XXIX. Canons du concile de Clermont
Le concile de Clermont commença le dix-huitième de novembre mil quatre vingt-quinze, jour de l'octave de Saint Martin. On y fit plusieurs canons, dont nous n'avons que les sommaires pour la plupart ; et de là vient qu'ils sont rapportés diversement. On y confirma tous les décrets des conciles, que le pape Urbain avoit tenus à Melfe, à Bénévent, à Troyes et à Plaisance. On renouvela les défenses d'usurper les biens des évéques ou des clercs à leur mort , et on ordonna qu'ils seroient distribués en œuvres pies, selon leur intention, ou réservés au successeur. Défense aux évéques d'instituer un archidiacre qui ne soit diacre , un archi prêtre ou un doyen qui ne soit prêtre. Défense d'élire un évêque qui ne soit au moins diacre (3).
Les monastères étoient en possession de plusieurs églises, dont les revenus ayant été usur-
(1) III, Kp. 37.
(1) Berthold. Bibl. C.
Inn. p. 528.
(2) Sup. l. LIV, n. 5i.
(4) Chr. Vird. p. 240.
(1) Ivo. Epist. 88.
(2) Chr. Vird. p. 240.
(3) To. X, Conc. p. 506.
Berlhold. an. 1095. Conc.
p. 589, c. 31, al. 1, c. 3, al. 2.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An de J.-C. luuj
pès par des laïques, qui le leur avoient ensuite donné, pour en décharger leur conscience (i). Le consentement de l'évêque y é toit nécessaire, parce qu'originairement toutes les églises étoientà sa disposition; et, en y consentant, il obligeoitles moinesà mettre dans chaque église un clerc capable de la desservir, et lui donner un entretien suffisant. Ce clerc, titulaire de l'église, se nommoit la Personne i et quelquefois Tévéque se faisoit payer un droit en lui donnant rinstitution , et exigeoit des moines le même droit à toutes les mutations de personne. Ce droit se norpmoit rachat, à l'imitation du rachat des fiefs aux mutations de seigneurs ; et on le nommoit rachat d'autels, RedempUo aliarium^ parce qu'on distinguo! t léglise de l'autel. On appeloit église les dîmes et les autres revenus lixes , et autels les obla lions et le casuel, que les laïques laissoient ordinairement aux clercs qui desservoient l'église Le concile de Clermont condamna ce rachat d'autels comme une espèce de simonie (2) , conservant toutefois aux monastères les autels ou les dîmes, dont ils étoient en possession depuis trente ans, sauf le cens annuel aux évéques , c'est-àdire l'ancienne redevance, nommée synodique, ou cathédratique. Et , parce qu'il y avoil des moines qui s'atlribuoient toute l'autorité sur les églises de leur dépendance , le concile ordonne que , dans les églises paroissiales dont ils sont en possession , ce sera l'evéque qui mettra un curé du consentement de l'abbé, et que le curé rendra compte à l'évoque du gouvernement de la paroisse, et sera soumis à l'abbé pour le temporel.
Aucun clerc ne pourra avoir deux prébendes en deux villes différentes , parce qu'il ne peut avoir deux titres ; et chacun sera ordonné pour le titre pour lequel il a été ordonné d'abord. C'est-à-dire que celui qui est, par exemple , sous-diacre d'une certaine église , en sera ordonné diacre et prêtre. Le concile défend aussi d'avoir deux dignités dans une même église. Il défend de recevoir de la main d'un laïque aucune dignité ecclésiastique , ni de lui en faire hommage-lige, et à aucun prince d^en donner linvestiture. Défense aux laïques d'avoir des chapelains qui ne leur soient donnés par l'évêque pour la conduite de leurs âmes (3).
Le ieùne du samedi-saint sera poussé jusque vers la nuit. Le jeune du printemps sera^ toujours la première semaine de carême , et celui de l'été dans la semaine de la Pentecôte. Personne ne communiera sans prendre séparément le corps et le sang, sinon par nécessité et avec précaution. C'est que quelques-uns , comme les moines de Clugny , imitoient les Grecs, donnant l'eucharistie dans une cuiller, où le corps de Notre Seigneur étoit trempé dans son pré-
Ci ) Sifw. ad. Gofr. m.
Ep 12. iMarca. ad c. 7, p.
(2) C. 7, aJ. 3.
l3) C. 12, 13, li, 15, 17, \%.
cieux sang : et nous avons vu que l'église latine rejetoit cet usage, comme contraire j l'institution du sacrement (1). Ce canon, toutefois, le permet en cas de nécessité, commo s'il falloit communier un malade ou un enfant qui ne put avaler du pain sec. Au reste, on voit que l'usage ordinaire étoit encore de communier sous les deux espèces.
On confirma en ce concile la trêve de Dieu pour tous généralement , depuis le commencement de lavent jusqu'à l'octave de l'Epiphanie, et depuis la Septuagésime jusqu'à l'octave de la Pentecôte : le reste de Tannée, pendant les quatre jours de la semaine , jeudi , vendredi, samedi et dimanche. En tout temps pour les moines et les clercs; et tous les jours pendant trois ans pour les paysans et les marchands, à cause delà disette de vivres, dont la plupart des provinces de Gaule étoient affligées. Les croix plantées sur les chemins étoient des asiles comme les églises (2).
Philippe, roi de France, fut encore excomumnié dans ce concile pour son mariage illégitime avec IJertrade (3), nonobstant les sollicitations de plusieurs personnes considérables, et les grands présents que l'on offroit au pape pour l'en détourner, et quoique le concile se tînt dans le royaume de Philippe ; mais cette excommunication ne fitaucun préjudice à lautorité royale (4) ; car nous ne voyons point que depuis il ait été moins obéi que devant , ni que l'on ait pensé à mettre un autre roi à sa place.