LXXVIII. Eglises de France
En France , Jourdain , évêque de Limoges , étant mort (2), plusieurs du clergé et de la noblesse allèrent trouver Guillaume, duc d'Aquitaine . le priant de leur donner un évêque. Il prit le conseil des seigneurs de toute l Aquitaine, des clercs et des vassaux de l'église vacante; et, après une mûre délibération. Hier fut élu du consentement du duc et du vicomte Adémar , par les suffrages de tout le clergé et le peuple, le quatrième de janvier l'an rail cinquante-deux , la vingt-deuxième année du roi Henri. Il fut ordonné par les évêques qui étoient présents, savoir, Aimond, archevêque de Bourges, Rencon, évêque de Clermont, et Gérard de Périgueux, du consentement des évêques de Rhodes, d' Alby et de Cahors. Il est remarquable que dans cet acte le roi n'est nommé que pour la date.
La même année, le pape et le roi autorisèrent la fondation de l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne (3). Le fondateur fut Robert , né dans le même pays, et fils d'un Géraud , que l'on croyoit être de la famille de saint Géraud d'Aurillac. Robert fut mis dès sa jeunesse entre les chanoines de Saint-Julien de Brioude , et reçut avec le temps tous les ordres , même la prêtrise, avançant toujours en vertu. Il avoit un grand zélé pour la conversion des pécheurs , et une telle affection pour les pauvres , qu'il fonda un hôpital près de Brioude. L'amour de la retraite lui fit prendre le chemin de Clugny; mais, ayant été découvert, on le ramena malgré lui , tant il étoit aimé de tous , particulièrement des pauvres. Il conserva toutefois le dessein de se retirer dans un désert , avec deux ou trois personnes , et d'y bâtir un monastère.
Un gentilhomme, nommé Etienne , qui , se sentant chargé de péchés , étoit touché d'un grand désir de pénitence , s'adressa à Robert, qui lui conseilla de quitter le monde, offrant de se retirer avec lui; mais il l'exhorta à chercher un troisième compagnon, et quelque petite église abandonnée dans un désert, où ils pussent vivre de leur travail, et des racines qu'ils trouveroient. Il vouloit même que ce fût une paroisse» , afin de ne donner sujet à personne de se plaindre , qu'il faisoit un nouvel établissement. Un autre gentilhomme, nommé Dalmace , ami d'Etienne , s'offrit pour se join-
(1) C. 1 , 2, 3, 9, 10, etc. Sup. liv. x\xii, n. 57. c. 18. 16. Sup. liv. XIII , n. 46. (2) C. 29.
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dre à eux , et Robert les ayant trouvés fermes dans leur résolution, ils allèrent s'établir à une église abandonnée , qu'Etienne avoit remarquée allant au Puy en Yelay , et qu'ils obtinrent facilement, avec le désert d'alentour, de deux chanoines du Puy à qui elle appartenoit. Ils eurent beaucoup à souffrir, nonseulement de la stérilité du lieu, mais de la dureté des voisins , qui les chargeoient d injures et de menaces , les traitant d'insensés de venir, sans rien avoir, s'établir dans un lieu où ils n'auroient pu subsister même avec des provisions.
Robert encourageoit ses deux disciples , et tandis qu'ils travailloient de leurs mains , il s'appliquoit à la lecture et à la prière , pour avoir de quoi les instruire. Enfin, par leur travail et leur patience , ils surmontèrent toutes les difficultés, et adoucirent si bien les esprits farouches de leurs voisins, que plusieuts se joignirent à eux , tant des nobles que des clercs. Les miracles que faisoit Robert contribuèrent beaucoup à lui attirer des disciples; mais il les attribuoit aux martyrs saint Vital et saint Agricole, à qui son église étoit dédiée. Enfin la multitude de ceux qui vouloient vivre sous sa conduite l'obligea d'accepter les terres et l'argent qu on lui offroit pour la fondation d'un monastère , et il commença à le bâtir au même lieu par le conseil de Rencon, évêque d(; Clermont, dans le diocèse duquel il étoit. Rob<Tt s'ètoit retiré en mil quarante -trois ; il commença son nouveau monastère environ trois ans après, et il l'acheva en mil ciaquante-deux , comme il paroît par une bulle du pape Léon IX, datée du second jour de mai , et par des lettres-patentes du roi de France Henri , datées du vingtième de septembre, et souscrites de plusieurs évêques et de plusieurs seigneurs, savoir, Aymon, archevêque de Bourges, Arnould de Tours , Agobert, évêque d Orléans , Helmuin d'Aulun , Mainard, archevêque de Sens, Enzelin, évêque de Paris, Gui de Chàlons-sur-Saône (1). Les principaux seigneurs sont : Odon, frère du roi, Robert , duc de Bourgogne , aussi son frère , Guillaume, duc d Aquitaine, Guillaume, duc de Normandie. On nommoit dès lors cette abbaye la Chèse-Dieu , en latin Casa JJei ^ c'est-àdire la maison de Dieu. Robert en fut le premier abbé , et y gouverna jusqu'à trois cents moines. Il répara environ cinquante églises abandonnées depuis long-temps , et la Chèse- Dieu devint dans la suite le chef d'un ordre ou grande congrégation de plusieurs monastères sous la règle de saint Benoit , dont sortirent plusieurs personnages illustrés. Robert mourut l'an mil soixante - sept , le dix-septième d'avril , et il est honoré entre les saints.