‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1365 sur 2407 · XXXIV. Pierre Damien, légat à Milan · texte numérisé non relu

XXXIV. Pierre Damien, légat à Milan

Mais Nicolas II étant monté sur le saintsiège, l'église de Milan lui envoya une députation pour le supplier d'avoir compassion de ses maux; c'étoienl principalement la simonie et l'incontinence des clercs (:]). Le pape y envoya Pierre Damien, cardinal évêque, d'Osïie et Anselme, évêque de Luques, en qualité de légats, qui trouvèrent une grande division entre le clergé et le peuple de 3Iilan , au sujet de ces deux vices. On les reçut toutefois avec le respect dû à des légats du saint-siége (4) , et ils déclarèrent le sujet qui les avoit amenés ; mais un jour après il s'éleva tout d'un coup par la faction des clercs un murmure parmi le peuple,

(1) P. 1090, Ep. 9.

(2) Laaf. de Corp.c. 1,2.

(1) Sup. liv. Lix, n. 35.

Ital. Sa;c. to. 4, p. 141,145.

(2) Sup. Uy. MX, a. 51.

(3) Gesta PontiJQc.

Baron, an. 1059.

(4) Pttr. Dam. Op. 5,

ap.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[AndeJ.-C. 1059.

qui disoit que Tégliso de Milan ncdevoit point être soumise aux lois de Rome , et que le pape n'avoit aucun droit de juger ou de régler celte église. 11 nous seroit honteux , disoient-ils , de la laisser assujettir à un autre , puisqu'elle a toujours élé libre sous nos ancêtres. Avec ces cris ils accouroient de tous cotés au palais épiscopal ; on sonna les cloches , et une grande trompe qui se faisoit entendre par toute la ville.

On menaçoit les légats , et Pierre Damien fut averti que l'on en vouloit à sa vie Ce qui le rendoit plus odieux, c'est que tout le clergé du diocèse de Milan étant assemblé comme en synode , il y avoit présidé , ayant à sa droite l'autre légat, Anselme de Lucques, et à sa gauche l'archevêque de Milan. Pour apaiser ce tumulte, il monta au jubé, et, ayant avec peine obtenu silence , il parla ainsi : Sachez , mes frères, que je ne suis pas venu ici pour chercher la gloire de l'église romaine, mais la vôtre et votre salut. Comment auroit-elle besoin des louanges d'un homme méprisable , après l'éloge qu'elle a reçu de la bouche du sauveur ? et quelle province sur la terre est exempte de son pouvoir, (Jui s'étend jusqu'à lier et délier le ciel même? Ce sont les rois, les empereurs , et enfln de purs hommes qui ont établi les bornes des patriarcats , des métropoles , des diocèses de chaque évêque , et leur ont accordé des privilèges; mais c'est Jésus- Christ même qui a fondé l'église romaine , en donnant à saint Pierre les clefs de la vie éternelle au ciel et sur la terre. Ainsi ce n'est qu'une injustice de priver de ses droits quelqu'autre église que ce soit ; mais de disputer à l'église romaine sa prérogative, c'est une hérésie.

Ensuite, pour établir la supériorité de l'église romaine sur celle de Milan en particulier, Pierre Damien dit que saint Lin , par ordre de saint Pierre , avoit baptisé saint JNazaire , qui , avec saint Celse, fut martyrisé à Milan, et que saint Gervais et saint Prolais étoient disciples de saint Paul , par conséquent , que l'église de Milan est fille de l'église romaine ; ce qui est de remarquable , c'est qu'il ne dit rien de saint Barnabe, que Ion prétend avoir été le premier évêque de Milan. Le peuple, apaisé par ce discours , promit d'exécuter tout ce que Pierre proposeroit (1). Dans le clergé très-nombreux de Milan, à peine s'en trouvoit-il un seul qui eût été ordonné gratis ; car c'étoit une règle inviolable dans cette église que, pour tous les ordres, même pour Tépiscopat, il falloit, avant que de les recevoir, payer la somme prescrite. Pierre Damien se trouva fort embarrassé: d'interdire toutes les églises d'une ville si considérable et d'une province si étendue , il sembloil que c'étoit y détruire la religion. Il étoit odieux et même injuste de pardonner à quelques-uns préférablement aux autres, puisque

(1) V. Tillem. to. t , p. 687,

presque tous étoient coupables , et la moindre division dans ce peuple auroit causé une grande effusion de siing.

En cet embarras , Pierre Damien se souvint de cette règle rapportée par le pape Innocent, que les péchés de la multitude demeurent impunis, c'est-à-dire que l'on ne doit pas exercer, contre une multitude entière , la sévérité des canons. Il considéra l'indulgence dont les pères avoient usé envers les donatistes , les novatiens et les hérétiques semblables ; et , ne pouvant remédier aux maux de l'église de Milan suivant la pureté des canons, il résolut de chercher au moins à mettre fin aux abus, et établir, pour l'avenir, que les ordinations fussent gratuites.

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