XXIX. Concile de Beauvais
HISTOIRE DU bhRISTIANlSME
[AndcJ.-C. 1115
Cependant Conon, évéque de Palestrme , cardinal et légat du pape , tint un concile a Beauvais avec les archevêques de Reims , de Bourges et de Sens , et leurs suffragants , le sixième de décembre mil cent quatorze (1). En ce concile on excommunia l'empereur Henri , et on renouvela plusieurs décrets des derniers papes, touchant la conservation des biens ecclésiastiques, et les autres points de discipline les plus nécessaires alors. On y fit de grandes plaintes contre Thomas, seigneur de Marie , qui désoloit par ses pillages les diocèses de laon, de Reims et d'Amiens, sans épargner les églises, les monastètes, ni les pauvres. Il tuoit de sang-froid ses prisonniers, ou les fai- S(»it pendre par les pouces, et mourir sous les coups, ou les laissoit périr en prison. Le légat proivjnca contre lui, bien qu'absent , sentence d exconimunication , et le déclara infâme, déchu de l'ordre de chevalerie et de toute dignité.
LiSiard , év6que de Soissons , alla consulter ce concile, touchant h s hérétiques qu'il avoit déco jverts dans son diocèse (2). L'n paysan, nomtné Clémentius, avec ^on frère Ebrard , passoient pour être des premiers de la secte , et l'ehseignoieht secrètement et avec une extrême dissimulation. Ils disoieht que Tincarnation du fils de la vierge n'avoit été qu'un fantôme. Ils tenoient pour nul le baptême des enfailts avant l'Age de i-aison, et appeloient leur baptême la parole de Dieu , y employant Un long circuit de discours. Ils avoient tellemerit en horreur le mystère de nos autels, qu'ils rtbmmoient bouche d'enfer la bouche des prêtres. Ils condamnoient le mariage et tout fruit de l'union de sexes ; d'où vient qu'ils ne mangeoient rien de ce qui est produit par cette voie , comme la chair et le Klit. Ils tenoient leurs assemblées dans des souterrains et d'autres lieux cachés, où on les accusoit de commettre des abominations inouïes. Guibert, abbé de Nogent, qui rapporte celte histoire , ajoute : Si vous relisez les hérésies rapportées pai- saint Augustin , vous n'en trouverez point de plus conforme qtie celle des manichéens.
L'évêque de Soissons, ayant interrogé les deux frères , ne put en tît-er la cohressioH dé leurs erreurs ; et les deax témoins qui avoient déposé conli-e eux étoient absents, savoir , une femme que Clémentius avoit séduite pendant un an , et un diacre qui avoit ouï de sa bouche quelques hérésies. L'évêque, faute de preuve, les condamna au jugement de l'eau exorcisée. Il dit la messe où il les communia , en disant :
Que le corps et le sanç de Notre Seigneur vous soit aujourd hui une preuve; et puis il fitl'oxorcisme de reati,où Clémentius, étant jeté, n'alla point au fond. Ainsi il fut tenu pour convaincu , et mis en prison avec son frère , qUi avoii confessé ses erreurs , mais sans y renoncer. On arrêta aussi deux autres héK'litJties très-connus , qui étoietlt venus de Dorihans à ce spectacle. L'évêque et l'abbé dé Nogent allèrent à Beauvais consulter les évêques du concile sur ce qu'il y avoit à faire. Mais cependant le peuple de Sbissotis, craignant la douceur des ecclésiastiques , courut à la prison , en tira les hérétiques , et les brûla hors de la
ville. ;
Au concile de Beîiuvaîs se présehlèrént 6ci députés d'Amiens, se plaignant que leUr étêque les avoit abandonnés (1). Raoul, archevêque de Reims, IcUr dit: De qUel front osoz-vdii^ nous porter cette plainte, voils qui, bar votre indocilité avez chalssé de son siège Un homtnfc orné de toutes sortes de veriUs? L'aVez-voUS jamais trouvé attaché à soti ihtérêt où à soh plaisir ? Allez dotlc le chercher et le ramenez avec vous: car je prends a témoih le Soigneui- Jésus, que tant queGodefroy vivhi vous n'àiirez point d'autre évêque. Cependant il viril aussi des dépUtés de la part de (iodefroy, avec des lettres , par lesquelles il déclaroit (ju il avoit renoncé à l'évêché , et exhortolt ses diocésains à chei-cher Un autre pasteur, assur.irit qu il ne reviendrOil poiiU et qu'il se sentoit incapable des fonctions de l'épiscopat j (jù'à la vérité il les avoit instruits par ses discours , mais qu'il les avoit perdus par son maUvàis exemple. Cette lettre tira des larmes des évêques du concile , et ils remin rit à délibérer sur cette affaire dans le concile qu'ils dévoient tenir à Soissons à l'Epiphanie de l'année suivante.
A ce concile, furent appelés, par ordre du roi, Henri, abbé de Saint-Quentin (2). où Godefroy avoit été élevé dès l'enfance, et Hubert, moine de Clugny, homme de grande autorité; et le coflcile les eUvoya aux frères delà Chartreuse, pour le brier et leur ordonner de renvoyer au plus tôt l'év^'aue Godefroy h son siège. Les pères du toncile lui écrivirent aussi à lui-même, liii représeUtant qu'il ri'avoit pas dû quitter son troupeau sous ptétexte de sa perfection particulière; et que du vivant d'un év(Hjueles carions tîé perriietteril pas d en mettre un autre à sa place, s'il ti'est irtcapable par niîtladie, oU déposé pour cririié. Gbdefroy, aj.int reçu cette lettre, fut sensibleriient ailligé , et se jeta aUx pieds des chartréUx, lespridnl avec larmes de ne pas souffrir qu'on larnlcHîU d avec eux. Ils pleuroierit de leUr côte, et ne laissoiént pas de le consoler; mais, ne pouvant résister à l'autorité du toi et des évêques , ils le renvoyèrent en paix. Godefroy, sotlant de la Chartreuse, se retournoit souvent pour la regarder les yeux
(1) To. X, Conc. p. TOT. (8) Guib. Vit. S. ni, c.l7.
(1) Vitac. 0.
(î) Snp. liy. Lxv, 11. 3a.
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baighés de larmes , plaighAill son malheur de 1 n avoir pu y finir ses jours (1). Il y demeura environ trois mois, depuis le jour de Saint-i\icelas, sixième de décembre , jusqu'au commencement du cat-ême.
Il viril d'abord h Roîhis, où le légat Conon tenoit un autre concile , qui commença le quatrième dimanche de carême, vingt-huitième de mars mil cent quinze et il y excommunia encore 1 empereur HériH. Raoul, archevêque de Reims, y amena Tévêque Godefroy, tellement atténue de jeûnes , de veilles et d'autres exercices de piété, qu'à peine pôuvoit-il se soutenir. Le légat Conon lui reprocha un peu durement d'avoir quitté son troupeau , et lui enjoignit de préférer le salut de plusieurs à son utilité particulière. Ainsi Godefroy retourna à son eghse, où il fut reçu comme étant extrêmement désiré, mais il ne vécut guère depuis son retour; et, comme il alloit à Reims il mruirut le huitième de novembre mil cent quinze, a Soissons, dans l'abbaye de Saint- Crepin , ou il fut enterré. Il étoil dans sa cin-