‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1865 sur 2407 · XXXVI. Guibert, abbé de Nogent · texte numérisé non relu

XXXVI. Guibert, abbé de Nogent

Vous avez vu aussi des hérétiques semblables découverts et brûlés à Soissons , suivant le récit de Guibert, abbé de Nogent. Cet abbL», étant né d'une famille noble à Beauvais, embrassa la \ie monastique dans l'abbaye de Saint-Germer,etfut disciple de saint Anselme, qui étoit alors prieur du Bec , et le venoit voir souvent, prenanl plaisir à l'instruire de la manière d étudier l'Ecriture sainte (1). L'an mil cent quaire, saint Godefroy ayant été élu évêque d'Amiens, Guibert fut élu à sa place abbé de Nogent-sous-Couci, monastère situé dans le diocèse de Laon , aux confins de celui de Soissons. Guibert le gouverna pendant vingt ans, s'occupant à l'étude, à la prédication et à la composition de divers ouvrages, particulièrement pour instruire les prédicateurs et pour réfuter les hérétiques.

Le plus singulier de tous ses écrits est le traité des reliques des saints, composé à l'occasion d'une dent de Notre Seigneur , que les moines de Saint-Médard de Soissons p: étendoient avoir. H convient d abord que nous devons honorer les reliques des saints, pour imiter leur exemple et obtenir leur prolec-

(1) Sup. liv. Lxvi, n. 29.

De viU sua, Ub. c. U, lô.

Sup. liv. Lxil, n. 50; liv.

Lxv, n. 32, Yiu 1, c. 18.

tion ; mais il soutient qu'il faut être assuré de la sainteté de ceux que nous honorons et de la vérité de leurs reliques. Or, il ne croit pas que les miracles seuls soient une preuve de samteté ; sur quoi il témoigne en passant la créance établie dès lors , que le roi de France guérissoit des écrouelles. On devroit, dit-il, sévèrement punir les inventeurs de faux miracles , puisqu attribuant à Dieu ce qu il n'a pas fait, ils le font mentir autant qu'il est en eux. 11 rapporte plusieurs exemples de fausses vies de saints et de fausses reliques, et, pour montrer la retenue de l'Eglise sur les faits incertains, il dit qu'elle n'ose assurer que la Sai n te- Vierge soit ressuscitée, quelque fortes que soient les raisons de le croire, elle permet seulement de le penser. Il bh\me l'usage de tirer les corps saints de leurs sépultures, de les transporter et les diviser , comme conlraires à l'anliquité, et donnant occasion de supposer de fausses reliques. Sur quoi il s'appuie de l'autorité de saint Grégoire (1 ).

Venant aux prétendues reliques de Jésus- Christ, il soutient qu il n'en faut point chercher d'autres que la sainte eucharistie, où il nous a laissé , non pas quelque reste de son corps, mais son corps entier (-2). Or, il n'eût pas été à propos de nous le donner sous une forme étrangère, si nous avions eu quelque partie de son corps sous sa propre forme. Là Guibert s'étend sur les preuves de la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie, contre Bérenger et les autres hérétiques de son temps, comme il avoit déjà fait dans sa lettre à l'abbé Sigefroy , où il dit ces paroles remarquables : Si leucharistie n'est qu'une ombre et une figure, nous sommes tombés des ombres de l ancienne loi en des ombres encore plus méprisables. Enfin, l'auteur revient à son principal sujet, savoir, la dent de Notre Seigneur, que l'on prétendoit être une dent de lait; et dit quil faut faire le même jugement du nombril que d autres prétendoient avoir, et des reliques semblables. Il les rejette toutes comme contraires à la foi de la résurrection, qui nous assure que Jésus-(.hrist a repris son corps tout entier, outre qu il n'est point vraisemblable que la Sainte-Vierge ait conservé ces sortes de chos<^s, non plus que son lait que l'on montroit à Laon (3). Ces sentiments de Guibert sont d'autant plus remarquables, que dans tous ses ouvrages, et dans celui ci même, il paroit fort crédule sur les histoires miraculeuses. Il mourut l'an mil cent vingt-quatre.

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