‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2237 sur 2407 · XLVIII. Fin de saint Pierre de Tarenlaise · texte numérisé non relu

XLVIII. Fin de saint Pierre de Tarenlaise

Vers le même temps , le pape envoya en France saint Pierre, archevê'que de Tarentaise, pour travailler à rèccmcilier les deux rois de France et d'Angleterre, dont la division causoit tant de maux , la mort des hommes, la désolation des pays, la ruine des églises (1). Quand le Siiint prélat reçut cet ordre du pape, il délibéroit s'il vendroit le peu qu'il avoit dr chevaux pour avoir de (luoi mieux assister les pauvres. Henri, abbé de Hauteconjbe, depuis de Clairvaux , et enfin cardinal-évêqur d'Albane, consulté sur ce sujet, représenta à l'archeviViue qu'il pourroit bien faire ses visites à pied dans l'étendue de sa province ; mais qu il lui seroit impossible de faire ainsi les voyages les plus longs qu'il ne jMjurroit éviter, lii-dessus arriva le courrier du pap<' apportant Tordre d'aUer en France avec toute la diligence possible. Le prélat se mit donc en chemin et fil plusieurs miracles en ce voyage, où l'abbé de (liteaux l'accompagnoit.

Il trouva le roi Louis à Chaumont en Vexin, avec le jeune roi Ih'nri, son gendre, qui accourut au devant du saint prélat, et, dès qu il le vit , il descendit de cheval , courut lui embrasser les pieds , et , malgré sa résistance, lui ôta sa chape, dont plusieurs avoienl déjà coupé des pièces. Et , comme les moines qui acconi pagnoient l'archevêque demandoient au jeune prince ce qu'il vouloit faire de ce vieil habit dans son trésor , il répondit : Vous parleriez autrement si vous saviez combien de malades ont été guéris par sa ceinture que j'ai reçue ces années passées. Le saint prélat fit plusieurs miracles depuis son arrivée, et guérit entre autres un enfant de douze ans, aveugle dé-

fi) Ap. Pet. Blés. Epist

(2) To. Ap. S. Bern. p.

13il.Tom. 10, Conc. p 137fi.

puis sept, en présence des deux rois et du comte de Flandre. H fit approcher cet enfant, que les oflTiciers des rois repoussoient avec sa mère, lui mit dans la main un denier, et, ayant mouillé ses doigts de sa salive, lui fit le signe de la croix sur les yeux et sur la tête, et pria un peu. Les rois et les autres le regardoient et se demandoient s'il le faisoit sérieusement. Cependant l'enfant commença à voir, à regarder le denier qu il tenoit et les hommes, et dit : Ma mère, je vois, je vois tout. Elle, se tournant vers l'archevêque , comme si c'eût été un autel, se mit à genoux, étendit les mains et leva les yeux au ciel priant ardemment. Le roi de France examina le miracle , et, en ayant reconnu la vérité, se mit à genoux devant l'enfant, en qui il adoroitla puissance de Dieu , lui baisa la tête et les yeux , et lui donna son offrande dans la main.

Le jour des Cendres, qui, cette année mil cent soixante-quatorze, fut le sixième de février, les deux rois se rendirent au monastère de Mortemer de l'ordre de Cîleaux , situé dans la forêt de Licms en INormandie. Le saint archevcVïue y officia , et donna les cendres aux deux rois. Il y guérit un chevalier, qui depuis long-temps avoit perdu un œil par une blessure. 11 fit encore d'autres miracles à Gisors, dans l'abbaye d'Yère et à llautebruyère ; mais ce fut tout le fruit de son voyage, et il ne réussit pas dans la négociation de la paix pour laquelle le pape l'avoil envoyé. A son retour il tomba malade, et fut obligé de s'arrêter au monastère de Bel levai au diocèse de Besançon. H y mourut le jour de l'Exaltation delà Sainte-Croix, quatorzième de septembre de la même année mil cent soixante -quatorze, et fut enterré le troisième jour par Ebrard, arche» vêque de Besançon, accompagné de plusieurs abbés (1). 11 avoit vécu soixantetreize ans, et rempli le siège de Tarentaise pendant trente-trois ans. L'Eglise honore sa mémoire le huitième jour de mai.

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