saint homme déclara que de sa vie il ne sortiroit point du monastère, ious les moines s'enfuirent, et il demeura seul avec un courage intrépide. Seulement un serviteur, nommé Eufrasius, se cacha |K)ur voir ce qui arriveroit. Comme il aperçut les ennemis de loin, il courut dire au saint abbé : Mon père, ne cessez point de prier, ils sont près de la porte.
[ An de J.-C. 732.
(1) ÎVIarlyr. R. 12aug.
(2) Coin. an. 739, n. 14,
(3) T. 2, Ad. SS. Ben. p.
(4) Haesten. Calalog.ab.
Lux
(5) Chr. Besu. t. 1, Spic.
p. 5i7. Ad. SS. Ben. t. 3, p. 527.
(6) Vita S. Pard. i . 3, p.
Saint Pardoux se prosterna, et dit : Seigneur, dissipiez cette nation qui aime la guerre , et ne nermeltez pas qu'elle entre aujourd'hui dans la porte de ce monastère. Ils s'arrêtèrent tout d'un coup , et , après avoir long-temps parlé ensemble en leur langue, ils continuèrent leur chemin. Saint Pardoux étoit célèbre par l'pustérité de sa vie et ses miracles ; il fut le premier abbé de ce monastère de Guéret , et mourut cinq ans après , en sept cent trente-sept , le dimanche, sixième d'(K•t(^bre. Ses reliques sont au prieuré d'Arnac, près de Pompadour.
Ce fut , comme l'on croit , cette même année sept cent trente-deux, et au retour de cette victoire sur les Sarrasins, que (Charles-Martel exila saint Eucher, évê^que d'Orléans (i). Ce saint étoit natif de la ville même , mais il avoit été moine à Jumiège , et en fut tiré malgré lui })()ur succéder à Savane, son oncle. 11 y avoit seize ans qu'il gouvernoit ce diocèse» avec grand succès, s'attirant l'afTci tion de tout le monde, quand quelques envieux h» rendirent suspect à Charles, lui et toute sa famille. On croit que ie sujet fut le zèle avec Uh\uv\ saint Eucher s'opposoit aux usurpations des biens de l'Église, que Charlesdonnoit souvent à deslaïques l)our fournir à la dépt^nse de divcTses guerres qu'il eut à soutenir, particulièrement contre les Sarrasins. Quoi qu'il en soit , Charles, passant à Orléans pour retourner à Paris, ordonna à l'évcH^ue Eucher de le suivre , et l'envoya ensuite à Cologne avec tous ses parents. Le saint évêque rendit grâce à Dieu de tout , et se ût tellement aimer desévêques, du clergé et du peuple , qu'il disposoit comme il vouloit de leurs biens. Charles, en étant averti, craignit qu'il ne forniiU un parti contre lui ; c'est pourquoi il 1 envoya secrètement dans le pays, nommé alors Hasbani(», à présent Has|)engau , avec ordre au duc Robert de le garder. Mais Eucher ayant aussi gagné les bonnes grâces de ce duc, il faisoit de ses biens tout ce qu'il vouloit, soit pour les pauvres, soit pour les moines. H obtint de lui la piTinission de se retirer dans le monastère de Sarcing, fondé par saint Trudon ou saint Trou, mort environ trente-cinq ans auparavant. Saint Eucher y (init ses jours la sixième année de son exil , c'est-à-dire l'an sept cent trente7huit, le vingtième de février jour auquel l'Église honore sa mémoire (2)!
XVL Concile de Rome pour les images.
Le mépris que l'empereur avoit fait des lettres du pape Grégoire 111 , et la manière dont il avoit traité le prêtre George, son légat , l'obligèrent à assembler un concile à Rome l'an s<^pt cent trente-deux (3), comme l'cm croit, dans l'église de Saint-Pierre. 11 s'y trouva quatreviiigt-treize évêques, dont les priiii ipaux
(1) \ita tom. 3, Ad. SS. (2) iMarlyr. R. 20/l*br. Ben. p. 596. Boll. 20 feb. t. (3) Anast. in Greg. llf. 5, P- 208. Sup. n. 8, 9.
An de J.-C. 732.]
étoicnt. outre le pape, Antoine , archevêque de Grade, et Jean, évcV|ue de Ravenne. Les prêtres , les diacres et tout le clergé de Rome y assistoient , avec les nobles, les consuls et le reste du peuple. En ce concile, il fut ordonné que quiconque mépriseroit l'usage de l'Eglise touchant la vénération des saintes images, quiconque les ôteroit, les détruiroit, les profaneroit ou en parleroit avec mépris, seroit privé du corps et du sang de Jésus-Christ, et séparé de la communion de l'Église. Ce décret fut souscrit solennellement par tous ceux qui assistoient au concile , et on y joignit les autorités des papes précédents. Ensuite le pape envoya par Constantin, défenseur, des lettres à l'empereur Léon , qui furent retenues cx>mme les précédentes , et le porteur Constantin mis en une étroite prison, où il demeura prés d'un an. Puis on lui ota les lettres de force , et, après l'avoir menacé et maltraité, on le renvoya. Toute l'Italie en corps envoya une requête à l'empereur pour le réiablissement des images ; mais elle fut aussitôt ôtée à ceux qui en étoient chargés, par le patrice Sergius, gouverneur d(^ Sicile ; on les retint huit mois, et on les renvoya honteusement. Le pape ne laissa pas d'écrire encore sur ce sujet , tant à l'empereur qu'au patriarche Anastase , et envoya à Constantinople, par le défenseur Pierre, les lettres qui furent aussi sans effet.