LIVRE SOIXANTE-NEUVIÈME
infirmités presque continuelles, en sorte qu'elle étoit rarement en état de marcher, et toutefois elle vécut quatre-vingt-deux ans.
A l'Age de quarante-deux ans et sept mois, elle vit le ciel s'ouvrir, et un feu très-lumineux qui 1 la poitrine douce
que, au lieu qui lui avoit été révélé , et d'y vivre en clôture suivant la règle de saint Benoît. Ce lieu étoit le mont Saint-Rupert , près deBingue, sur le Rhin, à quatre lieues audessous de Mayence, ainsi nommé d'un sei-
psautier, de l'Evangile et des autres livres de I nobles, qu'elle avoit attiréespar sa réputation, l'ancien et du nouveau Testament , en sorte et en fut la première abbesse(l).
qu'elle en expliquoil le sens, quoiqu'elle ne put expliquer les mots grammaticalement , ne sachant ni latin ni grammaire. Après plusieurs années, elle entendit une voix qui lui ordonnoit d'écrire ce qu'elle verroit et ce qu'elle entendroil ; mais la pudeur de son sexe et la crainte des discours du peuple et des jugements téméraires la retenoit. Toutefois, se sentant pressée intérieurement d'obéir, el ayant été long-temps malade, elle découvrit sa peine à un moine, qui étoit son directeur, et par lui à son abbé. L'abbé, ayant pris conseil des plus sages de sa communauté, et interrogé Hildegarde, lui ordonna d'écrire, ce quelle fit pour la première fois : et aussitôt elle se trouva guérie et se leva de son lit. Celle guérison parulà l'abbési miraculeuse, qu'il ne voulut pas s'en tenir à son jugement; il vint à IMayence faire le rapport de ce qu'il avoit appris à l'archevêque et aux principaux de son clergé, et leur monlra les écrits d Hildegarde.
C'est ce qui donna lieu à l'archevêque de consulter hi pape, qui voulut s informer plus exactement de cette merveille , envoya au monastère d'ilildegarde Albéron , évêqijede Verdun , avec Albert , son primicier, et d'autres personnes capables, pour apprendre d'ellemême ce quec'étoit , sans bruit et sans curiosilé (1). Elle leur répondit avec grande simplicité; et, après que l'évêque en eut fait son rapport au pape , le pape se fit encore apporter les écrits d Hildegarde, et les prenant enlresesmainsilleslul lui-même publiquement enprésencede l'archevêque, des cardinaux et de tout le clergé ; il raconta aussi ce que lui avoient rapporté ceux qu'il y avoit envoyés, et tous les assistants en rendirent grâce à Dieu. Saint Bernard étoit présent, et rendit aussi témoignage de ce qu'il savoit de cette sainte fille , car il l'avoit visitée quand il alla à Francfort, et lui écrivit une lettre où il la félicite de la grâce qu'elle a reçue, et l'exhorte à y être fidèle {-2). Il pria donc le pape , et tous les assistants le prièrent avec lui, de publier une si grande grâce quejDieu avoit faite de son temps à l'Eglise , el de la confirmer par son autorité. Lv pape suivit leur conseil , et écrivit à Hildegarde, lui recommandant de conserver par humilité la grâce qu'elle avoit reçue, et de déclanT avec prudence ce qu'elle connoî- Iroil en esprit. Il lui permet aussi de s'établir avec ses sœurs, par la permission de son évê-