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LXIV. Fondation de Cilcaui

Ce fut au même concile de Rome que le pape Urbain, touché des prières des moines di» Molesme, leur rendit l'abbé Robert, qui l(s avoit quittés, ce qui mérite d'être expliqué. Le monastère de Molesme en Bourgogne , dans le diocèse de Langres , fondé sur la fin de l an mil soixante-quinze, eut pour premier abbé Robert , homme d une vertu éprouvée dans la vie monastique et le gouvernement des Ames. Après environ vingt ans , quelques-uns de ses moines firent réflexion que leurs usages ms'accordoient pas avec la règle de saint Benoît . qu'ils entendoient tous les jours lire en chapitre , et qu'ils avoient promis d'observer [V. Ils commencèrent par s'en entretenir en particulier , se plaignant de leur infidélité , et cherchant sérieusement à y remédier. Mais ces discours s'etant répandus dans la communaul'. les autres moines, qui n'avoient pas le mêim zèl(^, commencèrent à se moquer de ceux-d et à les délouiner de leur dessein par toutes sortes de moyens. Les zélés , sans se mettre «ii peine , demandoient à Dieu , par de ferventes prières, de les conduire en quelque lieu où ils pussent fidèlement accomplir leurs vœux.

Ensuite, considirant que la règle défend do rien faire sans la permission de l'abbé, ils s'adressèrent à Robert , qui loua leur dessein . et leur promit, non-seulement de les aider, mais de se joindre lui-même à eux. Pour ne rien faire que par l'autorité des supérieurs, l'abbé Robert , avec six moines des plus zélés , alla à Lyon trouver 1 archevêque Hugues, légat du pape , et lui dit (-2) qu'ils étoient résolus de pratiquer exactement la règle de saint Benoit, lui demandant pour cet effet son secours et la protection du saint-siège , et en particulier la permission de sortir de Molesme , où ils ne pou voient exécuter leur dessein. Le légat la leur accorda, et leur donna ses lettres pour cet elîet, où il leur conseille et leur ordonne, par l'autorité du pape , de persévérer dans leur sainte résolution. Les six qui accompagnèrent l'abbé en ce voyage étoient Albéric , Odon, Jean, Etienne, Lelalde et Pierre (3).

Etant donc retournés à Molesme, ils choisirent les plus zélés pour l'observance, sortirent au nombre de vingt-un, et allèrent s'établir dans un lieu nommé CisUrium en lalin, en francois, Citeaux, à cinq lieues de Dijon, dans le diocèse de Chàlons. C'étoit un désert.

(1) VilaS. Rob. ap.Boll.

29 Ap. lo. tl.p. C03. K\or.

inagn. Cistcrc. c. 10.

(â) Exor. Clsler. c. 1.

couvert de bois et d'épines, qu'ils commencèi ent à défricher, et s'y loger dans des cellules de bois, avec le consentement de Gautier, évêque de Chàlons , et de Rainard , vicomte de B( aune , à qui la terre appartenoit.

Ils s'y établirent le jour de Saint-Benoît , vingt-unième de mars mil quatre-vingt-dixhuit, qui se rencontroit le dimanche des Rameaux ^1). L'archevêque de Lyon , voyant leur extrême pauvreté, et qu'ils ne pourroient subsister dans un lieu si stérile sans le secours de quelque personne puissante, écrivit à Eudes, duc de Bourgogne , pour l'exhorter à leur faire du bien ; et ce prince , touché de leur ferveur, acheva à ses dépens le bâtiment du monastère de bois qu'ils avoient commencé , et les y en- Iretint long-temps de toutes les choses nécessaires ; il leur donna même abondamment des terres et des bestiaux. Cependant l'évêque de Chàlons donna à Robert le bâton pastoral en qualité d'abbé , et fit renouveler aux moines leur vœu de stabilité pour le nouveau monastère, qui fut ainsi érigé canoniquement en abbaye.

Mais , peu de temps après , les moines de Molesme , du consentement de Godefroy, leur nouvel abbé, allèrent à Rome, et portèrent leur plainte au pape Urbain II, dans le concile de l'année mil quatre-vingt-dix-neuf, disant que , par la retraite de Robert , la religion étoit renversée dans leur monastère, et qu'ils éloient devenus odieux aux seigneurs et à leurs autres voisins. Le pape, cédant à leur importunité et au conseil des évêques , écrivit à larchevêque de Lyon de tirer, s'il ètoil possible, Robert de sa solitude jK)ur le renvoyer à son monastère, sinon de faire en sorte que les habitants de la nouvelle solitude demeurassent en repos, et que ceux qui étoient dans le monastère vécussent régulièrement. L'archevêque de Lyon , ayant reçu cette lettre du pape et étant sollicité par l'abbé Godefroy et par les moines de ^lolesme , assembla quatre évêques: Norgoidd'Autun, Gautier de Chàlons, Bertrand de IMàcon , Pons de Bellay, tous ses suffragants , avec trois abbés, Pierre de Tounms, Jarenton de Dijon et Gosseran d'Aisnai, et Pierre, camérier du pape; et, par leur conseil, il écrivit ainsi à Robert, évêque de Lances î

JVous avons résolu de rendre Robert à l'église de Molesme, à condition qu'avant que f y retourner il ira à Chàlons pour remettre à l'évêque le bâton pastoral qu'il a reçu lorsqu il a promis obéissance , suivant la coutume des abbes, et il déchargera les moines du nouveau monastère de l'obéissance qu'ils lui ont promise en qualité d'abbé , œmme l'évêque l'en quittera à son égard. Nous avons aussi permis à tous ceux des moines du nouveau monastère qui voudront le suivre de retourner avec lui à Molesme , à condition que désor-

(t) Eiord. raagn. c. 13.

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