VI. Lettres des Romains au roi Conrad
Cependant les Romains , poussant toujours leurs entreprises, ajoutèrent un patrice aux sénateurs qu ils avoient déjà établis (-2) , et d(mnèrent cette dignité à Jourdam, fils de Pierre de Léon, se soumettant à lui comme à leur prince ; puis ils allèrent trouver le pape , et lui demandèrent tous les droits régaliens dont ilsjouissoient, tant à Rome que dehors, comme appartenant à leur palrice, car ils soutenoient que le pape devoit se contenter, pour sa subsistance, des dîmes et des oblations, comme les anciens évéques. Le pape , ainsi persécuté, eut recours à Conrad, roi des Romains et lui écrivit une lettre fort soumise pour Vinviter à prendre la protection de j'eelise romaine. Les Romains séditieux écrivis renl de leur côté à Conrad une lettre ou ils soutiennent qu'ils n'agissent que pour son service, et pour remettre l'empire romain en l état où il éloit du temps de Constantin et de Jusliiiien.Pour celelTet, ajoutent-ils, nousavonspris les tours et les maisons fortes des plus puissants de Rome qui vouloient résister à votre majesté,
(An deJ.-C. lUi.
avec le Sicilien elle pape. Nous en gardonsquelques-unes pour votre service, et nous avons abaitu les autres. Nous sommes traversés dans ce dessein parle pape, les Frangipanes, le fils de Pierre de Léon, excepté Jourdain notre chef, par Ptolémée et plusieurs autres. Ils continuent en priant le roi de ne point écouter les calomnies qu'on lui rapportera contre eux, et de venir s'établir à Kome, pour commander plus absolument que ses prédécesseurs à l'Italie et à l'Allemagne, ayant ôté l'obstacle qu'y mettent les clercs. El ensuite : Nous avons appris que le pape a traité avec le Sicilien, et lui a accordé la verge, l'anneau, la dalmatique, la mitre et les sandales , et de ne point envoyer chez lui de légat qu'il ne demande, et le Sicilien lui a donné beaucoup d'argent à votre préjudice. Le roi Conrad ne fit pas plus de cas de cette lettre que de plusieurs autres que les mêmes Romains lui avoient écrites, et qui étoient demeurées sans réponse : au contraire, il recul fort bien les envoyés du pape, entre lesquels étoit Guy de Pise, cardinal et chancelier.
\II. Mort de Lucius. Eugène III, pape.
Par une lettre du pape Lucius à Pierre, abbé de Clugny, du vingt-deuxième de septembre mil cent quarante-quatre, on voit qu il avoit eu une conférence avec le roi de; Sicile, et qu'il avoit fait une trêve avec lui. Par la même lettre, le pape mande à l'abbé Pierre de lui envoyer treize de ses moines pour les placer à Rome, comme il fit en leur donnant le monastère de Saint-Sabbas , fondé dès le temps de saint Grégoire, afin d'y établir l'observance, à la charge que ce monastère seroit dans la dejK'iidance de l'abbé de Clugny. C'est ce qui paroît par la bulle du dix-neuvième de janvier mil cent quarante-cinq, indiction huitième. Le pape Lucius mourut le treizième de février suivant, ayant tenu le saint-siège onze mois et quatre jours, et fut enterré dans l'église de Latran (1).
Dès le lendemain , quatorzième de février, les cardinaux assemblés dans l'église de Saint- Césaire élurent pour lui succéder Bernard , abbé de Saint- Anastase à Kome. 11 éloit de Pise, et avoit été vidame de cette église ; depuis il entra dansl'ordre de Cîleaux, et passa quelque temps à Clairvaux sous la discipline de saint Bernard. Aténufe, abbé de Farseen Italie, ayant demandé à saint Bernard des moines , pour fonder une communauté , le saint abbé lui envoya Bernard de Pise avec quelques autres ; mais le pape Innocent les prit pour lui-même, et leur donna l'église et le monastère de Saint- Anastase, martyr à Rome , près les eaux Salviennes , qu'il fit réparer-, et en fit abbé Ber-
AndeJ.-C. 1145.]