LiVRE SOIXANTE-UNIÈME
dre le bâton pastoral , ce qui lui fut très-
imer.
Siffefroy , archevêque de Mayence, étant parti à la Nativité de Notre-Dame mil soixantedouze , sous prétexte d'aller en pèlerinage a Saint- Jacques en Galice , s'arrêta à Clugny, ou il renvoya toute sa suite, et quitta tous ses biens, résolu d'y embrasser la profession monastique, et y passer le reste de ses jours. Mais il ne persista pas; il céda aux prières du cierge et du peuple de Mayence, et y revint a la Samt- Andrè de la même année.
L\ U. Retraite de saint Annon de Cologne.
Le roi Henri passa la fête de Noël à Bamberg , où Annon , archevêque de Cologne , ne pouvant plus souffrir les injustices qui se commettoient à la cour, pria le roi de le décharger des affaires d'état, alléguant son âge deja avancé. Leroin'eut pas de peine à y consentir, voyant depuis long-temps le prélat extrêmement choqué de ses passions déréglées et des folies de sa jeunesse , et qu'il s'y oi)posoit autant que le respect le permetloit. L'archevc^uo, ayant obtenu son congé , se retira au monastère de Sigebert qu'il avoit fondé , et y passa les trois années qu'il survécut en veilles, en jeûnes et en prières, accompagnées d'aumônes, n'en sortant que par quelque nécessite inévitable (1). . ,, „, ,
Mais le roi , comme délivre d un làclieux gouverneur, s'abandonna aussitôt sans retenue à toutes sortes de crimes. H c-ommença a batir des forteresses sur toutes les montagnes et les collines de Saxe etdeThuringe, et y mit des garnisons. Pour les faire subsister, il leur permit de piller le plat pays, et de fîiire travailler les habitants par corvées aux fortifications de ces châteaux. Et , afin de donner un prétexte a ces violences il excita l'archevêque de Mayence à exiger les dîmes de Thuringe, comme il avoit commencé depuis plusieurs années , promettant de lui prêter main-forte pour contraindre ceux qui les refuseroient , mais à condition quil partageroit ces dîmes avec l'archevcViue. Le prélat se laissa séduire par cette espérance, et indiqua un concile à Erford pour le dixième de mars mil soixante-treize.
L\11I. Concile d'Erford.
\u jour marqué, le roi et l'archevêque s'y trouvèrent, accompagnés l'un et l'autre d'une grande troupe de savants (2) , qu'ils avoient alfecté de faire venir de divers lieux pour expliquer les canons, suivantl'inlention du prélat , et appuyer sa cause par des subtilités au défaut de la vérité. A ce concile ètoienl quatre évê-
fl) Lanib. 107-2. Berlold.
1077. EpiUpb. up. liaroii.
(2) Id. an. 1071, p. 18i.
(3; P. isy.
(1) Lanib. ann. 1075, p.
(2) T.amb. an. 1073, to.
9; Conc p. 1230.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
ques, Ilerman de Bamborg, Hécel d'Hildosheim , Eppon de Ceitz et Bennon d'Osnabruc , qui étoient venus déterminés à appuyer les intentions du roi et de l'arcbevéque , quoique la plupart les désapprouvassent; mais la crainte du roi et l'amitié qu'ils avoient pour Tarehevêque ne leur laissoient pas la liberté de déclarer leurs sentiments. Le roi avoit autour de lui un nombre considéral)le de troupes pour arrêter par la force ceux qui voudroient troubler l'exécution de son dessein.
La principale espérance des Tburingiensétoit aux deux abbés de Fulde et d'Herfeld , parce qu'ils avoientquantité d'église slevant dîmes, et une infinité de terres dans laThuringe. Ces abbés , étant publiquement interpelés de payer les dîmes , commencèrent par prier l'archevêque , au nom de Dieu , de ne point donner d'atteinte aux anciens droits de leurs monastères , que les papes avoient souvent conûrmés par leurs bulles, et que les archevêques, ses prédécesseurs jusqu'à Luitpold , n'avoient jamais attaqués. L'archevêque répondit que ses prédécesseurs avoient gouverné l'Eglise en leur temps comme il leur avoit plu ; que, comme leurs diocésains étoient encore presque néophytes et foibles dans la religion, ils leur avoient souffert, par un sage; ménagement, bien des choses qu'ils prétendoient que leurs successeurs retrancheroient avec le temps. Pour moi, ajouta-t-il, à présent que cette église est suffisamment affermie, je prétends y faire exécuter les lois ecclésiastiques, et par conséquent, ou vous vous y soumettrez de bonne grâce , ou vous vous séparerez de l'unité de l'Eglise. Les abbés recommencèrent à le conjurer au nom de Dieu que, s'il n'avoit point d'égard à l'autorité du pape , aux privilèges de Charlemagne et des autres empereurs, et à l'indulgence de ses prédécesseurs, il laissât au moins partager les dîmes suivant les canons et la pratique universelle des autres églises , et qu'il se contentât d'en prendre le quart. L'archevêque répondit qu'il n'avoit pas pris tant de peine, remué cette affaire depuis environ dix ans pour rien céder de son droit. Les deux premiers jours du concile se passèrent en cette contestation', sans que l'on vît encore lequel des deux parlisl'emporteroit; et les Thuringiens étoient prêts à récuser le concile pour appeler au saint-siège. Mais le roi, prenant Dieu à témoin , protesta que si quelqu'un étoit assez hardi pour le faire il le puniroit de mort, et feroit dans ses terres une telle destruction , que l'on s'en souviendroit pendant plusieurs siècles. L'abbé d'Herfeld , épouvanté du péril de ses sujets , ne trouva point d'autre parti à prendre que de s'en rapporter au roi , et le prier de terminer, comme il luiplairoit , le différent entre l'archevêque et lui. Après que l'on eut long- temps délibéré, ils convinrent que dans dix paroisses, où l'abbé prenoit les (limes, il en auroit les deux tiers el l'arelievêiiue le tiers, que dans les autres ils parlageroient
[An ûc .Î.-C.1073. i An de J.-C. 1073]