VI. Innocent en France
Cependant le pape Innocent étant arrivé à Pise, y fut reçu avec tout T honneur possible (4). II y séjourna quelque temps, et régla avec autorité plusieurs affaires, tant dans cette ville que dans le reste de la Toscane. Ensuite il prit congé des Pisans, les remercia de leurs bons offices; et s'étant rembarqué il passa à Gènes et aborda à Saint-Gilles en Provence. De là il vint à Viviers , au Puy en Auvergne et à Clermont, où il tint un concile , et reçut Conrad, archevêque de Saltzbourg, et Eribcrs de Munster, envoyés du roi Lothaire. Le pape vint ensuite à Clugny , dont les moines, ayant appris son arrivée en France , lui avoient envoyé soixante chevaux ou mulets, avec tout l'équipage convenabl», tant pour lui que pour les cardinaux et leur suite. Ils retinrent le pape onze jours , et il dédia leur nouvelle église en 1 honneur de saint Pierre, le même jour qu'Urbain II en avoit dédié le grand autel trente-cinq ans auparavant , c'est-à-dire
(1) Gal.Chr-
(2) Martyr Rom. 1 Apr.
(3) Sug.vitaLud. p. 317.
Ernold. lib. 21. VitaBern.
(4) Aclaap. Baron.
le vingt-cinquième d'octobre (1). Cette réception donna au pape Innocent une grande autorité dans tout 1 Occident, quand on vit que ceux de Clugny l'avoient préféré à Pierre de Léon, qui avoit été moine chez eux.
Tandis que le pape étoit à Clugny, le roi Louis envoya l'abbé Suger lui faire ses premiers compliments; puis il s'avança lui-même avec la reine et les princes, ses enfants, jusqu'à Saint-Benoit-sur-Loire, où il se prosterna à ses pieds et lui offrit ses services, à lui et à l'Eglise. Plusieurs évèques vinrent aussi au devant du pape; entre autres Geoffroy de Chartres, qui le conduisit à sa ville. Cependant saint Bernard étoit allé trouver le roi d'Angleterre, Henri , pour lui juTsuader de reconnoitre le pape limocent, de quoi 8t»s évèques le(lètournoient(:i). Comme ce prince ne pouvoit s'y résoudre, le saint abbé lui dit : Que craignez- vous? est-ce de commettre un pt'ché si vous obéissez à Innocent. Songez conmient vous rendrez compte à Dieu de vos autres péchés; je prends sur moi celui-ci. A ce mot le roi se rendit, et sortit des terres de son obéissance pour venir à Chartres trouver le pape , avec une grande suite d évèques et de seigneurs. Ainsi, suivant lexemple du roi de France, il se prosterna aux pieds d limocent, et lui promit obéissance filiale; pour lui et pour ses sujets c'étoitle treizième de janvier mil cent trente-un. 111e mena ensuite à Rouen, où il lui fit des présents, et lui en fit faire par les seigneurs et même par les juifs (3).