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LIVRE SOIXANTE-UNIÈME

personne toutefois n'osoit rejeter une affaire pour laquelle le roi avoit tant d'ardeur, et l'archevêque de Mayence prenoit le parti de ce prince autant qu'il le pouvoit honnêtement. Ainsi, du consentement de tous, il indiqua un concile à Mayence pour la première semaine après la Saint-Michel. On envoya cependant la reine à Loresheim , et le roi, peu de temps après, assi»mbla des troupes pour marcher contre Dèdi, marquis de Saxe, et les Thuringiens ligués avec lui. L archevêque de Mayence prit cette occasion de sommer le roi de sa parole touchant les dîmes ; mais les Thuringiens envoyèrent au roi des députes pour lui déclarer qu'ils ne prétendoient i)oint favoriser la révolt(^ mais si^ulement maintenir leur ancienne liberté touchant les dîmes; et que si rarchpvêque entreprenoit de les lever de force, ils se défendroient. En effet, sans agir contre le roi, ils insultèrent en toute occasion les troupes de l'archevêque, et le roi se contenta de leur ordonner, pour la forme, de payer les dîmes, sans se mettre beaucoup en peine de l'exécution.

Cependant l'archevêque de Mayence écrivit au pap(» une lettre, portant en substance (1) : Notre roi Henri a voulu depuis quelques jours quitter la reine, qu'il a épousée légitimement et fait solennellement couronner, sans alléguer d'abord aucune cause de divorce. Surpris de cette nouveauté comme d'un prodige, nous lui avons résisté en face, de l'avis de tous les seigneurs qui se sont trouvés à la cour, et nous lui avons déclaré que , s'il ne nous exposoit la cause de son divorce, nous le fetrancherions de la communion de l'Eglise, supposé premièreinent que vous le jugeassiez à propos. H nous a dit, pour cause de séparation, qu'il ne pouvoit consonuner avec elle son mariage, et elle en est demeurée d'accord. Comme ce cas est rare dans les affaires ecclésiastiques , et presque inoui quant aux persoimes royales , nous vous consultons comme l'oracle divin , et nous prions votre sainteté de décider cette importante question. Nos frères qui se sont trouvés présents ont indiqué pour ce sujet un concile dans notre ville, où le roi et la reine doivent venir pour subir le jugement. Mais nous avons résolu de ne le point faire sans votre autorité, et nous vous prions, si vous approuvez que nous terminions cette affaire dans un concile , d'envoyer de votre part des personnes capables, avec vos lettres, pour assister à l'examen et au jugement.

XXXllL Concile de Mayence.

Le pape envoya en effet Pierre Damien comme son légat, qui se rendit à Mayence avant le jour marqué. Le roi apprit en chemm que le légat 1 y atlendoit, et qu'il devoit lui

défendre de faire divorce, et menacer Tarchevêque de Mayence de la part du pape, pour avoir promis d'autoriser une séparation si criminelle (t). 11 faut croire que le pape ou le légat avoient appris d'ailleurs que la conduite de l'archevêque n'étoit pas conforme à sa lettre. Le roi, consterné de se voir enlever des mains ce qu'il désiroit depuis si long-temps, vouloit retourner en Saxe; et à peine ses confidents purent-ils lui persuader de ne pas frustrer l'attente des seigneurs qu'il avoit assemblés à Mayence en très-grand nombre ; il s'en alla à Francfort, et y manda l'assemblée.

Pierre Damien exposa les ordres du pape dont il étoit chargé, et dit que l'entreprise de Henri étoit très-mauvaise , et indigne nonseulement d'un roi, mais d'un chrétien; que s'il n'étoit pas touché des lois et des canons, il épargnât au moins sa réputation, et le scandale qu'il causeroit, en donnant au peuple un si pernicieux exemple d'un crime que luimême devroit punir; enfin, que s'il n'écoutoit point les conseils, le pape seroit obligé d'employer contre lui la sévérité des canons , et que jamais il ne couronncroit empereur un prince qui auroit si honteusement trahi la religion.

Tous les seigneurs s'élevèrent alors contre le roi , disant que le pape avoit raison , et le priant au nom de Dieu de ne pas ternir sa gloire par une action si honteuse , et ne pas donner aux parents de la reine , qui étoient puissants, un tel sujet de révolte. Le roi, accablé plutôt que touché de ces raisons , dit : Si vous l'avez résolu si opiniâtrement, je me ferai violence , et je porterai comme je pourrai ce fardeau, dontje ne puis me décharger. Ainsi, plus aigri contre la reine par l'effort que l'on avoit fait pour les réunir, il consentit qu'on la rappelât ; mais, pour éviter même sa vue, il s'en retourna promptement en Saxe , ayant au plus vingt chevaliers à sa suite. La reine le suivit à petites journées avec le reste de la cour et les ornements impériaux. Quand elle fut arrivée à Goslar, à peine put-on persuader au roi d'aller au-devant d'elle; il la reçut assez honnêtement, mais il revint bientôt à sa froideur ; et, ne se pouvant défaire de la reine, il résolut de la garder comme si elle n'eût point

été sa femme.

L'année suivante, mil soixante-dix, Sigefroy, archevêque de Mayence , Annon , archevêque de Cologne , et Herman , évêque de Bamberg, allèrent à Rome, où le pape Alexandre les avoit appelés. L'évéque de Bamberg étoit accusé d'avoir usurpé ce siège par simonie ; mais, par les richc*s présents qu'il fit au pape, il l'adoucit de telle sorte, que non-seulement il n'eut point d égard à l'accusation , mais il lui donna le pallium et d'autres honneurs archiépiscopaux. L'achevêque de Mayence vouloit

(1) To.9,Conc. p. li«0.

(1) Lamb.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

renoncer à sa dignité , mais le pape et ceux quiétoient présents l'en détournèrent, quoiqu'avec bien de la peine. Tous les trois évèques allemands furent sévèrement réprimandés de ce qu'ils vendoient les ordres sacrés , communiquoient sans scrupule avec ceux qui les ache- (oient et leur imposoient les mains.Enfm, après leur avoir fait faire serment de n'en plus user de même à l'avenir , on les renvoya en paix. Annon de Cologne rapporta de Rome un privilège du pape pour l'abbaye de Sigeberg, qu'il a voit fondée, et le bras de saint Césaire, martyr (1).

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