‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1547 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-TROISIÈME

(L Ciû.

(S) Bell. 5 apr. tom. 9,

p. 40y. Acia SS. Beu. Saic.

0, par. i, p. 8ô6.

il fonda le monastère de Sauve-31ajour, dans le diocèse de Bordeaux , et plusieurs autres ensuite. Il eloit forleslimé par le roid'Aragon Sanche - Ramirés. Il mourut en mil quatrevingt-quinze, le cinquième d'avril, et fut canonise cent ans après par le pape Célestin III Quant a saint Arnoul (1), depuis sa retraité Il s apphquoit aux jeûnes, aux veilles et à la prière, comme s il n'eût fait que commencer • et sa réputation devint telle en France que toute la noblesse s'empressoit à recevoir de lui quelque bénédiction ; et toutes les personnes constituées en dignité désiroient ardemment de lui parler et le consulter , soit sur la paix de l'Eglise , soit sur leur salut. Il fit encore plusieurs miracles, et dissipa un faux bruit qui s eloit répandu , que les Danois alloient iponder toute la France.

Lorsquil étoit dans le monde, il avoit eu pour ami un chevalier, nommé Gérip, qui depuis s'eloil adonné aux pillages et aux violences, suivant 1 abus de ce temps-là (2) Arnoul avoil souvent prié Dieu pour sa conversion, et lui avoit souvent fait donner des avis salutaires, mais sans fruit. Géric, après avoir vécu plusieurs années dans une grande prospérité, ayant nombre d'enfants, les perdit tous et fui lui-même frappé d une maladie qui le tint au lu irois ans et demi, en sorte qu'il n altendoit plus que la mort. Déjà ses neveux songeoient a s'emparer de ses terres, et à chasser sa lemme sans douaire. En étant alarmée elle lui persuada de se faire porter en litière à' Arnoul, son ancien ami, qui, se rejouissant de son arrivée, le fit venir devant sa fenêtre , et lui du : Mon frère Géric, j'ai obtenu de Dieu par mes prières celle maladie; pour vous faire rentrer en vous-même , rendez-lui grâce du péril dont il a délivré votre âme. Géric répondu : Mon cher père , je suis venu vous trouver en résolution de régler désormais ma vie selon que vous l'ordonnerez : priez Dieu seulement qu'il me rendela santé. La femme de son côté le prioil avec larmes d'avoir aussi pitié d elle. Le saint homme lui dit : Soyez assurée que vous serez recompensée d'avoir fidèlement servi votre mari dans sa maladie II guérira parfaitement, vous en aurez un fils qui naîtra dans un an, ce même jour, et sera nommé Lambert. Il succédera à son père, vous nourrira dans votre vieillesse , et vous verrez ses enfants avant que de mourir. C'est pourquoi je veux, mon cher frère Géric, que vous marchiez désormais dans la voie de la justice. Honorez lEglise et le clergé , ne prenez rien aux pauvres; au contraire, rendez-leur ce que vous leur avez pris, et faites Faumône conlinuellemenl et abondamment ; donnez vos dîmes, mais suivant 1 ordre de l'évêque Cultivez vos terres, et vivez de votre revenu et de vos acquisitions légitimes ; traitez humainement vos censiers , et remettez-leur en partie

(1) Yiia c. S8. (a) c. 31

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ce qu'ils ne pourront payer Gardez sincère- • menlla foi à voire prince et à vos égaux Rendez grâce à Dieu des biens qu'il vo s fait , et soyez assidu aux divins offices. On vous a ap- ! porté malade, maisvous retournerez à cheval en pleine santé. Tout fut accompli de point en point Géric, étant retourné chez lui , eut un fils, qui naquit au jour marqué, qui succéda à son père, et prit soin de sa mère: il fut marié, et elle vit ses enfants.

Tel étoit saint Arnoul quand il fut élu évoque de Soissons au concile de iMeaux. Le décret d'élection élanl écrit, le légat Hugues envoya du concile même des personnes vénérables au monastère de Saint-Médard de Soissons , avec des lettres où il ordonnoit à Ar noul , par l'autorité du saint-siège, de sortir de sa cellule, et venir promplement au concile sous peine d excommunication il). Arnoul, frappé de cet ordre comme d'un coup de foudre , vint au concile. L'élection fut confirmée par les évéques qui , sans écouter ses excuses, le fir<Mit asseoir avec eux ; et le légal lui commanda, en vertu de la sainte obéissance, d accepter l'épiscopal. Ainsi il fut contraint de se soumettre ; on prit jour pour le sacre , qui se devoit faire à Die par le légat, et Arnoul retourna à Soissons préparer ce qui lui étoil nécessaire pour ce voyage. H partit avec quatre moines et des personnes choisies da clergé; et, pissant par la Champagne, il fut reçu avec grand honneur par le comte Thibaut, dans le château de Vertus. De là Arnoul envoya un de ses moines à Paris, dire à U reine Berthe qu'elle étoil grosse d'un fils qui seroit nommé Louis, et regneroil après son père. C'est que le roi Pliilippe et la reine son épouse, étant mariés depuis long-temps sans avoir d'enfant, a voient prié saint Arnoul de leur en obtenir par ses prières. L'enfant qu'il avoit promis naquit en elîet la même année mil quatre-vingt un; il régna depuis, et est connu sous le nom de Louis le gros (2).

Arnoul , ayant achevé son voyage, fut sacré par Hugues de Die le dimanche avant Noël , qui, cette année mil quatre-vingt-un, fut le dix-neuvième jour de décembre. Comme le siège de V ienne étoit vacant, le peuple vouloit enlever Arnoul et l'élire pour archevêque; mais il se pressa de sortir du pays. Hugues , abbe dt* (Mugny, averti de S(m passage, l'envoya prier de venir à son monastère, et l'y reçut avec grand honneur, plus en considération •de sa verluque de sa dignité; car Arnoul se conduisoit depuis long-temps par les conseils de l'abbe Hugues, et on disoil même que le saint abbé avoit contribué à le faire élire evê»que de Soissons. L'abbé, qui craignoil qu il H eût pas la doctrine nécessaire pour une telle place, lui propoa quelques quslionsde lEcrilure, et demeura fort content de sa capai ilé.

(i) Lib. n, c. U

(3j Lib. l> c. 30; II, c. d.

Cependant le siège de Soissons étoit toujours occupé par Ursitm, que le roi prolegeoil, parce qu'il étoil frère de Gervais, son sénéchal. Quand donc Arnoul voulut entrer à Soissons, Gervais vint au devant avec une troupe de gens armés , et l'avertit qu'il se gardât d'y entrer s'il vouloit conserver sa vie. Arnoul, sans s'étonner, piqua son cheval pour passer outre. Mais Gervais l'arrêta par la bride, et le saint prélat, ne voulant pas en venir aux mains, céda à la violence , et se retira au château d'Ouchi dans le diocèse, où il exerça ses fonctions sous la protection de Thibaut, comte de Champagne.

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