‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1281 sur 2407 · LXIII. Troisième session · texte numérisé non relu

LXIII. Troisième session

Le lendemain , cinquième jour d'octobre, on tint la troisième session , où le diacre lierre dit qu'il falloit commencer par où avoit fini la précédente. L'évoque de Langres ne se trouva point ; le promoteur du concile l'appela trois fois de la part du pape ; on envoya même à son logis les évéques de Sentis et d'Angers pour le ramener au concile s'ils le trouvoient. En attendant leur retour, le promoteur s'adressa à ceux qui ne s'étoicnt pas encore purgés du soupçon de simonie. L'évéque de Nevers confessa que ses parents avoient donné beaucoup d'argent pour cet évéché, mais à son insu ; que depuis qu'il en étoit pourvu il avoit commis plusieurs fautes contre les règles de l'Eglise , qui lui faisoient craindre la vengeance divine. C'est pourquoi il déclara que si le pape et le concile le trouvoient bon , il aimoit mieux renoncer à sa dignité que de la garder au préjudice de son âme. Ayant ainsi parlé, il jeta sa crosse aux pieds du pape, qui, louché de son repentir, et avec l'approbation du concile, le fit jurer que cet argent avoit été donné sans son consentement, et lui rendit les fonctions épiscopales avec une autre crosse.

Cependant on apporta un titre, par la lecture duquel il parut que l'abbaye de Moùticren-Der appartenoit à l'archevêque de Reims.

Ceux qui avoient été envoyés chercher l'évéque de Langres, dirent que la crainte de Texamen de ses crimes lui avoit fait prendre la fuite; alors le pape fit lire les autorités des pères, et par le jugement de tout le concile l'évéque fut excommunié. Sur quoi l'archevêque de Besançon déclara comme il avoit perdu la parole lorsqu'il avoit entrepris sa défense, demandant pardon au concile d'avoir celé ce miracle jusqu'alors. Le pape fut aitendrijusqu'aux larmes, et dit: Saint Rémy vit encore. Alors, par son ordre , tous se levèrent et allèrent avec lui chanter l'antienne de saint Rémy prosternés devant son sépulcre.

L'évéque de Cou tances confessa qu'à son insu un de ses frères lui avoit acheté l 'évéché : et ajouta que l'ayant su il avoit voulu s'enfuir, pour n'être pas ordonné contre les règles , mais que son frère l'ayant pris de force l'avoitfait ordonner évéque malgré lui. On lui

ordonna de l'affirmer par serment , ce qu'il ne refusa pas : et on jugea qu il n'étoit point coupable de simonie. L'évéque de Mantes déclara que son père, étant évéque de la même ville , lui avoit donné l'évêché de son vivant, et qu'apés sa mort il lui avoit succédé moyennant de l'argent. C'est pourquoi, par le jugement du concile, il fut privé des lonctions épiscopales, en lui ôtant l'anneau et la crosse ; et on lui laissa seulement les fonctions de prêtre , à la prière des évéques.

Enfin, le pape exhorta les archevêques présents à déclarer publiquement s'ils connoissoient quelqu'un de leurs suffragants coupables de simonie. Ils dirent qu'ils n'en avoient aucune connoissance ; et on parla des évéques qui , étant invités au concile, n'y avoient pas voulu venir, et n'avoient point envoyé d'excuse par écrit. C'est pourquoi , après avoir fait lire les autorités des pères, on les excommunia avec tous ceux qui, craignant la venue du pape , avoient suivi le roi à la guerre ; et nommément l'archevêque de Sens et les évéques de Beauvaiset d'Amiens. On excommunia encore l'abbé de Saint-Médard , qui s'étoit retiré du concile sans congé, et l archevêque de Saint-Jacques en Galice, qui s'attribuoit le titre d'apostolique, réservé au pape.

Ensuite, on fit douze canons pour renouveler les décrets des pères méprisés depuis long' temps, et on condamna, sous peine d'anathème, plusieurs abus qui avoient cours dans l'église gallicane. C'etoient ceux dont le promoteur s'étoit plaint dès l'entrée du concile, entre autres les promotions d'évêques sans élection du clergé et du peuple. On y ajouta la défense de ne rien exiger |)ourla sépulture, le baptême, l'eucharistie ou la visite des malades et de prendre des usures. Et parce qu'il s'élevoit de nouveaux hérétiques dans les Gaules, le concile les excommunia avec ceux qui recevroient d'eux quelque service, ou qui leur donneroientprolection(l). llexeommunia quelques seigneurs laïques en particulier, savoir, les comtes Engelray et Eustache, pour inceste, et Hugues de Braine, qui, ayant quitté sa femme légitime, en avoit épousé une autre. 11 défendit à Baudouin , comte de Flandre, de donner sa fille en mariage à Guillaume, duc de INormandie, et à ce duc de la recevoir. 11 cita le comte Thibaud, parce qu'il avoit quitté sa femme. H cita Geoffroy , comte d'Anjou, au concile qui se tiendroil à Mayence. pour y être excommunié, s'il nerelàchoitGervais, évéque du Mans, qu'il tenoit en prison. Enfin il excommunia ceux dont le clergé de Compiègne avoit fait sa plainte, et quiconque apporteroit quelque empêchement à ceux qui retourneroient du concile, que le pape congédia en donnant sa bénédiction.

Le lendemain, sixième jour d'octobre, il vint au chapitre des moines de Saint-Rémy, et

leur demanda la société de leurs prières en leur accordant la sienne : ils se prosternèrent, il leur donna l'absolution et les embrassa tousl'un après l'autre. Ensuite il assembla cequirestoit de prélats du concile, entra à l'église et fit célébrer la messe; puîS^ il alla prendre le corps de saint Rémy sur l'autel, et, le portant sur ses épaules, le remit à sa place ; ainsi il prit congé et se mit en chemin pour retourner. En conséquence de cette quatrième translation de saint Rémy, il ordonna, par une bulle adressée à tous les fidèles du royaume de France, de célébrer la fête de ce saint le premier jour d'octobre , comme nous faisons encore.

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