LI. Baudouin II, roi de Jérusalem
Jérusalem changea cependant de roi et de patriarche. DèsTannée précèdenlc^ , le roi Baudouin avoit été dangereusement malade; et, se croyant prêt à rendre compte à Dieu de ses actions , il renvoya Adélaïde , comtesse de Sicile , qu'il avoit fait venir et épousée trois ans auparavant , quoique sa fenune légitime , qui étoit demeurée à Edesse, vécût encore. Ce fut par le conseil du patriarche Arnoul que Baudouin trompa ainsi celte princesse, et s'attira par-là , à lui et à son royaume, une haine immortelle du comte Roger , depuis roi de Sicile, (ils d'Adélaïde. L'année suivante, le roi Baudouin retomba malade en Egypte , où il faisoit la guerre , et mourut , comme il revenoiten Palestine, la dix-huitième année de son règne (1). On rapporta son corps à Jérusalem, où il arriva le dimanche des Rameaux, septième d'avril mil cent dix-huit, dans le même temps que la procession en sortoit , et par le même chemin , qui étoit la vallée de Josaphat. H fut enterré près du roi Godefroy, son frère, dans l'église du Saint-Sépulcre.
Son successeur fut Baudouin du Bourg, son parent, à qui il avoit laissé le comté d'Edesse quand il fut appelèà la couronne. 11 étoit François, tils aîné de Hugues, comte de Retel, et vint à la croisade avec Godefroy de BouiUon. Après avoir gouverné dix-huit ans le comté d'Edesse, il voulut aller à Jérusalem visiter les saints lieux, et voirie roi, s(m parent et son bienfaiteur. Il apprit en chemin que ce prince étoit mort en Egypte, et ne laissa pas de continuer son voyage; en sorte au il arriva à Jérusalem en même temps que le corps du roi y fut apporté. Aussitôt qu'il fut enterré, les prélats et les seigneurs délibérèrent sur le choix d'un successeur (2). Les uns disoient qu'il falloit attendre le comte Eustache, frère des deux rois défunts , et suivre la loi de la succession ; les autres représenloient que l'état du royaume ne permettoit pas ce délai , et qu'ils ne pouvoient demeurer sans chef. Alors Joscelin, seiirneur de Tibériade, homme habile et éloquent, et qui avoit une très-grande autorité dans le royaume, leur dit : Voilà le comte d'Edesse, parent du roi, homme brave et vertueux, vous n'en sauriez trouver nulle part un plus digne. Le patriarche Arnoul fut du même avis, et ils y amenèrent aisément tous les autres. Ainsi Bau-
CD Tyr. xi, c 20. Sup. (8) Id. lib. xii, c. 1, 2, 3. n.ie, c 31.
douin II fut élu roi de Jérusalem , et couronné solennellement le jour de Pâques. (À'pendant on avoit envoyé des seigneurs à Eustache , comte de Boulogne, pour l'inviter à venir prendre la couronne après ses frères ; ils eurent peine à lui persuader de partir, et toutefois ils ramenèrent jusqu'en Pouille , où il apprit quel'on avoit couronné le comte d'Edesse. Alors il dit : Dieu me garde d'apporter du trouble dans un royaume où ma famille a rétabli la paix de Jésus-Christ , et pour la tranquillité duquel mes frères ont donné leur vie et acquis une gloire immortelle. Aussitôt , quoi qu'on lui pût dire, il retourna sur ses pas et revint chez lui.
Le patriarche Arnoul mourut dans la même année. Dès l'an mil cent quinze, le pape Pascal, bien informé de ses désordres et de sa vie infâme, envoya en Syrie l'évêque d'Orange en qualité de légat, qui assembla les évêques de tout le royaume , obligea Arnoul d'y comparoître, et le déposa de son siège comme il mériloit. Mais Arnoul, sefiantà ses artifices auxquels presque personne ne résistoit , passa la mer, vint à Rome, et, par ses flatteries et les prési'nts qu'il répandit abondamment , gagna si bien le pape et tout le conseil , qu'il fut rétabli dans son siège, et revint à Jérusalem, où il vécut avec la même licence qu'auparavant. Enfin, il mourut l'an mil huit cent dix-huit , et eut pour successeur un homme simple et craignant Dieu , nommé Gormond , natif de Piquigny, au diocèse d'Amiens (1).
LU. Mort de l'empereur Alexis Comnéne.
La même année mil cent dix-huit, que les Grecs comptoient six mil six cent vingt-six, le jeudi quinzième d'août , mourut à Constantinople l'empereur Alexis Comnéne, âgé d'environ soixante-dix ans , après en avoir régné trente-sept, quatre mois et quelques jours (2). Nonobstant les différents qu'Alexis eut avec les princes latins, il paroi ta voir toujours été calh(jlique et en communion avec l'église romaine; premièrement, par les lettres qu'il écrivit aux papes Urbain 11 et Pascal II ; ensuite par les offrandes qu'il envoya en divers temps au monastère du mont Cassin et même à celui de Clugny, quoique beaucoup plus éloigné. De plus, ce prince étoit fort soigneux de savoir sa religion, et, quand les affaires publiques lui laissoient quelque loisir, il l'employoît à étudier l'Ecriture sainte, et en conférer avec des personnes doctes, dont il y avoit toujours grand nombre à Constantinople (3). Son but, en cette étude , étoit principalement de répri-
P(l) Id. VI, c. 20; xn,
(2) Anna.lib.xv,p. 501.
Zoar. XVII, n. ilU,
(3) Sup. liv. LXIII, n. 42;
LXIV, n. 22; LXVI, II.. 15.
Chr. Cass. iv, c. 40. Ihid.
c. 17, 27, 40. Pelr. ii, Kp.