‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1687 sur 2407 · VI. Concile de Valence · texte numérisé non relu

VI. Concile de Valence

En France , les deux légats, Jean et Benoît, tinrent plusieurs conciles, dont le premier, qui avoit été indiqué à Autun , fut tenu à Valence (2). Le principal sujet étoient les plaintes des chanoines d'Autun contre Norgaud, leur évêque, qu'ils accusoient d'être entré dans ce siège par simonie, et d'en dissiper les biens. Par l'autorité des légats , il obligea les chanoines de venir au concile de Valence, nonobstant leurs protestations de ne devoir point être traduits hors de leur province ; car Valence est de celle de Vienne. Le concile commença le dernier jour de septembre mil cent, et il s'y trouva vingt-quatre prélats, tant archevêques et évêques qu'abbés. L'archevêque de Lyon, étant malade, y envoya des députés : et on disoit qu'il avoit empêché les évêques de Langres et de Chàlons d'y venir ; car il n'étoit pas content que les légats lui ôtassent le jugement d'un évêque de sa province. L'évêque de Mâcon, revenant de Rome, avoit été pris par l'antipape Guibert, qui le tenoit en prison, ainsi il n'y eut de la province de Lyon que l'évêque d'Autun qui assista au concile de Vaknce.

Ses parties étoient treize chanoines de son église, entre lesquels étoient deux archidiacres, le prévôt et le chantre, de plus, l'abbé de Saint-Bénigne de Dijon , l'abbé de Flavigny et les députés de l'abbc* de Clugny. Mais il soutenoit qu'ils n'étoient pas rec^îvables , parce que les ouailles ne doivent point accuser leur

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pasteur; qu'ils avoient consenti à son élection et à sa consécration, quoique avertis, sous |)eine d'anathème, de proposer leurs reproches ; que l'un d'eux avoit reçu de lui l'ordre de diacre , l'autre la charge de chantre , et lui avoient fait hommage l'un et l'autre. Enfin qu'il n'y avoit qu'un témoin outre l'accusateur. Les légats répondirent qu'en matière de simonie, toute personne, fût-elle infâme, est reçue à accuser, et que le pape Grégoire Vil , dans un concile de Rome, avoit déposé un évêque simoniaque sur l'accusation d'un abbé, son complice. Que d'ailleurs il suffisoit d'un accusateur avec un témoin.

Quand ce vint au jugement, il y eut de la contestation entre les évêques et les légats. Les évêques disoient que l'on devoil obliger l'accusé à se purger, suivant l'usage de l'église gallicane, confirmé au concile de Clermont, en présence du pape Urbain. Les légats répondirent que , suivant les canons, c'étoit aux accusateurs à prouver ce qu ilsavançoient. I/accusé appela au saint-siége; mais les légats ne déférèrent point à sonappt»l , parce que le pape leur avoit donné la plénitude de sa puissance. La séance du concile ayant duré jusqu'à la fin du jour, on remit la décision de l'affaire. Pendant la nuit, Norgaud envoya des présents aux évêques, dont quelques-uns les prirent, d'autres les refusèrent, et ceux-ci en furent remerciés publiquement par les cardinauxléffats dans la séance du lendemain. L'affaire y fut encore agitée , mais non pas terminée ; et à la prière de tous les évêques on donna un délai jusqu'au concile, que les mêmes légats dévoient tenir à Poitiers. Cependant Norgaud fut déclaré suspens de toute fonction épiscopale et sacerdotale. Et c'est ce qui se passa à son égard au concile de Valence.

VIL Mort de Tanlipape Guibert.

L'antipape Guibert mourut pendant la tenue de ce concile, c'est-à-dire vers le commencement d'octobre l'an mil cent, la vingtième année de son intrusion dans le saint-siège, et la vingt-troisième de sa révolte contre Grégoire VII. Dès le commencement du pontilicat de Pascal , les Romains le pressoient d'abattre l'antipape, trouvant honteux qu'il eût résisté à ses trois prédécesseurs (1). Ils lui offroient de l'argent ; et les députés du comte Roger, venant le complimenter de la part de leur maître, mirent à ses pieds mille onces d'or. Le pape Pascal, encouragé par ces secours, commença à agir contre Guibert, le chassa d'Albane , et par-là ruina son parti dans Rome. Guibert se retira à Città-di-Castello, et dans celte fuite il mourut subitement. Toutefois , le schisme ne fut pas éteint. Son parti lui substitua un nommé Albéat, qui fut pris par les catholiques

le jour même de son élection , et enfermé à Saint-Laurent. Les schismatiques élurent ensuite Théodoric , qui fut pris au bout de trois mois et demi, et enfermé au monastère de Cave. Enfin, ils élurent M aginulfe, qui séduisoit le peuple par des prédictions et des superstitions magiques ; mais il fut aussi chassé de Rome , et mourut en exil, réduit à une extrême misère. L'évêque de Mâcon , délivré de la prison de Guibert, trouva à Rome des députés de l'église d'Autun, qui, en sa présence, rapportèrent au pape ce qui s'étoit passé au concile de Valence ; et le pape en fut encore informé par les lettres des deux cardinaux, Jean et Renoît, ses légats , qui prioient les cardinaux qui étoient à Rome de ne pas souffrir que l'on donnât atteinte à ce qui avoit été fait pour l'honneur de l'église romaine. L'évêque de Mâcon intercédoit pour l'évêque d'Autun, son confrère , et le pape le renvoya avec des lettres, par lesquelles il exhortoit ses légats à favoriser la justice , promettant en ce cas de ratifier leur jugement. Dès le quatorzième d'avril de cette année mil cent , le pape avoit accordé à Norgaud la confirmation des privilèges de son église , le reconnoissanlpour évêque légitime (1). L'évêque de Mâcon revint ainsi en France et assista au concile de Poitiers.

VIII Concile de Poitiers.

Avant la tenue de ce concile, et même de celui de Valence, Ives de Chartres, ayant reçu du légal Jean des lettres pleines d'amitié, lui répondit par une lettre, où il loue d'abord sa fermeté de s'être abstenu de la communion du roi. En quoi, ajoute-t-il, vous avez travaillé pour votre réputation et pour l'intérêt de la légation dont vous êtes chargé, quoique quelques évêques de la province Relgique aient couronné le roi à la Pentecôte, contre la défense du pape Urbain , d heureuse mémoire , comme s'ils croyoient que la justice fût morte avec lui (2). J'ai expliqué ailleurs ce que c'étoit que ce couronnement des rois aux grandes fêtes ; et le roi Philippe s'en étoit rendu indigne, étant retombé dans l'excommunication pour avoir repris Berlrade. Ives de Chartres continue : Quant à ce que vous proposez, de tenir un concile à Poitiers, ou ailleurs, dam la province d'Aquitaine, je l'approuve entièrement, parce que, s'il tenoit dans la province Belgique ou dansla Celtique, il faudroit passer sous silence plusieurs choses qui, étant examinées, causeroient du scandale et étoufferoient presque tout le fruit du concile, mais qui, étant dissimulées, diminueroient beaucoup l'autorité de votre légation. Quant au terme du concile que vous avez marqué au vingtneuvième jour de juillet , les évêques de nos

,1; EUnicr. 3 iXovor.

(2) To. X, Conc p. 717.

Ex Ilug. Flav. p. 2ôi.

(1) Chr. Virdun. p. 256. Domnizo.Petr. Pisan.

Cr Chr. Vird. p. 256, (2) v. Ep. 84. Sup. liv. 257. Rasch. Epist. iaïv, n. 21.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

quartiers en prendront prétexte de dire qu'is n'ont pas le temps de faire ce voyage et de s'y préparer. Car plusieurs d'entre eux ne pourront arriver au lieu du concile que par des chemins détournés, et après avoir obtenu des saufs-conduits de toutes parts. C'est pourquoi il me paroîtroit plus convenable de le remettre à l'entrée de l'automne. Nous en parlerons si Dieu nous fait la grâce de nous voir, aussi bien que de plusieurs autres choses que je ne veux pas confier au papier. Le concile de Poitiers fut en effet différé , et ne commença que le jour de l'octave de Saint- Martin, dix-huitième de novembre (1). Il s'y trouva quatre-vingts prélats,évéques ou abbés, entre autres Ives de Chartres , comme il paroit par ses lettres. On y jugea la cause de Norgaud , evêque d'Autun , commencée au concile de Valence. Norgaud étoit présent , assisté de 1 evéque de Chàlons et de celui de Die, envoyés pour le défendre par l'archevêque de Lyon, qui ne pouvoit souffrir que les légats voulussent juger son suffragant hors de sa province. Trente-cinq chanoines d'Autun vinrent à ce concile contre leur évéque ; on répéta ce qui avoit été dit de part et d'autre au concile de Valence , et presque tous les prélats du concile de Poitiers demeurèrent fermes pour l'usage de l'église gallicane, touchant la purgation des accusés contre la prétention des légats. On accorda donc à l'évéque d'Autun la faculté de se purger, et on ordonna qu'il le feroit surle-champ et avec des personnes capables On récusa pour cet effet l'évéque de Chàlons et 1 evéque de Die, qui étoient déclarés pour

Iui.L'archevéquedeTours,l'évcHïue de Rennes, et plusieurs autres qui étoient de la province lyonnoise , s'offrirent d abord pour jurer avec revéque d'Aulun. Mais les chanoines d'Autun leur dirent .- Vous ne connoissez pas le personnage , et vous vous exposez à un faux serment , comme nous le prouverons par raison , par serment et par le jugement du feu. Cette remontrance retint rarchevêquc de Tours et les autres ; et l'évéque d'Autun , n'ayant pu accomplir de purgation canonique, fut condamne à rendre l'étole et l'anneau pastoral. Il se retira derrière l'autel avec les siens, et ne voulut ni obéir à ce jugement, ni rentrer dans I assemblée. C'est pourquoi il fut déposé de I episcopat et du sacerdoce , avec menace d'excommunication s'il n'obéissoit. On excommunia aussi tous ceux qui lui obéiroient comme evéque, ou lui préteroient secours tant qu'il persisteroit dans son opiniâtreté. Il n'obéit point, et garda l'étole et l'anneau ; mais les chanoines se mirent en possession des biens de I evéche malgré l'archevéquede Lvon, qui dé-

sapprouvoitlejugementdeslégats comme rendu

au préjudice de son autorité contre les canons.

En ce concile de Poitiers, on flt seize canons,

qui portent qu il n'y aura que les évéques qui

(1) To. X, p. 720, lli.

[Andc J. C. liou.

donneront la tonsure aux clercs , et les abbés aux moines, et qu'on n'exigera pour cette fonction ni ciseaux ni serviettes. On défend de même d'exiger aucun repas pour la collation des prébendes, ni des chapes , des tapis, des bassins, ou des serviettes pour le sacre des évéques ou la bénédiction des abbes. L'évéque seul bénira les ornements sacerdotaux ou les vases sacrés. Les moines ne iK)rteront point de manipule , s'ils ne sont sous-diacres. Les abbés ne porteront ni gants, ni sandales, ni anneau, sinon par privilège du saint-siège. Défense d'accorder i investiture d'une prébende vu d'une église du vivant du possesseur. Défense aux clercs de rendre hommage à aucun laïqu<', ou de recevoir de lui aucun bénétice ecclésiastique. 11 est permis aux chanoines réguliers de baptiser, prêcher, donner la |)éiiitence ou la sépulture par ordre de h'urs évc^ques ; mais ces fonctions sont défendues aux moines. Ou n'admettra point à la prédication ceux qui portent des reliques pour quêter. Défense aux avoués, ou à qui que ce soit, de s'attribuer les biens de l'évéque, soit pendant sa vie, soit après sa mort, sous peine d'anathème (1).

L'affaire la plus importante qui fut traitée au concile de Poitiers fut celle du roi Philippe (2). Après le concile de Valence , les deux légats Jean et Benoît l'allèrent trouver, et tirent tous leurs elTorts pour lui persuader de se corriger; mais, n en ayant plus aucune espérance, ils prononcèrent l'excommunicaticm contre lui à la fin du concile. Le duc d'Aquitaine y étoit présent. C étoit Guillaume IX, comte de Poitiers, de Gascogne et de Toulouse, qui s'opposa tant qu'il put à cette censure, tant pour l'honneur du roi , son seigneur, que pour son propre intérêt , car sa vie étoit encore plus scandaleuse. 11 pria donc les légats de n'en pas venir à cette extrémité, et plusieurs évéques les en prièrentavec lui. Ne pouvantl'obtenir, il sortit du concile avec ses gens, faisant de grandes menaces ; quelques év(Hpies sortirent aussi avec plusieurs clercs, et encore plus de laïques, ce qui causa un grand tumulte. Alors les légatsetles prélats qui restoienl prononcèrent l'excommunication contre le roi Philippe et contre Bertrade. Ensuite on fit les acclamations ordinaires pour la conclusion du concile, pendant lesquelles, le tumulte augmentant toujours, un homme du pt»uple, qui étoit aux galeries hautes de l'église, jeta une pierre, voulant frapper les légats. Mais elle donna sur un clerc qui eut la tête cassée et tomba sur le pavé, où l'on vit couler son sang. 11 s'éleva de grands cris dans l'église, et le bruit étoit encore plus grand au dehors. Toutefois, les légats demeurèrent fermes, et ùtèrent même leurs mitres, pour montrer combien ils craignoient peu les pierres qui voloient. Leur fermeté arrêta la fureur des séditieux , les comtes mêmes et les

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