II. Lettres de l'antipape
Cependant Pierre, évéque de Porto, chef des cardinaux d'AnacIet , écrivit une lettre aux quatre principaux d'Innocent, savoir, Guillaume de Prénesie, Matthieu d Albane, Conrad de Sabine et Jean d()stie,qui lui avoieni écrit les premiers (t). Dans cette réponse , il leur dit : Est-ce ainsi que vous avez appris d'élire un pape , dans un c<>m , en cachelte , dans 1 s lénèb-cs? Si nous vouliez qu'il succédât au pape mort, pourquoi disiez-vous qu'il éloil vivant? Vous pouvez vo-r vous-mcmèque l'on doit compter pour rien cequevousavcz fait contre les canons, sans me consulter, n:oi qui suis votre fîoven, ni vos anciens, sans nous appeler in nous attendre, vous qui eti(z noiiveanx et en petit nombre. Dieu nous a bientôt fait voir le m(>yen de nous opposera votre entreprise, puisque vos frères les cardinaux avec tout h» derjîé, à la prière di p:'upie et du corssentement des personnes con^ti uées eii diur.ilé. publiquement et en i)lein jour, ont é'u unaniujement le cardinal Pi( rre pourèlre !e pa!>e.\naclel. L'Ei:lis(» le reçoit, les barons le visitentnous le visitons, les uns en personne», les autres par nos envoyés. Nous ne voyons point cette déprédation et cette cruauté" que vous nous opposez. Tous ceu\ qui vietmeîit le consulter, ou lui proposer leurs alTaires , sont bien reçus et se retirent contents. Kentrez (>nfin en vous-niémes; ne faites point de s( hisme dans l'Eglise, et ne vous appuyez pas sur des mensoui^es. J'ai toujours été de cet avis, que Ion ne fit menti<»n du successeur qu après que le papeseroit enterré.
Anaclet lui même écrivit de tous côtés pour se faire rec-nnoitre paju» (-2) : preiniènMnenl à Lolhaire, roi des Romains, qu'il fait S(>uvenir de l'amitié qui a dure lorjo-icnips entre ce prince et Pic:re de Léon, son père, et ajoute qu'.iprès av(»ir été élu canoniciuement il a été sacre par Pieire. evé(jue de Porto, devant laulel de Saint-Pierre, en présence de plusieurs autres évéques , aux yeux de tous et av<'c grande solennité, au lieu que ceux du parti
1 Ap.
liist. nov.
Malmcsl). 1 , (2; CoU.Cass. ap. Daroii.
contraire ont été réduits à s'enfuir la nuit de la maison de Léon Frangipane, leur principal protecteur, et se cacher au delà du Tibre. Nous avons po\ir nous, ajoute-t-il, tout le clergé et t( ute la nobîe>se; nous exerçons librenîent toutes nos fofictions au dedans et au dehors de Rome , nous avons oi donne des cardinaux et sacré des evéques. Kl ensuite ; No vous arrêtez pas a ix mensonges d lia mery, ci-devant < haneelier, voleur et simoniaque,ou de Jean de Chiêm(», honnne infâme ( t vrai nicolaïte , ni de ces autres fugiiils. La lettre fut envoyée par 1 archevêque de Rrêine.
Le clergé du parti d'Anaclet écrivit aussi au roi Lolhaire. La lettre porte en tête les noms de vingt-sept cardinaux et des autres évê(|ues sulTragantsde Home, des an hi|)rêlres, du primicier et de plusieurs abbes. Er.lre les cardinaux on c( nipt(iit sans doute ceux qu'Anaclet avoit ordonnes de nouveau. Nous >ous écrivons, disent-ils, piince trés-chrelien . connue aux autres églises d'Orient et d Occid ni ,p<iur (iisHjMT h's mensonges de ceux qui assurent par leurs écrits que le |)ape Ana< Ici n a pas . té e!u (anoni(iu< ment et librement, mais par la [niissuice de ses fian'uls , par violen(e,à coups de bâton, avec elTu^i<»n de sr.ng. Ils allribi.enl ensuite réiect'on (i IniMM-ent au cfiancdierllainiery , qu'ils trai'er.t d'iiiipudique et de simoniaque, à (in(| antres cardinaux, qui mangeoient à sa table, ( t à «lueliues éNêques qui n'ont, (!isent-ils, aucun droit à l élection du pap(\
Le roi Lothaire n'ayant point fait de réponse à la prennère h'ïtre d'Anaclet, il lui en écrivit une seconde p.kr nu clerc d.' Stra>bourg, en dale du quinz:è:ne de mai, et il è(rivit en mêiiK' temps à la reine son épouse; mais il n'eut aucune réponse» de lun ni de l'autre. Alors il fil écrire au r<»i par le préfet de Rome et par (juehiues nobles, au nom de toute la ville, uni' lettre (ai ils le p:i; ni de pn ndre la piotediou d'Anaclet, s'il veut être leconnu empereur à Rome, et se pîaiinent du mé|)ris (ju'il leur a tém«)ignè, n'ayant point répondu aux deux lettres du |)ape; ajoutant que c'est la raison pour laquelle il ne loi a point (*ncorc envoyé de légal. La lettre est du dix-hviitième de mai.
Anadct n'en usa pas avec la même réserve à légard du roi de IVance. Il lui envoya d'abord un légat , savoir, ()i!:on , é>ê jjc de Todi, avec une lettre en date du premier de mai , (.ù il témoigne avoir grande (ontiance en I amitié de ce prince, de (pii il dii avoir été aime dès l'enfance et élevé avec aiTection ; c(» qui, sans doute, se rapporte au séjour <pi'il avoit fait à Paris pour ses éludes. Il se remet à S(ni légat pour instruire le roi d(Mequi regarde sa promolion et le schisme. Il charg<'a le même légat de plusi'urs autres lettres aux prélats et aux seigneurs de France, dans 1 une desquelles il donne pouvoir à son légat d'y célébrer des con-
ci!es(l), et rend ce témoignageà l église gallicane, quelle na jamais été infeclie d'aucune ernur ni d'aucun schisme. Toutes ces lettres sonldupreinier jour de mai. En même lem[)s, il eiiNova un autre légal en Aquitaine, savoir, Grégoire, diacre-cardinal, (barge d'une lettre très obligeante pour Labb" el L s moines de Clugny, où il déclare qu'il a prononcé anallième contre ceux qu il traite de schi-matiqu s, après les avoir cités trois et quatre fois pour rendre compte de leijr conduite. Le même Grcvoire fut chargé de la commission d'Anaclet , par laciuelle il faisoit son légal Gérard , évéque d Arig«)ulénie, comme il avoit ele sous le pa[)e Pascal el ses successeurs Gèlase, Calliste et llonorius. Ce prelatètoit ^orm;\nd, du diocè>ede Rayi ux, homme savant et cliquent dans les deux langues, c'est-à-dire en lain et en fraïK'ois, d'une grande rèputalion el d'un grand crédit à Rome, et il avoit témoigné son zèle conire la vie scandaleuse de Guillaume, duc d'Aquitaine. Après la mort d llonorius il reconnut d abord le pape Inn cent , el lui demanda la (ontinualion de sa légation, qui lui ayant clé relusee, il embrassa le parti d Anaciel , dont il fut le princi|)al appui deçà les monts. Anaclet envoya aussi un b'gat à l'empereur de (^onslantinople, (omine il paroi! par sa 1( tire à l'evé'que de Drivasto eu Albanie; enliu il ècrixil au roi d»' Jérusalem (:2). Mais tous ces mouvements furent sans efl'et pour l Orient.