XXVII. Lettre au pape
Dans la lettre au pape ils disent : Nous croyons qu'il vous souvient que vous avez averti il y a long-temps le roi, notre maître, par les lettres dont furent chargés les év('Hîues de Londres et d llerford ,de corriger quelques abus dans son royaume (1). Il a reçu vos ordres avec le respect convenable, déclarant qu'il corrigeroit ces désordres suivant le jugement de son église, comme en effet tous ses vœux ne tendent qu à ùter les scandales de son royaume , et y faire régner la paix. Or, voyant qu'elle étoit troublée par les crimes énormes de quelques ecclésiastiques, il a rendu à leur profession l'honneur qui lui est du , les déférant aux évéques, qui sont demeurés dans les bornes de leur pouvoir, eu punissiint un homicide, par exemple, par la seule dégradation du criminel. INIais le roi est persuadé que cette peine ne répond pas à la grandeur du crime, et que la sûreté publique n'est pas bien établie si un lecteur ou un acolyte, après avoir tué quelqu'un, en est quitte pour perdre l'exercice de ses fonctions. Le clergé voulant donc s'en tenir à l'ordre établi du ciel , et le roi voulant affermir la paix , il s'est élevé une pieuse dispute, excusable devant Dieu, comme nous croyons, parla bonne intention des deux parlies. De là est arrivé que le roi a voulu faire rédiger les anciennes coutumes de son royaume, observées par les ecclésiastiques sous ses prédécesseurs, et les rendre publiques , afin qu'on n'en disputât plus à 1 avenir. C'est ce qui a été exécuté , et voilà cette persécution contre l'Eglise dont on accuse le roi par toute la terre.
Si toutefois dans ces coutumes il y a quelque chose de dangereux pour la conscience, ou de honteux pour l'Eglise, ce prince, louché de vos avertissements et de votre autorité, a promis il y a long-temps et promet encore de le corriger. Et nous aurions déjà obtenu la paix que nous désirons, si l'archevêque de Cantorbéry n'a\oit rallumé sa colère éteinte ; mais ce prélat, au lieu de l'apaiser par ses avertissements et le vaincre par sa douceur, vient de Tattaquer durement par des lettres tristes et terribles , le menaçant d'excommunication et son royaume d interdit. A ces menaces il a ajouté des elVets plus fâcheux , car il a excommunié et dénoncé publiquement des seigneurs du premier rang, et des personnes en qui le roi a le plus de conliance,et qu'il admet à ses conseils les plus secrets, sans les avoir cités ni convaincus, ni donné lieu de se défendre. Il a de même suspendu de ses fonctions noire confrère l'évéque de Sarisbéry, sans procédure juridique et sans notre participation. Quelle suite pouvons-nous attendre d'une manière d'agir si irrègulière , vu principalement la malheureuse circonstance du temps , sinon que la concorde entre le rovaume et le sacerdoce
(1) I, Kp. 00, i;i, t:î8.
soit rompue , et que nous allions en exil avec notre clergé ; ou , ce qu'à Dieu ne plaise , que nous nous retirions de votre obéissance pour tomber dans le schisme. C'est pour éviter de si grands maux que nous avons appelé à votre grandeur, de vive voix et par écrit, contre les mandements de l'archevêque de Cantorbéry, qui portent quelque préjudice au roi, à son royaume , à nous ou à nos églises , et nous avons marqué le terme de notre appel à l'Ascension, aimant mieux être humiliés en tout ce qu'il plaira à votre sainteté que de sentir de jour en jour les effets de la passion de l'archevêque. Ce terme de l'appel s'élendoit à près d'un an (1).
XXVIIL Lettre à Thomas.
Dans la lettre à l'archevêque, ses suffragants disent (2) : iSous espérions que vous répareriez par voire humilité et votre prudence le trouble qu'a produit votre retraite inopinée dans un pays éloigné, et nous nous consolions, parce que nous entendions dire de tous côtés que vous porliez avec modestie la pauvreté où vous vous êtes volontairement réduit, vous appliquant à la lecture et à la prière, et réparant le passé par les jeûnes , les veilles , les larmes et les exercices spirituels. Nous espérions que , par une telle conduite , vous attireriez d en haut la grâce dans le cœur du roi pour lui fiiire oublier son ressentiment contre vous , et vos amis trou voient ouverture pour lui parler en votre faveur. Maintenant nous apprenons que vous avez publié contre lui un mandement . où , sans mettre de salutation ni aucun témoignage d amitié, vous le menacez d interdit ou d excommunication prochaine. Si vous lexéculez nous n'espérons plus de paix, et il est i\o la prudence de considérer la fin de ce que l'on enlreprend.
Faites donc, s il vous plaît, réflexion à quelle tin vous tendez et si vous prenez les moyens pour y parvenir. Pour nous, nous vous conseillons, comme à notre père, de ne pas ajouter de nouvelles diflicullés, de laisser les menaces et vous conduire avec patience et humilité, et de remettre vos intérêts à la miséricorde de Dieu et à la clémence du roi. Il valoit mieux faire louer votre pauvreté volonlaire que de vous exposer à être universellement blàmê d ingiatitude ; car tout le monde se souvient à quelle gloire le roi vous a élevé d'une fortune médiocre , en quelle faveur et en quelle familiarité vous avez été auprès de lui , comme il vous a soumis tous les pays de son obéissance, qui s étendent depuis l'Océan jusqu'aux Pyrénées, en sorte que l'on n'eslimoit heureux que ceux qui pouvoient vous plaire. Pour vous assurer une gloire plus solide, il vous a mis au rang que vous tenez
1 I , Kp. 12H, t. p. \, Conc. p. 4i7.
(I) l,Ep. 108,
(2) I, Ëp. 126.
dans l'Eglise , et cela contre l'avis de sa mère^ quoique le royaume en murmurât et que TEglise en gémît. Epargnez donc votre réputation et votre gloire , et ne songez à vaincre le roi que par l'humilité et la charité.
Si vous n'avez pas égard à nos conseils, faites-le du moins pour lintérêt du pape et de l'église romaine. Car que sera-ce si le roi , à qui tant de peuples obéissent, aigri par vos duretés, se retire de l'obéissance du pape, qui lui refusera peut-être son secours contre vous? Par combien de prières , de promesses et de présents, sollicite-t-on le roi à prendre ce parti? Il a résisté jusqu'à présent, mais nous craignons que Tindignation ne lui arrache ce que la considération de ce qu'il y a de plus grand dans le monde n'a pu obtenir de lui. Et, si vous en êtes cause , vous aurez de quoi fondre en larmes. Quittez donc, s'il vous plaît, une résolution si nuisible au pape, à l'église romaine et à vous-même, si vous voulez y faire attention. Mais peut-être que ceux qui sont auprès de vous vous exhortent à faire sentir votre puissance au roi et à ses étals. Celle puissance est véritablement à craindre pour celui qui pèche, et qui ne veut pas satisfaire ; mais , quant au roi , notre maître , quoique nous ne disions pas qu'il n'a jamais péché, nous disons hardiment qu'il est toujours prêt à satisfaire à Dieu, qui, l'ayant établi pour maintenir la paix entre ses sujets veut à cette fin qu'on lui rende la même défé^ rence qu'on a rendue aux rois ses prédécesseurs. S il s'est ému sur ce sujet quelque différent entre vous et lui , il a promis au pape de se soumettre au jugement de l'église de son royaume. Il est prêt d'exécuter celte promesse , de satisfaire et d'en donner des sûretés s'il est besoin. Après cela , de quel droit et en vertu de quel canon le frappez-vous d'interdit ou d'excommunication ? Il ne faut pas agir par emportement , mais par raison. Les évéques se plaignent ensuite, comme dans la lettre au pape, de la suspense prononcée contre l'évéque de Sarisbéry, et concluent en signifiant leur appel.