LIVRE SOIXANTE-DOTJZIEME
ïl
ver (1). Ces censures étant répandues partout, à peine le roi Irouvoit-ii quelqu'un dans sa chapelle qui put lui donner à la messe le baiser de paix ; car presque tous étoient excommuniés , ou directement , ou pour avoir communiqué avec les autres. Le reste dos évéques et des seigneurs, craignant de pareilles censures, réitérèrent leurs appellations contre Tarclievêque ; et le roi , ne pouvant souffrir la condamnation de ses domestiques, envoya à Rome deux archidiacres , Renaud de Sarisbéry , et Raoul de Landarf , se plaignant de cette injure et demandant de nouveaux légats pour absoudre les excommuniés et faire la paix (2) , de peur qu'il ne fût obligé de pourvoir d'ailleurs à sa sûreté et à son honneur. Thomas envoya aussi à Rome de son côté , et fit écrire au pape par le roi Louis et par les évéques et les seigneurs de France, qui avoient assisté à la conférence de Montmirail , afin que le pape fût informé à quoi il a voit tenu que la paix ne se fit.
Le roi Henri ne se contenta pas d'agir directement auprès du pape, il envoya aux villes d'Italie, et promit aux Milanois trois mille marcs d'argent pour la réparation de leurs murailles, afin qu'avec les autres villes, qu'il s'efforçoit de gagner, ils obtinssent du pape la déposition ou la translation de Thomas (3). Car il avoit promis pour la même cause deux mille marcs aux Crémonois , mille au Parmesans, et autant aux Boulonnois. Il offroit au pape de l'argent pour le délivrer de l'exaction des Romains; et dix mille marcs de plus, avec la liberté de disposer comme il lui plairoit des églises vacantes d'Angleterre. Mais Texccs de ses promesses et l'injustice de ses demandes empêchèrent qu'il ne fût écouté. Il fit encore agir au nom du roi de Sicile, dont le crédit étoit grand à Rome : ce qui fut inutile, et tout ce qu'il put obtenir fut que le pape enverroit des nonces pour procurer la paix.