‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1931 sur 2407 · XXXVIII. Le pape cl rcmpcreur en Campanie · texte numérisé non relu

XXXVIII. Le pape cl rcmpcreur en Campanie

Après la conférence avec l'empereur à Vi* terbe, le pape s'approcha de Rome, sans toute-

se dispenser de faire un troisième voyage en Italie. H fallut donc interrompre ses sermons sur le cantique et ses autres occupations. En partant , il assembla ses moines de plusieurs endroits, leur présenta l'état de l'Eglise et la foiblesse du scbisme, les exhortant à prier pour achever de l'abattre, et à conserver la régularité pendant son absence. Etant arrivé en Italie, il vint trouver le pape à Yilerbe, où il pensa perdre son frère Girard, qui l'avoit accompagné, et qui fut malade à la mort (:2). Le pape et les cardinaux ayant communiqué à Bernard leur dessein sur laffaire présente, il fut d'avis delà conduire par une autre voie ne mettant point son espérance dans la force des armées (3). Il s informa par diverses conversations quelle étoit la puissance desschismaliques et la dispositicmde leurs protecteurs: si c'étoit par erreur ou par malice qu'ils entretenoient le mal. 11 apprit de ceux qu'il entretint en partic ulier que les ecdésiastiques attachés à l'antipape étoient en peine de leur situation ; qu'ils connoissoient bien leur faute, mais qu'ils n'osoient revenir, de peur de se voir méprisés et couverts d'infamie, aimant mieux demeurer ainsi sous une ombre d honneur, qu'être chassés de leurs sièges, et exposés à mendier publiquement Les parents de Pierre disoient que personne ne se lieroit plus à eux s'ils contribuoient à la ruine de leur maiscm et en abandonnoienl le ehef. Les autres s'excusoient sur leserment de fidélité qu'ils lui avoient prêté, et personne ne s attaeboit à ce parti par un vrai motif de conscience.

Bernard leurdéclaroit que les conspirations criminelles, contraires aux lois et aux canons , ne pouvoienl être autorisées par les serments, ni S()Utenues sous prétexte de religicm , puisque l'autorité divine obliîje à les dissoudre. Ces discours retiroient plusii'urs personnes du parti de Pierre, qui se dissipoit de jour en jour; lui-même perdoit courage , voyant augmenter le crédit d Innocent à mesure que le sien diminuoit. L'argent lui manquoit , on voyoit fondre sa cour et ses domestiques, sa table, peu fréquentée , n étoit plus servie que de viandes communes; ses ofTi iers n'a oient plus que de vieux habits ; ceux qu'il tenoit à

^(1) Chr.

Bar. n.

Bciicv. ap.

(9) C. lOi, 103, lOi.

(2 ViJa lib. ii, c 7 , n. A\. Ser. 2fi, in Can. n. li.

(3) Vilan.42.

pereur, éloilaveclui ; et, comme ils se trouvèrent près du mont Cassin , ils y envoyèrent Richard, chapelain du pape et moine de cette abbaye, savoir si on les y vouloit recevoir, et reconnoître le pape Innocent, auquel cas ils mettoient le monastère sous la protection de l'emporeur. L'abbé Rainald, qui s'étoit livré au roi Roger et à l'antipape , résista d'abord, et chassa l'envoj'é du [)ape ; mais au bout de douze jours il se rendit au duc Henri , et reçut dans le monastère l'étendard de l'empereur. Capoue se rendit ensuite avec toute la principauté, et Robert y fut rétabli.

Le vingt-troisième de mai, le pape et le duc Henri campèrent près de Bénévent, où le pape envoya le cardinal Gérard proposer un accommodement [2). L'archevêque Ros(eman , intrus par l'antipape Anaclet, s'y opposa , et excita les citoyens à se défendre ; mais, après quelque combat contre les Allemands, la ville se rendit ; le pape la garantit du pillage, délivra les prisonniers , et permit aux exilés de rentrer On lui amena le cardinal Crescence, qui soutenoit dans la ville le parti d' Anaclet , et le pape y mit de sa part le cardinal Gérard , l'archevêque Rosceman s'enfuit. Ensuite le pape alla joindre 1 empereur au siège de Bary, qu il prit, et se soumit toute la Pouille.

Alors il manda à Rainald, abbé du mont Cassin , de se trouver à Melphe pour la cour qu'il y devoit tenir à la Saint-Pierre (3). Après plusieurs ordres réitérés , l'abbé partit à la Saint-Jean, accompagné de plusieurs de ses moines , entre autres de Pierre , diacre et bibliothécaire du mont Cassin, qui a écrit celle histoire. L'empereur étoit campé au lieu nommé Lago-Pésole, près de Melphe, et le pape Innocent avec lui. Quand les moines du mont Cassin y furent arrivés , le pape envoya dire qu'avant que d'entrer au camp ils vinssent nu-pieds lui faire satisfaction , demander pénitence d'avoir adhéré au schisme, anathématisé Pierre de Léon , et promettre obéissance au pape par serment. L'abbé Rainald, étonné, appela à l'empereur , et dit qu'il suivroit son conseil. L'empereur voulut bien se rendre arbitre entre le pape et les moines , pour savoir s'ils dévoient passer pour excommuniés, et l'on députa devant lui de part et d'autre.

(1) Chr.Bcnev.Chr.Cass.

IV, c. 105.

ToviF ly.

(2) Chr. Wenev.

(3; Chr. Cas?, iv, c. 108 .

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ An de J.-C. 1137.

XXXÎX. L'empereur arbitre entre le pape et les moines

du mont Cassin.

Ce fut le neuvième de juillet que l'empereur comm<mçii à examiner TalTaire, élant assisté de Péréi^nn, patriarche dVVquilée, et de |)lusieurs autres évéques et abbés. De la pirt du pape y^éloient: îeeiniieelierVimerv, trois autres canliimuK, saint Hernard el plusieurs autres ; de la p:\rt du mont Cassin , Henri, duc de Ha- Tiérc, Conrad, duc de Souabe, et plusieurs autres seiirneurs, Henri, évéque de Ratisbimne, et Ad.ilbéron d ' lîàle, (pii mourut peu de temps apès. Ainsi , c'étoit un con ile où l'empereur assisloit, à l'exemple de plusieurs autres (1). On choisit premièrement ceux qui dc^voient parler , savoir, Gérard , cardinal du titre de Sainte-Croix, pour lé^^lise romaine, et Pierre, diacre, pour le m(ml Cassin ; (m nomma aussi des interprètes, pour expliquer en allemand ce qu'on diroil en latin, et en latin ce qu'on diroit en allemand.

Le cardinal (iérard dit : L'Ej^lise, qui vous a sacré, invincible empereur , ne peut assez s étonner, que vous ayez reçu des excommuniés. L'empereur répondit: C'est de qui)i il s'a«,Ml enc'tte dispute, de savoir s ils sont excommuniés. Ciérard dit ensuite : L'Ejjlise a ordi)iiné qu'ils promettent par serment obéissance au pap • Innocent. A quoi, Pierre, diacre, opp )s:i la défense générale de jurer , portée dans l Evani,nle(-2); et la d'fense particulière de la règle tîe saint Benoit à l'égard des moines , contirméc par les lois de Charlemagne et de ses successeurs. L'empereur Lothaire les ayant vues, chargea les députés du pape de le prier de sa part de n'y point donner d'atteinte, et termina la première séance. Le lendemain, le cardinal Gérard dit (:r) que le pape ne pou- Yoit accorder ce que l esupereur demandoit, savoir, de dispenser les moines du serment , et q-.i il q lilteroit plutôt les ornements pontiticaux. Et commo» Pierre, diacre, dit que la communauté avoit toujours été lidèle à l'église romaine , le cardinal dit : Quand vous avez laissé le pipe Innocent pour adhérer aux schismatiques , n'avez-vous pas été infidèles? Pierres répondit : Dites-moi, je vous prie, estce nous qui l'avons quitté , ou lui qui nous a abandonnés ? Accusant Innocent d avoir abandonné son troupeau comme un pasteur mercenaire, lors!]uil s enfuit en France. Sur quoi l'empereur dit : Ce moine fait voir que , si les ouailles (mt failli , c est la faute du pasteur et non la leur : c'est p(mrquoi il faut prier le pape de leur pardimner , connue nous leur pardonnons ce qu ils ont fait contre nous. Ainsi tinit la seconde séance.

A la troisième , l'empereur dit (4) que ce différent ne devoit point paroitre une contestalion juridique , puisqu'il ne s'agissoit que de

réunir un membre au chef, et réconcilier les enfants à un père irrité, qui, après être apaisé, en sauroit gré à ceux qui les auroient tirés de ses mains. Le cardinal Gérard dit: ^e savezvous pas, seigneur, qu'ils ont conjuré avec Roger, comtede Sicile, contre l'église romaine, et ctmtre vous , et qu ils ont même osé nous analhématiser ? L'enq)ereur répondit: Je souffre patiemment ce que les moines du mont Cassin ont fait contre moi, et je leur pardcmne de bon cœur, que le pape leur pardonne aussi ce (|u'ils ont fait contre l'église romaine el contre lui. Le cardinal reprit : Quoique nous agissions ici pour le pape, nous ne pouvons toutefois décider siins lui une alîaire de cette importance. Ainsi l'on se ^epara. La nuit suivante, comme lempereur à son ordinaire ne dormoitpoint, Pierre, diacre, se mit à genoux devant lui, et lui lit un discours pathétique, pour relever la dignité du mont Cassin, et montrer à l empereur qu il étoit de son propre intérêt de la ccrnserver.

Dans la quatrième session , le cardinal Gérard dit que le pape ne p<mvuit abandonner 1(î droit épi copal qu il avoit sur le mont Cassin; mais Bertulfe, chancelier de lempereur, soutint que ce droit se réduisoit à la consécration de labbé. Et, comme le cardinal in>isloit sur le serment que le pape demandoit aux moines, et disoit que le pape étoit Siirpris que l'empereur prit leur parti contre lui , renq)ereur, en colère, dit: El moi je m'étonne ipi il ne veuille rien fai e à ma prière, vu qu il y a quatorze mois que je suis en cam[)agne avec mon armée pour l'amour de lui. que j'ai employé à son service l'argent destiné au service de l'état; que je l'ai rétabli sur le saintsiège , et lui ai ctmciliè tous les peuples delà les monts (1). Il releva ensuite la dignité du mont Cussin, et conclut : Ou l'église romaine recevra ce monastère, ou Tempire se séparera d'elle. Le cardinal promit d en faire son ra[)port au pape, et la séance tinit. Le lendemain, le cardinal Gérard déclara (i) que le pa[Kî , en faveur de l'empereur , remeltoil aux moines le sv^rment de lidelité , mais non le serment d'obéissance , et ajouta : H mms a d(mné ordre de contester 1 élection de l abbé, faite par des excommuniés, en faveur d'un excommunié et d un schismatique. Et premièrement le cardinal se plaignit que cette élection eût été faite sans le consentement du pape ; mais Pierre, diacre, scmtintque lèlecticm de l'abbé se devoit faire librement par les moines , suivant la relaie de siiint Benoit et l'usage, et ré- I)ondit aux exemples que Ion alleguoit au contraire. Le cardinal Gérard objecta ensuite que l'on avoit élu Rainald , quoique seulement sous-diacre , au lieu que les canons ordonnoient d'élire un prêtre, ou du moins un diacre, alin qu'il piit lire l'Evangile. Cette

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