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XLI. Concile de Pavie

Le temps du concile de Pavie étant arrivé , les évéques de Lombardie et d'Allemagne s'y trouvèrent et attendirent quelque temps l'emj)ereur Fridéric, occupé au siège de Crème, qu'il prit enfin et la brûla le vingt-septième de janvier mil cent soixante : ce qui l'obligea à remettre le concile à la Chandeleur ; mais il ne commença en effet que le cinquième de février, qui étoit le vendredi avant le jour des cendres (1). L'empereur, étant arrivé à Pavie, exhorta les évéques à se préparer au concile par des jeûnes et des prières ; puis, les ayant assemblés et s'étant assis, il leur dit : Quoique je sache que j'ai comme empereur le pouvoir d'assembler des conciles, principalement en un si grand péril de lEglise, je vous laisse toutefois la décision de cette affaire si importante. Dieu TOUS a donné l'autorité de nous juger nous-même, et ce n'est pas à nous à vous juger en ce qui regarde Dieu. Conduisez-vous donc en cette affaire comme n'ayant à en rendre compte qu'à lui. L'empereur, ayant ainsi parlé, sortit du concile, qui étoit composé d'environ cinquante , tant archevêques qu'évéques, et d'une grande multitude d'abbés et de prévôts. Il y avoit aussi des envoyés du roi de France et du roi d'Angleterre , et des députés de divers pays, qui prometloient que tout ce que le concile auroit décidé seroit reçu chez eux sans difficulté [-2).

Il y vint, entre autres, deux députés du chapitre de Saint-Pierre de Rome, savoir, Pierre Chrétien, doyen, et Pierre Guy, sous-diacre et camèrier de l'église romaine , porteurs d'une lettre de ce chapitre , adressée à l'empereur et aux prélats du concile. Elle contenoit à peu près les mêmes faits que la lettre des cinq cardinaux du parti de Victor (3) .Les chanoines convenoienl qu'Othon , diacre-cardinal de Saint- George, et Adelbalde, cardinal des Saints-Apôtres , a voient pris la chape ets'étoicnt efforcés d'en revêtir le chancelier Roland ; mais ils soutenoient que la plus saine et meilleure partie des cardinaux les en avoit empêchés et avoit élu Octavien. Ils disoient la plus saine partie , n'osant dire la plus grande. Ils ajoutoient que, lorsque l'on conduisoit Octavien au palais, le peuple avoit crié en italien , selon la coutume : Papa Fittore , santo Pietro lo elegge. Ils faisoient dire au chancelier : Octavien ne m'a

(1) Sup llv. XXIV, n. 7, 419. Siip. liv xxx, n. 48. 8, 9. Ap. Baron, an. 418 et (3) Acla. ap. Bar.

(1) Radev. n, c. 62, 64, tom. x,Conc. p. 1387, Rad.

(2) C. 71, 72. Radev. c.

66, to. X, Conc. p. 1394.

(3; Sup.

jamais dépouillé de la chape , parce que je n'en ai jamais été revêtu. Ils prétendoient qu'il n'avoit été revêtu de l'étole et du pallium qu'à la Citerne, douze jours après l'élection de Victor. Ils ciloient,pour témoins de ce qui s'étoit passé en celle occasion , Othon , comte palatin, Guy, comte de Rlandrale , et le prévôt Hébert, envoyés de l'empereur; et flnissoient en disant : Tous avez les deux glaives des apôtres , vous savez comment vous en devez user. Voulant dire qu'en ce concile la puissance temporelle étoit jointe à la spirituelle.

Après qu'on eut agité pendant cinq jours la question des deux élections , le sixième on lut publiquement une espèce d'information , qui commençoit ainsi (1) : Voici les articles qui ont été prouvés dans le concile de Pavie sur l'élection du pape Victor. Le soigneur Octavien, et non aucun autre , a été solennellement revêtu de la chape à Rome dans l'église Saint- Pierre , sur la demande du peuple , du consentement et au désir du clergé , et mis dans la chaire pontiticale en présence du chancelier, et sansqu'il s'y opposât: lescardinauxetle clergé ont chanté le 7 e Deiun , et on lui a donné le nom de A ictor. Là le clergé et le peuple romain est venu en foule à ses pieds ; un secrétaire, étant monté sur un lieu élevé, a crié suivant la coutume : Ecoutez , citoyens romains (2) î Notre père le pape Adrien est mort le lundi, il faut lire le mardi , elle samedi suivant le seigneur Octavien, cardinal de Sainte- Cécile, a été élu pape, revêtu, intronisé et nommé Victor. L'approuvez- vous? Le clergé et le peuple a répondu à haute voix : Nous l'approuvons. Ce qui a été répété trois fois. Ensuite le pape a été conduit au palais, avec les banderoles et les autres marques de sa dignité et les acclamations de louanges.

Aussitôt le chapitre de Saint-Pierre est venu aux pieds du pape Victor lui rendre obéissance. Et le lendemain , les chefs du clergé de Rome ont été trouver le chancelier et les cardinaux qui étoient avec lui, pour savoir s'il avoit été revêtu de la chape, comme quelquesuns disoient. Ils ne lui ont trouvé aucune marque nouvelle de dignité; et il leur a déclaré lui et les siens que jamais il n'avoit été revêtu et que c'étoit une calomnie. Ce que les chefs du clergé ayant ouï , ils sont venus aux pieds du pape Victor et lui ont rendu obéissance. De tous ces faits sont témoins Pierre Chrétien, doyen de la basilique de Saint- Pierre et tous ses confrères, Rlaise et Manière, prêtres, chefs du clergé de Rome, neuf archi prêtres et quatre autres, tant diacres que sous-diacres. Ensuite, on fait un long dénombrement de ceux qui ont obéi au pape Victor, savoir : le prieur et les chanoines de Latran, le clergé de Sainte-Marie- Majeure, de plusieurs églises et monastères au nombre de trente-

11) Radev. c. 67.

(2) Sup. n. o7.

Hi

HISTOIRE DU CHKISTIAMSME.

[AndeJ.-C. lloo.

AndeJ.-C. 1160. ]

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