‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1891 sur 2407 · I. Mort d'Honorius II. Innocent II, pape. Anaclet · texte numérisé non relu

I. Mort d'Honorius II. Innocent II, pape. Anaclet

.anti-pape.

HonorIcs II , étant tombé malade au palais de Latran, se tit porter au monastère de Saint- André, oii il mourut le quatorzième jour de février mil cent trente, et ne laissa pas d'être enterré dans l'église de Latran. Il avoit tenu le saint-siège cinq ans et deux mois. Les premiers et les plus sages de l'église romaine le voyant à la mort, pour prévenir le tumulte qui pourroit arriver à l'élection de son successi*ur, (onvinrcnt de la faire à Saint Marc, et tous ens(»mble, selon la coutume (1). Mais les cardinaux , qui avoient été les plus familiers d'Honorius et qui avoient été assidus auprès de lui pendant sa maladie, avec le chancelier llaimeri , craignant le tumulte des Romains , s'ils alloient à Saint-Marc, se pressèrent de faire une élection avant que la mort du pape fût publiée. Ils élurent donc Grégoire, cardinal de Saint- Ange, le nommèrent Innocent Il , et le revêtirent des ornements ponti- Ocaux. Les autres , ayant su la mort du pape , s'assemblèrent le même jour à l'heure de tierce à Saint-Marc, comme on étoit convenu, et élurent Pierre de Léon , prêtre-cardinal de Sainte- Marie-Trastt vere , comme les autres avoient prévu; car c'étoit pour l'éviter qu ils s'èloient pressés délire Grégoire. Pierre fut nommé Anaclet 11 par ceux qui l'élurent; et ainsi il y eut schisme dans l'église romaine.

Grégoire avoit été moine à Saint Jean-de- Latran, puis abbé d un monastère de Saint- Nicolas et Saint-Primitif hors de Rome (2). Il fut fait cardinal-diacre par le pape Urbain II , et envoyé légat en France avec Pierre de Léon par Calliste 11, en mil cent vingt-quatre. Pierre étoit petit-fils de Léon, juif converti et baptisé par le pape Léon IX, qui lui donna son nom (3). Ce Léon étoit très-savant, et devint puissant a la cour de Rome par ses grandes richesses; mais son fils, Pierre de Léon, eut encore plus de pouvoir et de réputation que lui. H servit si utilement l'église romaine dans la querelle des investitures, par ses armes et par 9<'S conseils, que le pape lui donna le gou-

(1) Super vitaLud.Ghr. (2) Ap. Baron, an. 1130. Mauiiu. 10. 4, Duch. (3) Sup. liv. uwii, n. 35.

vernemcnt de la Tour de Crescence , c'est-àdire du château Saint-Ange, et le tenoit pour son fidèle confident : ce qui lui donna occasion d ugmenter tous les jours en biens et en dignités. II eut plusieurs enfants de l'un et de l'autre, entre lesquels é oit le cardinal dont nous parlons, que l'on nommoit proprement Pierre de Pierre de Léon ; car le nom du père servoit alors ordinairement de surnom chez toutes les nations. Pierre, ayant été destiné aux lettres, vint en France et étudia à Paris. En retournant à Rome, il s'arrêta à Clugny, où il prit l'habit ; après qu'il y eut appris quelque temps les observances monastiques, le pape Pascal II, à la prière de son père, le rappela à la cour de Rome, et le fit cardinal. Du temps du pape Calliste , il fut envoyé legat en France avec Grégoire, et tint des conciles à Chartres et à Beauvais. Tels étoient les deux concurrents.

On compte du côté d'Innocent dix-neuf cardinaux, entre autres Matthieu, évêque d'Albane, Jean de Chrême, du titre de Saint-Chrysogone , et le chancelier Haimery. Sitôt qu'ils eurent élu le nouveau pape, ils lintronisèrent , le menèrent dans les lieux dont il devoit prendre possession suivant la coutume, et lui rendirent tout l'honneur qu ils purent, selon la circonstance du temps; car Pierre de Léon etoit le plus fort à Rome, en sorte qu'Innocent et ceux de son parti , n'étant pas en sûreté dans leurs propres maisons , demeuroient auprès du palais de Latran. Ils furent même obligés de se retirer dans les maisons des Frangipanes et des Corses, qui étoient fortifiées, et où ils se défendirent quelque temps. Pierre de Léon, indigné de cette résistance, marcha à Saint-Pierre, bien accompagné, s'en rendit le maître , en enleva 1 argenterie et tout le trésor. H en fit de même à Sainte-Marie-Majeure et aux autres églises de Rome; et, ne trouvant point de chrétiens qui osassent briser les calices et les crucifix d'or, on dit qu'il les fit mettre en pièces par des juifs.

H avoit déjà de grandes richesses, tant celles que son père lui avoit laissées que celles qu'il avoit amassées lui-même par les exactions ordinaires dans la cour de Rome et dans ses légations ; ainsi il gagna par ses largesses le

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HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An (le J.-C. 1130.

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