XLIX. Lettres de Pierre de Clugny au roi Roger
Roger, roi de Sicile, avoit pordu en mil cent quarante son Gis aîné, Roger, duc de Fouille , après avoir perdu trois autres de ses fils ; c'est pourquoi en mil cent cinquante il fit couronner roi de Sicile le seul qui lui resloit , savoir, Guillaume, prince de Capoue {2). Pierre de Clugny écrivit au roi Roger une lettre de consolation sur la mort de ses fils , marquant qu il a fait dire pour eux des messes et d'autres prières, et distribuer des aumônes. Ensuite il dit qu'il est fort affligé de l'inimitié qui est entre ce prince et le roi d'Allemagne, qu'il offre d'aller trouver pour faire la paix entre eux. Mais, ajoute-l-il, ce qui nous excite le plus, nous et tous les François, à désirer que vous soyez en paix, c'est la déplorable trahison de Grecs contre nos pèlerins. Je ne vois personne entre les princes chrétiens qui puisse si bien que vous en faire vengeance. Allez donc, je vous le dis au nom de tous, marchez au secours du peuple de Dieu; vengez tant d'affronts, tant de morts et
tant de sang injustement répandu. Ces Grecs , toutefois, contre lesquels l'abbé de Clugny excite le roi Roger, étoient chrétiens; et n'avoit pas besoin d'être exhorté à leur nuire , il étoit déjà leur plus grand et leur plus terrible ennemi.
L, Eglises du Nord.
Vers le même temps , l'église de Suède fut honofée de deux martyrs, Henri, évéque d'Lpsal, et le roi Eric ou Henri, car c'est le même nom (1). L'évéque étoit natif d'Angleterre, et fut sacré l'an mil cent quarantehuit, par Nicolas, évéque d'Albane, légat du pape, aussi Anglois, qui fut depuis le pape Adrien IV. H étoit chéri du roi Eric, dont toute l'application étoit de proléger et augmenter la religion et faire régner la justice; en sorte que ses lois demeurèrent célèbres dans les siècles suivants. H en entreprit la guerre contre les Finlandois , encore païens, et ennemis du nom chrétien , après toutefois leur avoir offert la paix s'ils vouloient embrasser la foi ; et il mena avec lui révY»que d'Upsal. H gagna contre eux une grande victoire, après laquelle il se prosterna pour en rendre grâce à Dieu, mais avec beaucoup de larmes, songeant à la perte de tant d'âmes, qui auroient pu se sauver en recevant le baptême. Il donna la paix au peuple qui restoit , et leur fit prêcher l'Evangile; plusieurs furent baptisés; on fonda des églises, on établit des prêtres, et lévêque Honri demeura avec les nouveaux chrétiens pour les alîermir, tandis que le roi retourna en Suède. Un d'eux ayant commis un homicide, le saint évéque voulut le soumettre à la pénitence canonique pour retenir les aulnes par la crainte. Mais le coupable, devenu plus furieux, tua 1 évéque, dont la sainteté fut confirmée par plusieurs miracles. C'éloit vers l'an mil cent cinquante, et l'Eglise honore ce saint mariyr le dix-neuvième de janvier. Le roi Eric, étant revenu en Suède, fut attaqué par un prince danois, qui prétendoilà la couronne de Suède. Le jour de l'Ascension , comme il entendoit la messe à Upsal, Sii capitale, on vint lui dire que les ennemis étoient près de la ville, et qu il étoil à propos de marcher contre eux. Laisstz-moi, dit-il , achever d'entendre la messe ; j'espère que nous entendrons ailleurs le reste du service. H sortit pour aller au devant des ennemis, mais avec peu de suite ; comme ils en vouloient principalement à sa personne, ils le renversèrent , le percèrent de plusieurs coups, et lui coupèrent la tête. C'étoit le dix-huitième de mai mil cent cinquante-un , le lendemain de l'Ascension. On trouva sur son corps un ciliée , et il avoit pratiqué pendant sa vie plusieurs autres austérités , des veilles , des
jeiines , des bains d'eau froide pour dompter la chair rebelle. 11 se lit après sa mort un grand nombre de miracles par son intercession; et lEglisr' l'honore comme martyr le jour qu'il fut tué (1).
Le légat Nicolas, évéque d'Albane, avoit été envoyé par le pape Eugène en Danemarck, et il établit un archevêdié en Norwège, qui jusque-là avoit été soumise à l'archevêché de Lunden. Pour en faire autant en Suède , il tint à Lincope un concile provincial en mil cent quarante-huit (2). Mais, comme les Goths et les Suédois ne purent s'accorder du lieu de la métroixde ni de la personne de 1 archevêque, le legai se retira sans rien faire ; car les Goths aimoient mieux reconnoîlre l'archevêque de Jirême que celui d'Upsal. Le légat Nicolas, retournant par le Danemarck, laissa à Esquil , archevêque de Lunden, le pallium qu'il avoit destiné à celui de Suède, afin qu il le donnât au prélat que les Goths et les Suédois éliroient d'un commun consentement : ce qui n'eut point d'exécution. Le légal vouloit ainsi établir l'archevêque de Lunden primat de Suède et de Norwège, pour le consoler de rarchevêché qu'il venoit d'établir en Norwège, et il confirma depuis cette primatie , étant pape.
llartvic étoit alors archevêque de Brème, ayant succédé à Albéron, mort en mil cent quarante-huit, et il tint ce siège vingt ans (3). L année suivante mil cent quarante -neuf, comme la Saxe étoit en paix avec les Sclaves, Hartvie se proposa de rétablir les évêchés ruinés par ces barbares , savoir, Oldembourg, depuis transféré à Lubec, RatzebourgelMeklerabourg, depuis transféré à Svérin. Ces sièges avoient été vacants pendant quatre-vingts ans, et llartvic se trouvoit ainsi sans suffragants, n'ayant plus la juridiction qu'avoient eue ses prédécesseurs sur les évêques de Danemarck , de Norwège et de Suède. 11 s'efforça de la regagner par sollicitations et par présents auprès du pa^Ki et de l'empereur, et, n'y pouvant réussir, il entreprit de relever ces évêchés, situés chez les Scia ves,en son voisinage. H sacra évéque d'Oldembourg Vicelin, prêtre vénérable, qui travailloit en holsace à la propagation de la foi depuis trente ans, et il fit Eminchard évéque de Méklenibourg.
LL ViccIin, évoque d Oldembourg.
Vicelin étoit né dans le diocèse de Minden , de parents [)lus distingués par leur vertu que par leur condition (4). Il étudia assez tard, premièrement en son pays, puis à Paderborn,sous llartman , maître célèbre, qui fut obligé de modérer son ardeur pour létude.
(1) VI, Kp.47, IG.
(2; Hoiiiu. Salcan. ap.
Baron, ann 1150; VI, Ep.
(1) V. ap. Roll. 19 jaiiu.
to. 1, p. 5iiu. J. Magn.
Hisl. Golh. lib. wiii, r.
18 VitaEr. Dell. 18,Maitom. 15, [t. 187.
(1) IVlarlyr. Rom. 18 mai.
(i) Saxo Gramm lih.li,
p. i38. Sup lil). iAIV,!i.{7.
(•1 llist. ap. Lindcmbr.
(i) Helm. 1, c. 43, 15.
Ensuite Vicelin gouverna Técole de Brème sous l'archevêque Eridéric , dont il étoit aimé, aussi bien que de ceux que leur vertu distinguoitle plus dans cette église; mais il étoit odieux aux clercs négligents et déréglés. Ou laccusoit aussi de châtier trop rudement ses écoliers, dont plusieurs toutefois devinrent considérables, entre autres un jeune homme nommé Ditmar. Après plusieurs années, Vicelin résolut d'aller en France pour faire luimême de plus fortes études; et , prenant avec lui le jeune Ditmar, il vint à Laon se rendre disciple des deux frères Raoul et Anselme, qui étoietit alors les plus fameux pour l'explication de l'EcritUie sainte (1). Il étudia trois ans sous eux , évitant les questions curieuses et les disputes superffues; puis , avançant dans le désir de la perfection , il résolut de ne plus manger de viande et de porter un cilice sur la chair. 11 n'étoit encore qu'acolyte, et n'avoil pas voulu monter plus haut, craignant la légèreté de I âge : mais, après ces trois années d'étude en France, il résolut de retourner en son pays et prendre les ordres sacrés.
A son retour, il vint trouver saint Norbert, alors archevêque de lAIagdebourg , qui, ayant reconnu son mérite, l'ordonna prêtre(2). Alors, brûlant d'un zx'le ardent et désirant de se rendre utile à l'Eglise, il apprit que Henri , prince des Sclaves , avoit dompté des nations barbares, et ne cherchoit qu'à étendre la religion, il alla donc trouver Adalbéron, arcl.evêquede Ikême, qui approuva son dessein , et lui donna mission pour aller prêcher chez \vs Sclaves , et travailler à y extirper l'idolâtrie. Aussitôt il entra dans le pays avec deux prêtres qui se dévouèrent à celte bonne œuvre, et obtint du prince Henri la permission de prêcher, et l'église de Lubec pour y faire leurs fonctions. Mais, Henri étant mort et le pays troublé par une guerre civile, ils s'établirent à Faldère , aux confins delà Holsace, vers les Sclaves. Les habitants faisoient profession du christianisme, mais ils n'en avoient que le nom ; ils gardoienl leurs anciennes superstitions, et honoroient encore des bois et des fontaines. Vicelin s'en fil aimer, et ils écoutoient avec étonnemenl ce qu'il leur prêchoil des biens du siècle futur et de la résurrection ; une mullilude incroyable eut recours à îa pénitence, et sa prédication se fit entendre dans tout le pays des Nordalbingues. H commença à visiter les églises ci rcon voisines, instruisant les peuples, corrigeant les pécheurs, terminant les différents, détruisant l(*s bois profanes et toutes les cérémonies païennes. Sa réputation lui attira plusieurs disciples , tant clercs que laïques, qui firent une sainte société, promettant de garder le célibat, s'appliquer à la prière et au jeûne, visiter les malades, nourrir les pauvres, travailler à leur propre salut et à celui du prochain. Ils prioient
1) C. io.
HISTOIRE l)V CHRISTIANISME.
surtout pour la conversion des Sclaves j mais Dieu ne les exauça pas sitôt.
L'empereur Lolhaire, par le conseil de Vicelin, fit bâtir le château de SigelxTt sur la Trave , et y fonda une éj^lise dont il lui donna la conduite et de celle de Lubec. Son dessein étoit de soumettre tous les Sclaves à la religion chrétienne, et leur donner Yicelin pour évéque. Mais la mort de ce prince arrcHa les suites de cet établissement , et les guerres qui suivirent entre Henri le superbe et Albert l'ours obligèrent Yicelin à retourner à Falderen avec ses compagnons , et ils faisoient plusieurs miracles , particulièrement sur les possédés (1). Quelque temps après , Ditmar, ancien disciple de Yicelin , et alors doyen du chapitre de Brème , quitta tout pour se joindre à lui et à sa communauté de Falderen , et lui fut d'un grand secours pour son zèle et sa vertu. Tel etoit le prêtre S icelin , quand Hartvic, archevêque de Brème , l'ordonna évéque d'Oldembourg le dimanche neuvième d'octobre mil cent quarante-neuf. Mais, parce qu'il l'avoit fait sans la participation de Henri de Lyon, duc de Saxe, ce prince lui ùta toutes les dîmes de l'année; toutefois, le nouvel évéque l'étant allé trouver, le duc s'apaisa et lui promit sa protection , à la charge qu'il recevroit de lui l'investiture. La proposition parut dure à Yicelin , parce qu'il étoit contre la coutume de recevoir l'investiture de la main d'un autre que de l'empereur. Ln seigneur, ami de l'évéque, lui conseilla de se rendre à la volonté du duc pour le bien des églises de Sclavie, lui représentant que la protection de Tempereur ni de l'archevêque ne lui serviroient de rien si le duc , qui étoit le maître du pays, lui étoit contraire. L'évéque demanda du temps pour délibérer, consulta l'archevêque Hartvic , qui le détourna fortement de recevoir l'investiture du duc, disant qu il n'y avoit que l'empereur qui fût seigneur des évêques , dont les autres seigneurs s'empressoient à devenir les vassaux. Mais, comme le duc de Saxe continuoit à traiter durement Yicelin , lui retenant les dîmes et lui refusant tout ce qu'il deniandoit, il céda enfin et reçut de lui l'investiture par la crosse. Mais, peu de temps après, il reçut une sensible affliclion par la perte de Ditmar, son cher disciple, qui mourut la veille de la Pentecôte , dix-septième de mai mil cent cinquante-deux (2).
LU. Patriarches de Constanlinople.
A Constanlinople , le patriarche Nicolas Musalon fut obligé de se retirer en mil cent cinquante-un (3). Dès qu'il commença à gouverner les affaires de cette église , il s'attira les reproches de tout le monde , comme ayant ré-
[An de J.-C. 1151,
:3) Cinnani. lib. n,c.l8.
Sup. n. 21.
gulièrement usurpé le siège deConslantinoplc, après avoir renoncé à l'èpiscopat en quittant celui de Chypre. 11 résista quelque temps opiniAtremeiit ; mais, l'affaire ayant été portée au jugement de l'empereur, comme il vit qu'elle tournoit mal i)our lui, il ne voulut pas s'exposer à être condamné ; et, renonçant au patriarcat, il se relira pour mener une vie privée, après avoir porté cette dignité trois ans et quatre mois. De son temps, on décida synodalement que raffinité contractée parles fiançailles entre deux cousins-germains et deux sœurs n'étoit pas un emptVhemenl pour le mariage. Son successeur fut Théodore, moine et abbé de Sainte-Anastasie, à qui succéda un reclus, nommé Néophyte, tiré du monastère de l'Evergétide, c'est-à-dire la bienfaitrice, titre de la Sainte-Yierge (1). Ensuite Constantin Chliaréne, diacre et sacellaire, fut élevé sur le siège de Constanlinople. On ne sait pas le temps du pontificat de chacun de ces Irois patrian hes , mais tous ensemble ne durèrent que quatre ans.
LUI. Chute de Nicolas, secrétaire de saint Bernard.
Saint Bernard s'apercevoit depuis long- temps que le moine Nicolas, son secrétaire, le trahissoit ; mais enfin la chose éclata en mil cent (inquante-un, et ce misérable se retira de Clairvaux (2>. H étoit François, et dès sa jeunesse il avoit embrassé la vie monastique à Moustier-Hamey, près de Troyes. Comme il étoit fort savant pour le temps, il fut chargé dans ce monastère de l'instruction des autres, et son esprit facile et insinuant lui (il gagner l'amitié des plus grands personnages, comme Alton, évéque de Troyes, Pierre, abbé de Clugny, Pierre de Celles et plusieurs autres. U\ réputation de saint Bernard l'attira à Clairvaux , et il y fut reçu dès la première aimée du pontifical d'Eugène, par le grand désir qu'il tèmoignoit de passer à une observance plus étroite que celle de S(m monastère. A p<iiie etoit-il entré à Clairvaux qu'il fut donné pour compagnon à Geoffroy, princijml secrétaire de saint Bernard, car la mullilude des affaires obligeoit le saint abbé à en avoir plusieurs ; et Nicolas, étant ensuite devenu le premier, en eut aussi d'autres sous lui. H avoit à Clairvaux son bureau , qui étoit un cabinet plein de livres, et il en trafiquoit , empruntant des originaux pour les faire transcrire, et en prêtant d'autres à la charge de tirer une copie, outre l'original. Surtout il avoit soin d'entretenir un grand nombre d'amis, et toutcela paroît par ses lettres. Sa fonction et celle des autres secrétaires de saint Bernard n'étoit pas seulement d'écrire sous lui , mais de comf)oser des lettres de leur style par son ordre ; d où vient qu'il se
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LlYRE SOIXANTE-NEUVIEME,
plaint quelquefois quMls n*ont pas suivi ses intentions (i). Nicolas écrivoit aussi des lettres au nom d autres personnes, comme de Henri , frère du roi, depuis évéque de lîeauvais. Enfin, il écrivoit des sermons qui passèrent pour être de saint Bernard , soit qu'il ne fit que traduire en latin ceux que le saint abbé avoit prommcés en françois,'soit qu'il en composât de semblables , car il éloit plein des î)ensées de son maître et savoit parfaitement imiter son style.
Nicolas vécut ainsi environ cinq ans, possédant la confiance entière de saint Bernard et tie Pierre de Clugny, dont il éloit tendrement aimé, et à qui saint Bernard l'envoyoit de temps en temps pour se communiquer mutuellement leurs plus secrètes pensées Enfin, saint Bernard s'aperçut que ^icolas le Ironipoit, et qu'il abusoit de son sceau pour écrin^ de fausses lellres en son nom (:>). H en écrivit en ces termes au pape Eugène : Nous avons de faux frères , et plusieurs lellres falsifiées avec notre sceau contrefait sont tombées entre les mains de plusieurs persomies ; et , ce que je crains de f)lus , c'est qu'on dit (pi'il est venu jusqu'à vous (3) ; c'est ce qui m'a obligé do quitter mon ancien sceau, et de me servir du nouveau que V()us voyez , qui })orte mon image et mon nom. N'en n ce>ez plus d autre comme de ma part. ( ("est que les sceaux tenoient encore alors lieu de signature.) Le saint abbé ne nommoit point ici Nicolas, parce que sa trahison n'étoit pas encore publique.
IMais quand il fut sorti de Clairvaux, n'ayant plus rien à ménager, il en écrivit ainsi au pape (4) : Nicolas est sorti d'entre nous parce qu'il n'éloil pas (l(s noires ; cl, en sortant, il a laissé des traces hoiJl(^uses. Je le «onnoissois long-temps auparavant , mais j'atlendois ou que Dieu le convertit, ou (juil se découvrît lui-niênie, romme Judas, et c'est ce qui est arrivé. Outre les livres, l'or et largent en quanlilé, on a trouvé sur lui, comme il sortoit, trois sceaux, un à lui, c(lni du prieur, et le mien, non pas I ancien, mais le nouveau, que j a vois été obligé de prendre depuis peu pour éviter ses surprises. Qui [)()urroit dire à combien de personnes il a écrit vv qu'il a voulu sous mon nom, à mon insu? PIùl à Dieu qu(» votre cour lût entièrement purgée d(î l'effet de ses mensonges, et que l'innocence de ceux qui sont avec moi pût être justiliée auprès de ceux qu'il a prévenus par ses calomnies. Il a été convaincu , et en partie par sa propre confession , de vous avoir aussi quelquefois écrit de ses fausses lettres. Quant à ses infamies, qui sont devenues publiques dans tout le pays, je ne veux en souiller ni n)es lèvres ni vos oreilles. S'il va vous trouver , car il se vante d'avoir des amis en cour de Rome , souvenez-
vous d'Arnaud de Bresse , car il est pire encore. Personne ne mérite mieux d'être condamné ta une prison perpétuelle et un perpétuel silence. Nicolas, après avoir couru de différents côtés, se retira enfin à Mouslier-Ramey, son premier monastère , et vécut encore plus de vingt-cinq ans.
Mort de l'abbé Suger.
1) Jus Gra*c«)-i;oni p. (2) Mabill. Pra:f. in 237. Ibid. Calalog. p. 30J. Serrn. S. Berii. n. JO.
îl) Ep. 387, al. 352.
(«) Ep.20t,Ap.Orn.Ep.
(3) Ep 284.
(i) Episl. 298. 1, Jo. II,
Vers le même temps , saint Bernard , ayant appris que l'abbé Suger étoit malade à l'extrémité, lui écrivit une lettre pleine d'amitié et de piété pour Tencourager h la mort , et lui témoigner le désir qu'il avoit de l'aller voir et recevoir sa bénédicticm (1). Suger, au commencement de sa maladie , se fit mener au chapitre ; et , après avoir dit à la communauté quel({ues paroles d'édification, il se proslerna à leurs pieds, leur demandant avec larmes le pardon de toutes les fautes qu'il avoit commises contre eux ; (e qu'ils lui accordèrent, fondant en larmes de leur côté. H mourut le treizième de janvier mil cent cinquanle-deux , dans la soixanle-dixième auîiée de son âge, et la vingt-neuvièuïe de son gouvernement. A ses funérailles assistèrent six évêques, plusieurs abbes, et le roi Louis le jeune, qui y pleura amèrement.