‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1983 sur 2407 · VIII. Lettre de «ainl Bernard · texte numérisé non relu

VIII. Lettre de «ainl Bernard

Quand saint Bernard eut appris cette élection, il écrivit aux cardinaux et aux évéques de la cour de Rome en (es termes (2) : IJieu vous le pardonne; qu'avez-vous fait? Vous avez retiré un mort du tombeau , et replongé dans la foule et dans les afi'aires un homme qui ne cherchoit qu'à s'en éloigner. A quoi avez-vous pensé de vous jeter tout d'un coup après la mort du pape sur un homme rustique, et lui faire tomber des mains la cognée et la bêche pour le traîner au palais , l'élever sur la chaire , et le revêtir de pcmrpre ? Ne semblc-t-il pas ridicule de prendreun petit homme couvert de haillons pour être au-dessus des princes , commander aux évéques , disposer des royaumes et des empires ? Je ne nie pas que ce ne puisse être un miracle, vu que j'entends dire à plusieurs que c'est l'ouvrage de Dieu. Mais je ne suis pas sans h quiétude ; je crains qu'étant modeste et accoutumé au repos il ne s'acquitte pas des fonctions pontificales avec toute l'aiitorité nécessaire. Quels pensez-vous que soient maintenant les sentiments d'un homme que l'on arrache tout d'un coup du secret de la contemplation et de la solitude du cœur , comme un enfant du sein de sa mère , pour le produire en public et le mener comme une victime à des occupations nouvelles et désagréables ? Hélas ! si la main de Dieu ne le soutient , il faut qu'il succombe sous ce fardeau , formidable aux anges même. Saint Bernard conclut en exhortant les cardinaux à conserver leur ouvrage et assister le nouveau pape de leurs conseils.

Il n'écrivit pas sitôt au pape même, s'attendant qu'il lui écriroit le premier, et lui enverroit quelqu'un lui apprendre les circonstances de sa promotion (3). Enfin , pressé par ses amis, il lui écrivit à l'occasion de l'archevêque d'York. En cette lettre, il lui dit : Mon

(1) Vita S. Bern. m , c. ap. Bar- 7, n. 23. Epist. ap. Bern. (2; E\i. 237.

iOCod. Yatic. (3; Lp. 23, S. Bern.

fils Bernard , par un changement heureux, est devenu mon père Eugène ; il reste que ce changement passe aussi à l'église, votre épouse, qu'elle change en mieux , et que vous ne la regardiez pas comme étant à vous , mais vous comme étant à elle, et comme étant obligé à donner , s'il est besoin , votre vie même pour elle. Si Jésus-Christ vous a envoyé , vous croirez être venu , non pour être servi , mais pour servir , et il y a d'autant plus de sujet de l'espérer , que vous aviez déjà appris à n'être plus à vous-même. L'Eglise a donc raison de se réjouir, puisqu'elle attend plus devons que d'à cun de ceux qui vous ont précédé depuis long-temps ; et je m'en réjouis aussi , mais avec crainte , considérant le péril d'une dignité si éminente.

Il vint ensuite à l'affaire d'York , dont il avoit écrit deux ans auparavant au pape Célestin et aux prélats de la cour de Rome , se plaignant qu'au lieu d'exécuter le jugement du pape Innocent , on écoutoit encore Guillaume, intrus dans ce siège , à la honte de l'église romaine. Dans la lettre au pape Eugène, il ajoute : Puissé-je avant que de mourir voir l'Eglise comme en ses premiers jours ; quand les apôtres étendoient leurs filets , non pour prendre de l'or ou de l'argent , mais pour prendre des âmes ! Que je souhaite que vous disiez comme celui dont vous remplissez la chaire : Ton argent périsse avec toi ! Parole magnifique , parole foudroyante , capable de confondre tous les ennemis de Sion. C'est ce que l'Eglise attend de vous ; vous êtes établi sur les nations et les royaumes pour arracher et détruire, édifier et planter. A la nouvelle de votre promotion , plusieurs ont dit euxmêmes : La cognée est maintenant à la racine des arbres, le bmps de tailler la vigne est venu (1). Prenez donc courage, faites sentir votre pouvoir à vos ennemis ; mais souvenezvous toujours que vous êtes homme. Pensez combien de papes vous avez vus mourir à vos yeux ; et souvenez vous que, comme vous occupez leur siège , vous les suivrez bientôt dans le tombeau. Celte lettre fut suivie de près de deux autres , touchant la même affaire de l'archevêque d'York. Dans la première , saint Bernard dit : Je suis importun , mais j'ai une bonne excuse. On dit que c'est moi qui suis pape et non pas vous ; ceux qui ont des aflaires viennent fondre sur moi de toutes parts , et dans cette multitude d'amis il y en a à qui je ne puis en conscience refuser mes oflices. Dans l'autre , il félicite Eugène des exemples de justice qu'il avoit déjà donnés (2).

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