‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2314 sur 2407 · LX. Thessaloriique prise par les Siciliens · texte numérisé non relu

LX. Thessaloriique prise par les Siciliens

Cependant Guillaume , roi de Sicile, excité par un certain Alexis Comnène, parent de 1 empereur Manuel, arma par terre et par mer, et entreprit la conquête de l'empire de Constanlinople ; ses troupes prirent Duras le jour de la Sain-Jean mil cent quatre-vingtcinq (-2) , et Thessalonique le quinzième d'août dé la même année , que les Grecs comptoient six mil six cent trente - trois. A la prise de cette grande ville, les Siciliens commirent toutes sortes de cruautés et de sacrilèges (3). Ils tuoient, dans les églises, ceux qui s'y étoient réfugiés ; ils fouloient aux pieds les saintes images qui, chez les Grecs, ne sont qae de plates peintures sur bois ; ils les jetoient dans les rues, et les brûloient pour faire leur cuisine. Il y en eut qui montèrent sur la sainte table, y dansèrent en chantant, et pissèrent dans le sanctuaire. Quoi que pussent faire les chefs pour réprimer ces insolences du soldat victorieux, elles continuèrent les jours suivants. Les Siciliens , entrant dans les églises , troubloient par leurs cris le service divin des Grecs, ou chantoient en même temps des chansons infâmes. Ainsi, la haine réciproque des Grecs et des Latins s'allumoit de plus en plus.

L'archevêque de Thessalonique fut d'un grand secours à son troupeau en cette calamité. C'éloit le savant Eustache, si fameux par son commentaire sur Homère. Il ne voulut point se retirer, comme il eut pu faire avant le siège; mais il s'enferma volontairement avec son peuple, pour le consoler et l'exhorter à la pénitence ; et, après la prise de la ville, il allait souvent trouver les comtes qui commandoient les troupes de Sicile pour les adoucir. Ils le respectoient , se levoient à son bord , l'écoutoient patiemment , et avoient égard à ses prières.

LXI. Mort d'Andronic. Isaac l'ange, empereur de Constanlinople.

Après la prise de Thessalonique , les Siciliens marchèrent à Constanlinople , où l'empereur Andronic se préparoi t à se défendre ; maisilavoit au dedans des ennemis plus dangereux qu'il s' étoit attirés par ses cruautés et ses soupçons. Le plus terrible fut Isaac l'ange, dont l'aïêul Constantin , natif de Philadelphie,

(1) Lab. i,Bibl. p. 369.

Goduin. p. 3i4. Sanut. p.

172 G. Tyr. p 1004. G.

Keubrig. m, c. 16.

(2) Nicel. I, Andro. n.7.

Jo. Cec. Chr. an. 1185.

(3) Nicet. p. 194, 192.

avoit épousé Théodorat , dernière fille de l'empereur Alexis Comnène ; ce qui commença à distinguer cette famille des anges, obscure jusqu'alors. Isaac, ayant tué celui qui voulut l'arrêter de la part d'Andronic , se sauva dans Sainte-Sophie , comme faisoient ceux qui craignoient d'être poursuivis pour un meurtre: ce qui attira beaucoup de monde pour voir ce qu'il deviendroit (1). Le peuple, ému, commença à le demander pour empereur; on rompit les prisons, on en tira ceux qu Andronic y relenoit; et, avant qu'Isaac sortit de Sainte- Sophie, on lui mit sur la tête la couronne du grand Constantin, oui étoit suspendue sur l'autel. Ensuite on le lit monter sur un des chevaux de lempereur, qui passoient par hasard, et on le promena ainsi par la ville, suivi même du patriarche Basile Camatère , que le peuple y entraîna malgré lui. Isaac l'ange fut ainsi proclamé empereur et mis en |M)ssession du palais, que le peuple pilla en cette occasion , même les ornements des saintes images dans la chapelle impériale, et le reliquain' où on prétendoit avoir la lettre de Jésus-Christ à Abgar.

Andronic s'enfuit |)ar mer; mais il fut pris , <hargéde chaînes et présenté à Isaac, qui permit (le l'insulter en toutes manières. Ou lui donna des soulUels, on lui arracha la barbe et les cheveux, on lui cassa les dents; il fut le jouet du public , principalement des femmes , dont il avoit fait mourirou aveugler les maris. Ensuite on lui coupa la main droite avec une hache, et on le remit en prison, sans lui dornier à boire ni à manger, ni aucun soulagement. Quelques jours après, on lui arracha un (eil , on le mit sur un chameau galeux , et on le promena dans la place publicpie, la tête nue et p<'lèe, le corps couvert d'im méchant haillon. La populace, amassée à l'entour, lui fil sentir sa fureur. Les uns lui déehargeoient sur la tête des coups de massue, d autres lui emplissoienlle nez d'ordures, ou luiencouvroient le visage avec des épcmges. Ils disoient des injures les plus infâmes à sa mère et à ses autres parents; ils lappcloient lui-même chien enragé, lui jetant des pierres et lui perçant les cùtés avec des broches. Une femme perdue lui jeta au visage une chaudière d'eau bouillante : c'étoit à quipisluiferoit. H soutint tous œs outrages avec une grande fermeté, ne disant autre chose que Kyrie eleison^ Seigneur, ayez pitié de moi : et au peuple qui linsultoit : Pourquoi achevez-vous de rompre un roseau brisé ;' faisant allusion aux paroles de l'Ecriture (2) ; car il lasavoitbien, particulièrement les épîtres de saint Paul , quoiqu'il n'en eût pas fait usage pour la correction de ses mœurs. Enfin on le mena au theAtre, où on le pendit par les pieds: ce qui doiuia occasion à 1 outrager de nouveau jus(iu à ce qu'il expi-

LlVriE SoiXAiNTE-TREIZIÉME.

rât. Amsi finit ce malheureux Andronic , après environ deux ans de rè^ne, le douzième jour de scptembh» mil cent quatre-vingt-cinq, l'an des Grecs six mil sept cent quatre-vingtquatorze, commencé au premier jour du même mois avec la quatrième indiction. Isaac I ange régna neuf ans et huit tnois, et commença par reprendre ce que les Siciliens avoienl pris. II fit déposer le patriarche Basile Camatère, quoiqu'il eut beaucoup servi à le faire empereur : et la cause de sa déposition

fut d'avoir permis à quelques femmes nobles de qmtter Fhabit monastique, qu' Andronic leur avoit fait prendre malgré elles. Basile avoit tenu le siège de Constanlinople deux ans et demi (1). L'empereur Isaac fit mettre à sa place Nicétas Mountanès, sacellaire de la grande église , fort avahcé en %e , qu'il n'v laissa que trois ans et demi.

(1) Nic.ii, Isaac. n..-», p.259. Calai, to.l, Hisl.Byz.p.37

(1) Nicet. II, Andro. n. Nicel. n. 10. 12.Cangfamil.Biz. p.201. (2) IMallh.xii, SO.

HISTOIRE DL CHRISTIANISME

[ An de J.-C. 118G.

Ail de J.-C. 1186.]

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