XLIII. Premiers écrits d? saint Bernard
Cependant saint Bernard commença à faire paroitresa doctrine par deux ouvrages qu'il publia vers le commencement du ponlilicat d'ilonorius. Le premier fut le traité des degrés de Ihumilité, qu'il adressa à Geoffroy, son parent, alors prieur de Clairvaux, et depuis évéque de Langres, parce qu'il l'écrivit à sa prière pour expliquer plus au long ce qu'il avoit dit sur ce sujet devant la communauté. Il y définit l'humilité, une vertu par laquelle l'homme devient méprisable à lui-même par une connoissance Irés-v rilable de ce qu il est. Ensuite, pour mieux faire entendre les douze degrés d humilité si)eciliés dans la régie de saint Benoît , il parcourt les douze degrés d'orgueil qui leur sont opposés ; en sorte que le dernier de ceux-ci répond au premier d'humilité , parce que Ton commence à monter par où l'on a cessé de descendre (1). Après l'édition de cet ouvrage, saint Bernard s'apen ut qu'en citant l'Evangile il avoit ajouté un mol qui n'est pas dans le texte , quoiqu'il ne change rien au sens , et qu'en parlant des séraphins il avoit apporté un sens mystique qu'il n'avoit lu nulle part. C'est pourquoi il se crut obligé de joindre à ce traité une rétractation de ces deux articles, montrant aux théologiensa vec quel respect ils doivent citer le texte sacré, et combien ils doivent craindre d'en donner de nouvelles interprétations.
Le second ouvrage de saint Bernard fut le traité de l'amour de Dieu, qu il adressa au cardinal Aimery, que le pape Honorius avoit fait chancelier (de léglise romaine (-2). Jléloil François, natif de La CluMre en Berrv; (^alliste 11 l'avoit fiiit cardinal-diacre (n mil cent vingt - un, et il fui lié particulién'iiMul avecsaint Bernard. Le cînlinal layant d«»nc consultésur pliisi('Urs(|ueslion>,ilsec()nt( niade lui repondre sur eelle-ci : Pourquoi et conunenl il f.uil aimer iJieu. 11 repond «ju'il faut Tainiei sans mesure : pn niieremenl , par reconnois sauce de nous av'oir aimes \v pr< mier el coinb!és de bien, tant du corps que d<' lame, (jui obligent les inlideles meniez à lainier A ais les chrétiens (*n nn' des niotifs bim plus pressants dans la pas>ioiJ de JeNns-(Jn isl el ses elTets; en sorte qne le pré(eple d-imer Dieu oblige^ j)lus élroilemenlsousla loi nouvelle que sous l'ancienne (3). ^ous dev(>ns encore considérer l'avanlngt' qui nous revient d'aimer Dieu, quoique nous ne devions pas 1 aimer en vue de la recompense ; car la vraie charilé ne peut être sans fruit , quoiqu'elle ne soit pas
(1) Opusc. 7, c. 10. fiCg.
(2 Opusc. 8.
mfTcenaire : elle mérite la récompense sans la chercher. La charité nous mène par le droit chemin au souverain bien que nous désirons tous, et que la plupart cherchent inulilemenl dans les créatures par un long circuit.
Saint Bernard dislingue ensuite quatre degrés d amour : le prenner, où je n'aime que moi ; le second, où, connoissant que je ne j)uis subsis er sans Dieu , je commence à laimer, mais par i apport à moi. Ensuite , à force de penser à lui avec plus d allenlion , je le vois si parfait que je l'aime pour lui-même, sans retour sur moi , el c'est le troisième degré ; le quatrième est de ne m'aimer moi-même que |K)ur Dieu. Celte perfectionne convient à l'état de celte vie que pour quelques actes rares et passagers; mais ce sera l'étal li\e el conlinuel des bienheureux (1). Saint Bernard renvoie à la lettre qu il avoit écrite sur ce sujet à Guignes et aux charlreux , dont il étoil prieur; et il en insère la plus grande partie de ce Irailé. Il y dit que la vraie charité est celle par laquelle nous aimons autant le bien du proc bain que le nuire, autrement c'est aiuier le bien pour nous el non pour lui-même ['2). 11 distingue l'esclave, le mercenaire el le lils : l'esclave reconnoit qne Dieu est puissant et le crainl ; le mercenaire reconnoit que Dieu lui est b(m, et 1 aime par inlérêt; le fils reconnoit que Dieu esl bon, purement et simplement , el laime d'un amour chaste et désintéressé.