LIVRE QUARANTE-TROISIÈME
nie vers Van sept cent trente-deux , avec quelques autres , à la prière de saint Boniface, pour l'aider en ses travaux apostoliques. Etant déjà prêtre , il fut envoyé à Rome par saint Boniface vers le pape Zacharie , en sept cent cinquante-un , comme il a été dit (1) , et trois ans après ordonné évêque , en sept cent cinquantequatre, suivant la permission que le même pape avoit donnée à saint Boniface de se choisir un successeur. Pour faire agréer ce choix au roi Pépin , saint Boniface écrivit à l'abbé Fulrad en ces termes (2) :
Je ne puis assez vous rendre grâces de l'amitié que vous m'avez souvent témoignée dans mes besoins ; mais je vous prie d'achever ce que vous avez si bien commencé , et de rapporter au roi que mes amis et moi nous croyons que mes infirmités doivent bientôt terminer ma vie. C'est pourquoi je le conjure de me faire savoir dès à présent quelle grâce il veut faire à mes disciples après ma mort. Car ils sont presque tous étrangers : quelques-uns prêtres, répandus en divers lieux pour le service de l'Eglise ; d'autres sont moines , établis dans nos petits monastères , où ils prennent soin d'instruire les enfants. Il y a des vieillards qui ont long-temps vécu avec moi , me soulageant dans mon travail. Je suis en peine d'eux tous, craignant qu'ils ne se dissipent après ma mort, et que les peuples qui sont près de la frontière des païens ne perdent la foi de Jésus-Christ. C'est pourquoi je vous demande pour eux votre conseil et votre protection. Je vous conjure aussi , au nom de Dieu , de faire établir mon fils Lulle et mon confrère en l'épiscopat , pour le service de ces églises , afin qu'il soit le docteur des prêtres, des moines et des peuples. J'espère qu'il en remplira les devoirs. Ce qui me touche principalement , c'est que mes prêtres qui sont sur la frontière des païens mènent une vie trèspauvre. Ils peuvent gagner du pain , mais non des habits, si on ne les aide comme j'ai fait. Faites-moi savoir votre réponse , afin que je vive ou que je meure plus content.
Saint Boniface ordonna donc Lulle archevêque de Mayence , du consentement du roi Pépin , des évêques , des abbés , du clergé et de tous les seigneurs de son diocèse (3) , puis lui donna ses derniers ordres en ces termes, étant prêt à partir pour la Frise : Le temps de ma mort approche , achevez , mon fils, le bâtiment des églises que j'ai commencées en Thuringe ; appliquez-vous fortement à la conversion des peuples ; achevez l'église de Fulde , et m'y faites enterrer (4). Préparez tout ce qui est nécessaire pour notre voyage , et mettez avec mes livres un linceul pour m'ensevelir. A ces mots, Lulle fondoit en larmes. Saint Boniface fit aussi venir l'abbesse Liobe , et l'ex-
(1) Coint. an. 753, n. 36, (2) Act. sanct. Ben. t. 4, etc. Ann. Fuld. an. 753. 393.
(1) Sup. l. XLii, n. 67.
(3) Otbl. I. m, C. 19.
Ci) Villibald. c. 11. Vita S. Liob£ n. 20, tom. i, p.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AndeJ.-C.755.
AndeJ.-C. 755.]