LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME
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îs images, mais il étoit hors de la puisde l'empereur (1). C'étoil Jean, né à Da-
(1) Theoph. an. 16, p. (2) Tom. 6, liai. Sacr. t. 3*3. Canif.
saintes
sauce
mas, d'une famille illustre et chrétienne, et d'un père vertueux , qui le fit instruire dans toutes les sciences profanes et dans les saintes lettres. Ensuite il renonça aux richesses de son père, et se fit moine avec Côme, depuis évêque de Majume. Ils entrèrent tous deux dans le monastère de Saint-Sabas , près de Jérusalem, et Jean y passa sa vie. Il fut surnommé Mansour et Chrysorroas (2) : le premier nom signifie racheté , le second fleuve d'or; et c'est le nom grec d'un des fleuves qui passent à Damas. On 1 attribua à Jean pour son éloquence , mais il est plus connu parmi nous sous le nom de Damascène (3).
Quand il eut appris l'ordre que l'empereur Léon avoit donné en sept cent trente contre les saintes images, il écrivit pour leur défense un premier discours, qui commence par ces paroles convenables à l'humilité de la profession monastique : Je devois plutôt, connoissant mon indignité, garder un perpétuel silence , et me contenter de confesser à Dieu mes péchés. Mais , voyant l'église fondée sur la pierre, agitée d'une violente tempête, je ne crois pas devoir me taire, parce que je crains Dieu plus que je ne crains l'empereur. Au contraire , c'est ce qui m'excite ; car l'autorité des princes est d'un grand poids pour séduire les sujets. Il y en a peu qui méprisent leurs commandements injustes, et qui considèrent que les rois de la terre sont soumis au roi céleste, et doivent obéir aux lois. Il met pour fondement de son discours, que l'Église ne peut errer , et qu'il n'est pas permis dç la soupçonner d'un abus aussi grossier que l'idolâtrie ; puis , entrant en matière :
Je sais, dit-il, que celui qui ne ment point a dit : Tu n'auras pointde dieux étrangers, et tu ne te feras point de sculpture ni d'images de ce qui est au ciel ou sur la terre. Aussi je n'adore qu'un seul Dieu , et je n'attribue qu'à lui seul le culte de latrie. Je n'adore point la créature , mais le créateur, qui s'est fait créature pour être semblable à moi. J'adore avec ce grand roi le corps qui est, pour ainsi dire, sa pourpre. J'ose faire une image de Dieu invisible , non en tant qu'il est visible , mais en tant qu'il s'est rendu visible pour nous. Mais Dieu a dit par Moïse : Tu ne feras point d'images. Apprenez comment Moïse l'explique lui-même dans le Deutéronome (4) : Le Seigneur nous a parlé du milieu du feu ; vous n'avez vu aucune image, vous avez seulement ouï sa voix ; de peur qu'en regardant le ciel, et voyant le soleil , la lune et les étoiles , vous ne vous laissiez séduire pour les adorer et les servir. Voyez- vous que son dessein n'est que de vous détourner d'adorer la créature au lieu du
(1) Sinax. Basil, ap. Boll. (3) Theoph.an.2,Cop.p. 6 mai, p. 109. 350.
(2) V. Gr, (4) Deut. VI, 14.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An de J.-C. 732.
créateur, et d'attribuer à quelqu'autre qu'à lui le culte de latrie. Ce précepte étoit donc pour les juifs enclins à l'idolâtrie ; mais pour nous , à qui il est donné de connoîlre parfaitement la nature divine , qui avons passé Tenfance , nous savons ce qu'il est possible , et ce qu'il est impossible de représenter par des images. Comment pourroit-on faire une image de celui qui n'a ni flgure ni bornes? ou peindre par des couleurs celui qui n'a point de corps? Mais depuis qu'il s'est fait bomme , vous pouvez faire l'image de sa forme humaine. Yous pouvez peindre sa naissance de la vierge, son baptême dans le Jourdain, sa transfiguration sur leTliabor, ses tourments, sa croix, sa sépulture, sa résurrection, son ascension. Exprimez tout cela par les couleurs, aussi bien que par les paroles. Ne craignez rien.
Il explique ensuite les différentes significations du mot d'image et du mot d'adoration. Le fils de Dieu est l'image vivante du père. Les idées de Dieu sont les images des choses qu'il veut faire. Les choses sensibles sont des images des choses insensibles; ainsi l'Ecriture , pour s'accommoder à notre foiblesse , attribue quelquefois à Dieu et aux anges des figures corporelles. Ainsi pour représenter la trinité, nous employons la comparaison du soleil , de sa lumière et de son rayon , de la source et du ruisseau. Nous appelons encore image le signe des choses futures ; ainsi l'arche d'alliance , la verge d'Aaron, et l'urne de la manne signifioient la Sainte-Vierge : le serpent d'airain signitioit Jésus-Christ en croix ; la mer et la nuée signifioient le baptême. On nomme encore image ce qui conserve la mémoire des choses passées, soit par lettres, comme quand Dieu écrivit sa loi sur des tables, et ordonna d'écrire la vie des hommes qui lui étoient chers, soit par d'autres monuments sensibles, comme l'urne et la verge qu'il fit garder dans l'arche. Otez donc toutes sortes d'images , et déclarezvous contre celui qui les a fait faire , ou recevez-les toutes chacune comme il lui convient.
L'adoration se prend en deux manières. li y a celle que nous rendons à Dieu, seul adorable par sa nature, et qui s'appelle latrie; il y en a une autre que nous rendons à cause de Dieu à ses amis et à ses serviteurs, comme quand Josué et David adorèrent des anges , ou aux lieux et aux choses consacrées à Dieu , ou aux princes qu'il a établis (1). Comme quand Jacob adora Esau, son frère aine, et quand Joseph fut adoré par ses frères (2). Il y a aussi une adoration, qui n'est qu'un honneur rendu réciproquement , comme entre Abraham et les enfants d'Emor (3). Otez donc toute adoration, ou recevez-les toutes dans les occasions convenables.
N'est-ce pas un seul Dieu et un seul législateur? Pourquoi donc ordonne-t-il des choses
(1) Gènes, xxxiii.
(i) Gcnes. xlyi.
(3) Gènes. .\.\iir.
contraires? Pourquoi fait-il couvrir le propitiatoire de chérubins faits de mains d'hommes? L'arche , l'urne et le propitiatoire , ne sont-ce pas les ouvrages des hommes, faits, selon vous, d'une matière vile? Le tabernacle tout entier n'est-il pas, comme dit l'apôtre, la copie et l'ombre des choses célestes (1)? La même loi, qui défend les images , ordonne donc de faire des images : Et ensuite :
Le bois sacré de la croix n'est-il pas matière? Et le lieu du calvaire et la pierre du saint sépulcre, source de notre résurrection : et les lettres dont les Evangiles sont écrits, et la sainte table, et l'or et l'argent dont on fait les croix et les vases sacrés ; enfin le corps et le sang de Notre Seigneur. Tout cela n'est-il pas matériel? Otez donc le culte et la vénération de toutes ces choses, ou convenez que l'on peut honorer les images de Dieu incarnées de ses amis. On voit ici combien de choses sensibles les iconoclastes respectoient encore.
Saint Jean Damascène .ajoute : Si c'est pour obéir à la loi que vous voulez (Mer les images , vous pouvez aussi recevoir le siibbat et la circoncision. Mais sachez que, si vous observez la loi , Jésus-Christ ne vous profitera de rien (2) : Et ensuite, ils disent: Contentezvous de faire l'image de Jésus-Christ et de sa mère. Quelle absurdité! Ne voyez-vous pas que vous vous déclarez ouvertement ennemis des saints , puisque vous ne désapprouvez pas leurs images , mais les honneurs qu'on leur rend (3). Et ensuite : Le temple de Salomon étoit orné tout à l'entour de chérubins, de palmes , de grenades , de bœufs , de lions. N'est-il pas plus décent d'orner les murailles de la maison de Dieu d'images des saints que d'animaux sans raison ? Nous ne voulons pas peindre Jésus-Christ sans les saints qui composent sa cour. Que l'empereur de la terre se dépouille de la sienne avant que de dépouiller son maître. Et ensuite : Autrefois on ne bàtissoit point de temples aux hommes, et on ne célébroit point la mort des justes par la joie, mais par les larmes; au contraire, celui qui a voit touché un mort, fut-ce le corps de Moïse, étoit réputé immonde (4). Otez donc ces fêles instituées en l'honneur des saints contre les maximes de l'ancienne loi , ou recevez leurs images , que vous prétendez être contraires à la loi. Mais vous ne pouvez abolir ces fêtes établies par les apôtres et les pères. Car, depuis l'incarnation du verbe, nous sommes vraiment sanctifiés , délivrés par ses souffrances, immortels par sa résurn^ction. Depuis ce temps, nous honorons la mort des saints par la joie et non par le deuil. Et ensuite : L'ombre ou la ceinture des apôtres guérissoit les malades, et chassoit les démons : pourquoi leur image ne sera-t-elle pas honorée ? Ou n'adorez
(1) Hcbr. vni,5.
(2) Gai. v, 2.
(3) 3 Reg. VI. i\).
(4) Num. XIX, 11.
rien de matériel , ou ne soyez point novateur, et n'ébranlez pas les bornes éternelles plantées par vos pères , qui ont établi les usages de l'Eglise, non-seulement par leurs écrits, mais par la tradition. Ici saint Jean Damascène rapporte le fameux passage de saint Basile tiré de son livre du Saint-Esprit et de celui de saint Paul : Demeurez ferme, et conservez les traditions que vous avez reçues de nous, soit de vive voix, soit par lettres (1).
Ensuite il répond à l'objection tirée de saint Epiphane, qui déchira un rideau où étoit peinte une image (2). Saint Jean Damascène dit premièrement que cet écrit n'est peut-être pas de saint Epiphane, ensuite qu'il a pu en user ainsi pour corriger quelques abus, comme saint Athanase ordonna d'enterrer les reliques des saints pour abolir la mauvaise coutume des Egyptiens, qui gardoient leurs morts sur des lits Car que saint Epipliane n'ait pas prétendu abolir les images, on le voit par son église qui en est encore à présent ornée. Enfin son autorite seule ne prévaudroit pas à celle de toute
I Lghse.
Saint Jean Damascène rapporte, à la fin de ce discours , plusieurs passages des pères en laveur du culte des images. Premièrement de saint Denis , qu'on appelle vulgairement l'Areopagite; puis de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, qui doit avoir été touché jusqu aux larmes de la peinture du sacrifice d'Abraham ; de saint Jean Chrysostôme, de Léon, evêque de Naples en Chypre, et sur ce dernier
II ajoute : Quel est le meilleur interprète de saint Epiphane, ce saint évêquequi a prêché dans la même ile de Chypre , ou ceux qui parlent selon leur sens particulier? ? t ensuite Il y a eu plusieurs évêques , et plusieurs empe^ reurs chrétiens, distingués par leur piété, leur doctrine et leur sainte vie; on a tenu plusieurs conciles, d'où vient que personne n a condamné le culte des images? Nous ne souffrirons pas qu'il paroisse que nous ayons eu divers sentiments, et varié selon le temps de peur que les infidèles ne regardent notre loi comme un ^eu et une raillerie. Nous n'obéirons point à 1 ordre de l'empereur , qui veut renverser la coutume de nos pères. Les princes pieux ne prétendent pas abolir les usages de
Eglise. Ce n'est pas agir en père, mais en voleur , que de commander avec violence , au lieu de persuader par raison, témoin le second concile d'Ephèse, que l'on appelle encore le brigandage (3). Ce n'est pas aux princes qu'il appartient de décider sur ces matières, mais aux conciles. Ce n'est pas aux princes , c'est aux apôtres et à leurs successeurs que Jésust^hrist a donné la puissance de lier et de délier. Quand ce seroit un ange, dit saint Paul , qui vous prêcheroit un autre évangile que celui
(1) s. Basil, de Spicil. c. (2) Sup. I. xix, n. U.