‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1915 sur 2407 · XXIII. Thomas de Saint-Victor, lue · texte numérisé non relu

XXIII. Thomas de Saint-Victor, lue

En France, le couronnement du jeune roi Louis avoit irrité quelques seigneurs, qui prétendoient augmenter h'ur pouvoir après la mort du père , et quelques prélats qui vouioient s'attribuer l'élection et le couronnemen du roi (4). Louis le gros, voyant ces entreprises qui tendoient à ôter la couronne de sa famille , en vou-

(i) Ollo. Vil, Chr c. 18.

Dipl. ap Baron Vila S.

Berii. lib. 2, c. 2. Oder. lib.

(2) Ep. 130.

(3) Vila ap. Tîoll. c. 18.

(4) Order. lib. xili, p.

lut prendre vengeance ; et l'on attribua à son indignation deux meurtres fameux, qui furent commis assez près l'un de l'autre. Jean 111, évéque d'Orléans, qui étoit fort âgé, ayant quitté son évéché, Hugues, doyen de la même église, fut élu pour lui succéder ; mais comme il reveiiolt de la cour du roi , il fut tué en chemin, et le siège d'Orléans demeura long-temps sans évécïue.

Etienne , évéque de Paris , étoit alléàChelles du consentement du roi , et même à sa prière, |H)ur corriger et régler les religieuies (1). 11 avoit pris avec lui labbé de Saint-Victor, celui de Saint-Magloire, le sous-prieur de Saint- Martin , et plusieurs autres moines, chanoines et clercs. En revenant, comme ils passoient près du château de Gournay, ils furent attaqués par les neveux de Thibaud , archidiacre de Paris, vassaux du seigneur de Gournay, qui avoient dressé à l'évéque une embuscade sur le chemin. Ils vinrent fondre l'épée à la main sur cette troupe désarmée : et, sans respecter ni la sainteté du jour, qui étoit un dimanche, ni la qualité des perse mnes consacré<'S à Dieu, ils massacrèrent Thomas, prieur de Saint -Victor, entre les mains de l'évéque, le menaçant lui-même de mort s'il ne se reliroit promptcment. iMais il se jeta courageusement au milieu de h'urs épécs, et relira de h'urs mains le prieur demi-mort et horriblement déchiré, l'exhortant à se (onfesser et à pardonner à ses meurtriers. H le fit de bon cœur, demanda la remission de ses péchés avec grande conjpcmction , reçut le viatique, protesta devant tout le monde qu'il inouroit pour la justice, et rendit ainsi l'esprit. Ce meurtre fut commis le vingtiènie d'août mil cont trente-trois.

L'évéque de Paris publia un mandement adn»ssé à ses an hipéires , par lequel il ( xcoininunia les auteurs de ce meurtre, l(Mirs complices, ceux qui leur dormeroienl retraite, ou qui coinmuni(iueroient avec eux, s'en réservant à lui seul l'absolution. Ensuite, frappé de l'horreur de cet attentat, et ne se croyant pas lui-même en su rete, il se retira à Clairvaux, d'où il écrivit à Geoffroy, évéque de Chartres, légat du saint-siège, une letlre où il lui raconte ce funeste accident, le priant de serendreà Clairvaux pour délibérer ensemble sur les moyens d'en prévenir les suites. Geoffroy vint à Clairvaux suivant celte lettre, et, par s^m autorité de légal, manda aux arche v(»ques de Reims, de Rouen, de Tours et de Sens, et à leurs suffragants, de se rendre à Jouarre , dans le diocèse de Meaux , pour y tenir un concile. Comme les prélats y étoient assemblés , ils reçurent une letlre de Hugues, évéque de Grenoble, successeur de saint Hugues, et de Guigues . prieur de la Chartreuse, qui les exhortoit à faire justice du meurtre de Thomas, ce qu'ils firent; etfrap-

fi) Epist. in not. fusior.

ad Ep. 158. S.Bern. cUo

X, Conc. p. 975.

pèrent d'excommunication les coupables. Saint Bernard etoit ah>rs à Clairvaux au retour d'Allemagne, où il éloit allé faire la paix entre lempereur Lothaire et les neveux de son prédécesseur, Conrad et Frédénc. Comme on eut avis que l'archidiacre de Paris s'étoit adressé au pape, prélendant se justifier de ce meurtre, le saint abbé lui écrivit, de peur qu'il ne se laissât surprendre (1). Et parce que l'archidiacre disoil pour sa défense qu il n'a voit pas tué le p ieur, saint Bernard soutient que c'est lui qui l'a fait tuer par ses neveux. 11 le haïssoit, dit-il, elle mcnaçoit de mort à cause des exactions illicites sur les |)ré- Ires, qu'il ne pouvoit plus exercer à son ordinaire à l'occasion de son archidiaconé, parce que Thomas s'y opposoil avec zèle et industrie. Plusieurs personm s dignes de loi tenn)ignent maintenant avoir ouïscs menaces. Eniin, qu'il dise, s'il le peut , quel autre sujet ont eu ses neveux de porter leurs mains sacrilèges sur ce saint prêtre. S il demeure donc impuni, comme il a l'insolence de se le promettre par vore autorité, lui qui est la cause, comme presque tous le soupço tient, l'ordonnateur de ce crime, combien cette impunité produirat-elledans l'Ej^lise d'actions punissables? L'un des deux arrivera nécessairement, ou que ion n'admettra plus aux dignités ecclésiastiques aucun des noblesou des puissants du siècle, ou que lesclercsab seront de leurministère pour toutes sortes de crimes; parce que, si quelqu un est assez zélé pour s'y opposer, il s'exposera à être aussitôt massacré. Saint Bernard écrivit aussi au pape, au nom de l'évéque d(; Paris, une lettre fort pathétique, où il lui représente la perte qu'il a l'aile en la personne du prieur Thomas, qui lui aidoit à porter le poids de l'episcopat. et finit en disant (2) : Si Thibaud Notier, c'est l archidiacre, a recours à vous , nayez point d'égard à ses y)aroles jusqu'à l'arrivée de celui que nous devons envo>er, qui vous instruira plus amplement de la vérité. A Orléans, Jean, intrus dans la dignité d archidiacre, faisoit aussi des vexations, auxquelles s'opposoit le sous-doyen Archembaud et quelques autres du clergé \3). Archembaud en porta ses plaintes à Henri, archevêque de Sens, le siège d'Orléans étant vacant , et au pape Innocent; mais enfin larchidiacre Jean le fil luer vers le même h nips du meurtre de Thomas de Saint-\ictor; et saint Bernard en écrivit au pape, l'excilan» à faire une justice sévère de ces meurtres redoublés. Il seroit très-utile, dit-il, et très- jusle, à ce que plusieurs pensent, que les coupables fussent privés par votre aulorité de toute dignité ecclésiastique , sans espérance d'être jamais élevés à aucune autre. Pierre, abbé de Clugny , écrivit aussi au pape au sujet de ces deux

(1) Kp. 158.

(2) Kp. 159.

(5; Epist. lo. 3, Spicil. p 15;î, etc. nola fus. ad. p.

150, S. Bern

( AndeJ.-C. 1134.

AndeJ.-C. 1134. j

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