LXXVI. Ecrit de Pierre Damien contre les clercs impudiques
peut rapporter à ces temps-là , c'est-àux premières années de Léon IX , l'écrit
On dire aux preniiféres que Pierre Damien lui adressa pour avoir sa décision , touchant les clercs infectés de péchés abominables. 11 y en a, dit-il, qui veulent bien recevoir la pénitence, quelque rude qu'elle soit, mais ils ne peuvent se résoudre à perdre leur rang dans l'Eglise; quelques évéques, peutêtre trop indulgents, ne jugent dignes d'être déposés que ceux qui sont tombés dans le dernier degré de corruption. Pour nous, il nous semble que quiconque est dans ces habitudes criminelles, doit être exclu des ordres, ou en déchoir s'il est déjà promu. On objecte la nécessité de trouver des ministres pour le service de l'Eglise; mais, par cette raison, on mettra des coupables même dans les premières places (2). Et ne peut-on pas dire que ceux-là sont tombés dans le sens réprouvé , qui , après de telles (chutes, veulent encore demeurer dans le ministère ecclésiastique? L'apôtre juge digne de mort non-seulement ceux qui commettent ces crimes, mais encore ceux qui y consentent; toutefois, il ne parleque des gentils (3). Qu'auroit-il dit s il avoit vu cette plaie dans le corps même de l'Eglise et jusque dans le clergé ? L'abus est venu dans un tel excès , que les pères spirituels pèchent avec leurs propres enfants, et que les coupables se confessent à leurs complices, qui, ne leur imposant point de pénitences convenables, ne leur donnent point les moyens de se relever de leurs chutes. Ils s'appuient sur de fausses règles que l'on trouve mêlées avec les canons, et dont je mettrai ici quelques-unes, pour montrer que toutes les autres semblables , quelque part qu'on les rencontre, sont fausses et apocryphes (4). Si un prêtre qui n'est pas moine, a péché avec une fille, il fera deux ans de pénitence, et pendant les trois carêmes il jeûnera au pain et à l'eau, le lundi, le mercredi, le vendredi etle samedi : si c'est avec une religieuse et par habitude, la pénitence sera de cinq ans. Un simplclerc, qui aura péché avec une fille, fera pénitence six mois, un chanoine de même; si c'est fréquemment, deux ans.
L'auteur rapporte quelques autres exemples de ces faux canons sur des cas plus infâmes.
(1) Petr. Dam. i. Ep. 3.
Vita Léon. lib. Il, c 8.
Herman. 1052.
(2) Petr. Dam.
VII, c. 2, 3, i, 5.
(3) Rom. I, 32.
Opusc
et continue : Quiconque a tant soit peu de connoissance des canons sait que la pénitence d'un prêtre tombé en fornication estde dix ans ; pour ne point parler des plus sévères, et pour les laïques de trois ans. Ainsi les clercs, suivant ces prétendus canons , qui ne leur imposent que six mois, seront traités plus doucement que les laïques. Mais qui a fabriqué ces canons (1)? Il est certain que tous les canons authentiques ont été publiés par les conciles ou par les papes , et il n'est permis à aucun particulier d'en faire. Que si on demande l'auteur de ceux-ci , on les trouvera différemment marqués en différents exemplaires. Quelquesuns les attribuent à Théodore, d'autres au pénitentiel romain, d'autres les appellent canons des apôtres. C'est qu'en effet on n'en connoît point les auteurs. Ce Théodore doit être l'archevêque de Cantorbéry, à qui l'on a faussement attribué plusieurs canons pénitentiaux, outre les siens (2).
Pierre Damien rapporte ensuite les canons du concile d'Ancyre, qui, pour les péchés dont il s'agit en ce traité, ordonnent même aux laïques des pénitences de vingt-cinq ans (3). II ajoute l'autorité de saint Basile , touchant les moindres approches de ces crimes, et celle du pape Sirice, qui déclare tout laïque mis en pénitence indigne de la cléricature. Il conclut en priant le pape de décider, après avoir consulté les canons et les hommes spirituels. Le pape lui fit réponse, louant son ouvrage, et avouant que, selon la sévéri té des canons, les degrés de péchés qu'il a marqués méritent tous quatre la privation de tous les ordres; toutefois, usant de clémence, il ne prononce la peine de déposition que contre les clercs les plus criminels. Ce qui donne lieu de croire que le nombre des coupables étoit trop grand pour les traiter à la rigueur (4). Le pape Léon IX, ayant écouté trop facilement des calomnies contre Pierre Damien, ce saint homme lui écrivit avec beaucoup d'humilité et de fermeté, le priant de mi point le condamner sans examen , et ne désirant ses bonnes grâces qu'autant qu'elles lui étoient utiles pour son salut.