II. Mort de Jean Comnéne Manuel, empereur
La même année, mais six mois auparavantmourut l'empereur Jean Comnéne. Ayant essaye en vain de reprendre Antioche sur les Latins, il passa l'hiver en Cilicie, où, chassant un sanglier, il se blessa à la main d'une flèche empoisonnée ; et le mal négligé d'abord devint mortel, parce que l'empereur ne voulut point se laire couper le bras (t). Se voyant à l'extrémité, il désigna pour son successeur Manuel le plus jeune des deux fils qui lui restoient ' mais le plus capable de régner. Il communia le jour de Pâques, quatrième d'avril, et mourut le huitième du même mois, ayant régné vingt-quatre ans sept mois et quinze jours. On le nomraoït en grec Calo-Ioannes , c'est-à-dire le beau Jean. Plusieurs années avant sa mort ayant remporté une victoire sur les Perses il entra en triomphe à Constantinoplc, Les rues etoient tapissées , le char orné de clous d'argent et de pierres médiocrement préciesses etoit tiré par quatre chevaux blancs ; mais l'empereur n'y monta pas , il y fit mettre un tableau de la vierge, à laquelle il attribuoit sa victoire et marchoit devant à pied , portant une croix. Il reste une constitution de cet empereur ou il dit en substance : Nous avons appris que quelques gouverneurs des provinces, sitôt que les evêques sont morts, emportent tout ce qui se trouve dansTévêché, soit en meubles, soit en argent, ou le font emporter par leurs officiers, teignant de n'y avoir point de part (2j. C'est pourquoi nous ordonnons qu'à 1 avenir après la mort de l'évêque, aucun gouverneur ne prenne rien de ce qui lui appartenoit, soit à la ville, soit à la campagne, qu'il n'entre pas même dans l'évêché ou dans les autres lieux dépendants de l'église , ni lui , ni ses officiers sous peine aux gouverneurs de payer à l'église lésée douze livres de monnoics', et d'en-
(1) Nicot. p. aT.ai.Cijinam. lib. I, 13, 10. Nicot.
(2) Jus Grajco-Rom. lib n, p. Ii7.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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courir notre indignation ; et pour leurs ofïiciors six livres d'amende et punition corporelle. Que si c'est un clerc qui ait pris quelque chose à l'église, il sera déposé comme sacrilège. Cette défense d'entrer dans les églises et leurs dépendances, pour en enlever quelque chose après la mort de l'évéque, s'étend aux juges, aux receveurs , aux ducs , aux stratèges et à toutes les autres personnes publiques. INIais s'ils prétendent que l'église doive quelque chose au public , ils feront appeler les clercs ; et si la dette est liquide, ils la feront payer sur les revenus de l'église. Ce sera au nouvel évéque à soutenir les droits de son siège. On voit par-là que l'abus de piller les églises vacantes régnoit en Orient comme en Occident. Le nouvel empereur Manuel Comnène, étant arrivé à Constantinople , commença par remplir le siège patriarcal , vacant par la mort | de Léon de Stypiote, qu il avoit tenu huit ans et huit mois. Manuel mit à sa place Michel Ovisle, ainsi nommé du monu 1ère dont il fut tiré. Son surnom étoit Courcouas ; et il étoit ignorant des sciences profanes , mais bien instruit de la doctrine de l'Eglise, et recommandable par ses mœurs et par l'austérité de sa vie. Il ne tint le siège de Constantinople que deux ans et huit mois. Ce fut donc lui qui couronna Manuel; et ce prince régna trente-huit ans. Le jour de son couronnement il mit cent livres d'or sur l'autel, et tous les ans il en envoya deux cents au clergé.
m. Jugements contre des bogomiles.
Dès la première année de son pontificat, le vendredi vingtième d'août, indiclion sixième, qui étoit l'an mil cent quarante-trois , le patriarche Michel tint un concile dans le palais Thomaite, où assistèrent douze métropolitains et quelques grands officiers de Tempereur. Basile , métropolitain de Tyane en Cappadoce, y dénonça deux prétendus évèques de sa province , s'avoir , Clément de Sasime et Léonce de Baibisse , comme étant de la secte des bogomiles. Et premièrement il montra qu'ils
nent, ce qu'ils confessèrent eux-mêmes. Sur quoi le concile fit un décret par lequel il déclara leur ordination nulle, et ne les reconnut plus que pour simples moines (1).
Ensuite , et le même jour, le métropolitain Basile produisit un clerc de son église, nommé Léon , qui rapporta un écrit signé par les clercs , les magistrats et les habitants de Tyane , contenant plusieurs chefs d'accusation contre les deux moines Clément de Léonce, savoir : Ils enseignent aux maris de s'abstenir de la compagnie de leurs femmes
(1) Léo Allai, de Consil. lib. ii, c. 12, p. 671, p. 67.
légitimes. Ils ordonnent l'abstinence de la chair, du lait, du poisson et du vin pendant trois ans , après lesquels ils en permettent l'usage. Ils disent qu'aucun séculier ne se peut sauver, quelque vertu qu'il pratique, s'il ne se fait moine ; et que l'on peut engager dans la profession monastique les maris malgré leurs femmes, et les femmes malgré leurs maris. Ils ont laissé des chrétiens morts sans sépulture et sans prières , et ne les ont pas voulu recevoir à pénitence de leur vivant. Ils en ont déterré tant d(»dans que dehors les églises , disant que c'éloient des pécheurs , et que les démons habiloieiit dans leurs corps. Ils ne permettent pas d adorer la croix , si elle ne porte cette iiiscriplion : Jésus-Christ, fils de Dieu. Ils ont rebaptisé des enfants , disant que ceux qui les avoient baptisés ètoient I des pécheurs. Ils ont ordonné des diaconesses, à qui ils ont permis de dire les oraisons et de lire l'Evangile ; et eUes ont célébré la liturgie avec Clément. Ils cm! renversé de saintes images. Ils ont dit que la croix de Saint- Michel, qui fait une intinité de miracles, les faisoit par opération diabolique. Ils ont livré aux infidèles des femmes chrétiennes sous prétexte d'adultère. Les accusés ayant été exhortés à se défendre, Léonce proposa des excuses sur quelques-uns de ses articles, convenant des faits ; mais le concile condamna sans distinction toutes les erreurs contenues dans l'écrit produit par l'accusateur, avec anathème contre ceux qui les soutiendroient , et ordonna que récrit seroit conservé, et qu'on en cnverroit une copie authentique sur les lieux. La même année, mil cent quarante-trois, le vendredi, premier jour d octobre, la s(»ptième indiction étant commencée, le patriarche Michel tint un autre concile dans le palais Thomaite , où assistèrent treize métropolitains et les grands officiers de lempereur, et le patriarche dit (1) : iXous avons reçu plusieurs avis fâcheux contre la réputation du moine Niphon, et nous avons vu un écrit de lui , envoyé nommément à plusieurs personnes de Cajjpadoce, et qu'il a reconnu lui-même. Nous avons aussi appris de plu ieurs personnes dignes de foi qu'il insulte à toute l'Eglise, et qu'il traite tous les autres d'hérétiques. Il s'est présenté jusqu'à deux fois devant le concile qui a jugé qu'il étoit besoin d'un plus grand examen pour vérifier les avis que nous avons reçus, et connoitre les sentiments de l'accusé ,*et cependant le concile a craint que, s'il étoit en liberté, il ne communiquât ses erreurs à plusieurs au préjudice de leurs âmes. C'est pourquoi, jusqu'à une plus ample information , nous avons ordonné qu il sera conduit au monastère de Périblepte , avec ordre à l'abbé, à l économe et aux autres moines, de le mettre en retraite dans une cellule au dedans du monastère, où personne du dehors ne puisse
(1) Ibid. p. 678.
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