XXXVI. Mort d'Alexandre III. Lucius III, pape
Car le pape Alexandre III , ayant tenu le saint-siège près de vingt-deux ans, mourut cette année mil cent quatre-vingt-un , le treizième jour d'août, fête de Saint-Félix et de Saint-Adaucte. Il mourut à Città di Castello , et fut enterré à Rome , dans l'église de Latran. Il passoit pour un des plus savants papes qui eût été depuis cent ans, tant pour l'Ecriture sainte que pour les décrets, les canons et les lois romaines; aussi décida-t-il plusieurs questions très-difficiles (1). Outre ses constitutions que j'ai rapportées, il s'en trouve une de l'année précédente , adressée à Casimir , duc de Pologne , par laquelle Alexandre , à la prière de ce prince , confirme l'ordonnance qu'il avoit faite par le conseil de l'archevêque , des évêques et des seigneurs de Pologne , pour retrancher plusieurs abus, mais principalement la confiscation des biens des évêques décédés. Il est remarquable que ce prince souverain demanda au pape la confirmation de ses ordonnances (2).
Le saint-siège ne vaqua qu'un jour après la mort d'Alexandre. Le mardi, premier jour de septembre mil cent quatre-vingt-un , on élut pape, Hubaud ou Lbalde , évêque d'Ostie, homme fort âgé , médiocrement lettré , mais d'une grande expérience dans les affaires. A cette élection , on commença à mettre en pratique le décret du concile de Latran , qui demandoit les deux tiers des suffrages; et les cardinaux commencèrent à réduire à eux seuls le droit d'élire le pape, à l'exclusion du peuple et du reste du clergé. Hubaud fut couronné à Véletri , le dimanche suivant , sixième jour du même mois , par Théodin , évêque de Porto , et par l'archiprêlre d'Ostie, et nommé Lucius III. Il étoit de Lucques en Toscane, et tint le saint-siège quatre ans. Jean de belles mains, évêque de Poitiers, élu archevêque de Narbonne, étant allé à Rome pour obtenir la confirmation de cette élection, le pape Lucius
(1) Pagi, an. 1181, n. 2.
Kob.de Monte, 1181. Alex.
Kp. 58, ex Longino.
(2> G. Tvr xxn, c. 7 Chr. Vos. p. 327. V. Pagi Ii81,n.5,etll85, 13.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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lui domw l'archevécîié de Lyon, el le Gt son élection se trouvèrent deux évè(mes ll<jirj
légal en France à cause de sua rare savoir, de Bayeux el \\'uUim\ d'Ayrandies, et 1 ai)Le
^ même année mil cent quat e.>ingt-un (i). du mont Saint iMiclul, Roberi de Tori-nv
Etienne, alors abbé de Sainte- Geneviève de qui nous a conservé ce fail dans sa chromque' i ans, le lelicita de cette translation, par une ! liarthelemy , qui éloil alors arche\éque oi^
lettre ou il dit : Le roi m'ayant envoyé depuis Tours, s'opposa au Siicre de Roland , prcieii-
pcu a loulouse, j'ai vu en passant les églises dant le sacrer lui-même comme son snlVra-
brûlées et ruinées jusqu'aux fondemenis, et gant; et le pape Alexandre écrivit plusirnrs
les habitations des hommes devenues les re- lettres sur ce sujet, tant à Rarllielemy qn au
traites des bêtes. J'avoue que j'ai été effrayé quand j'ai appris que vous étiez appelé en ces lieux où vous ne pouviez faire aucun fruit ; mais enfin j'ai été rempli de joie quand j ai su que Lyon vous appeloit. Ces désordres, dans la province de Narbonne, étoient l'effet delà fureur des albigeois et des cottereaux.
Après la mort de Roger, archevêque d'York, et du pape Alexandre, Guillaume, roi d'Kcosse , envoya en cour de Rcmie , et obtint du pape Lucius son absolulion et la h vée de l'interdit jeté sur son royaume, par une bulle expédiée à AéHri, le div-septième de mars (2). Quant à laffaire de Jean, évèque de Saint-André, le pape en chargea Roland, élu évèque de Dol, qu'il envoya légat en Ecosse.
A la mort de saint Laurent de Dublin, le roi d'Angleterre avoit mis en sa main les biens de cet archevêché, et ensuite l'a voit donné à Jean de Cumin, son clerc, qui s'étoit signalé contre saint Thomas de Cantorbéry. Jean de Cumin étant venu à Rome en même temps que les députés d'Ecosse , le pape Lucius l'ordonna prêtre à Yéletri, le samedi d avant la Passion, treizième de mars mil cent quatrevingt-deux; et le dimanche des Rameaux, vingt-unième du même mois, il le sacra archevêque de Dublin (3). Le légat Roland, étant arrivé en Ecosse, travailla long- temps à faire la paix entre le roi et Jean, évèque de Saint- André ; mais il ne put y réussir.
XXXVU. Afl'aire de Dol en Bretagne.
Roland avoit été élu dès la Saint-Martin , mil cent soixante-dix-sept, par les chanoines de Dol en Bretagne, pour remplir le siège de cette église (4), qui se prétendoit toujours métropolitaine. Car, encoreque le pape Lucius II eût jugé définitivement en faveur de l'archevêque de Tours, il avoit conservé le pallium à Geoffroy, évèque de Dol, ce qui lui donna prétexte de soutenir sa prétention de m^tropohtain, mais seulement sur les deux évêques de Tréguier et de Saint-Rrïeuc ; et les évêques de Dol, ses successeurs, soutinrent la même prétention (5). Roland etoit auparavant doyen d'Avranches, homme pieux et lettré; à son
ri) Rob. de 31. an. 1181.
Stoph.Tornac.Ep.75, al Oi.
r2) Roger. Hoved. pag.
(l) Rob. ad Monte, ann.
(5) Sup. liv. LXIX, n. 5.
Lobincau. llist. Brel. 1. vi, ni.
roi Louis le jeune, qui toute sa vie prit follement la défense de Tanhevêque deT« urs (1). Car, la Rretagne appartenant au roi d'Angleterre, le roi de EraïKC regardoit comme un avantage de sa couronne que les évêques de cette pjovince dépendissent du siège d(» Tours.
Le pape Alexandre ne décida rîen sur cette affaire, quoique larcheNèque de Tours et le prétendu archevêque de Dol se fus.vent présentés devant lui, I un pour oblenir la (onsècration et le pallium, l'autre pour n)aiiiler>ir son droit sur It glise de Dol. iMais le pape, ne trouvant pas le fait assez eclairci , du consentement des parties, donna commission à (iuy, archevêque de Sens (:>) , Henri, évèque de Rayeux , Etienm' , abbé de Sainte-Cieneviève de Paris, et au doyen de Rayeux, de faire premièrement leur po.ssible pour accorder les parties; et, s'ils ne le |M>uvoient, entendre les témoins et en envoyer les dè|M)silionsà Rome, afin que le pape pût juger delinilivement en présence des parties , qui dévoient y revenir dans deux ans.
Le roi Philippe, étant venu à la couronne, soutint rinlérêt du siège de Tours avec la même vigueur de son père, comme font voir les lettres qu il lit écrire en son nom sur ce sujet, par Etienne, abbé de Sainte-Geneviève, tant au pape Lucius 111 qu'à Octavien et à iMèlior, tous deux cardinaux . cpii avoienl grand crédit à Rome. Mais le pape Lucius ne fit autre chose en < ette affaire que de donner encore une commission pour ouïr des témoins sur les lieux. Elle est datée de Aéronne, le dix-huilieme d'août, et par c(msèquenl l'année mil cent quatre-vingt-quatre, et Ci'lte même année le pape avoit fait lloland cardinal-diacre (;i).