‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2322 sur 2407 · No. c. 0. (lOd. p :U · texte numérisé non relu

No. c. 0. (lOd. p :U

Sup n. 40. Uad. de Die. p.

6JI. Roger, p. 631.

(i) Monesl. Aug.toTn. 1,

pU59

les difficultés et les périls de l'épiscopat, s'excusa, disant que Lélection étoit nulle, nonseulement à cause de l'indignité de sa personne, mais parce qu'elle avoit été faite par l'autorité du roi et de l'archevêque hors de l'église vacante , et qu'il ne pouvoit y consentir sans la permission du prieur de la grande Chartreuse, son supérieur. Il renvoya ainsi les députés , exhortant le chapitre à faire un meilleur choix, et espérant les rebuter par ces difficultés. Mais les chanoines, pour ne lui laisser aucune excuse, s'assemblèrent de nouveau dans l'église de Lincoln, et l'élurent tout d'une voix ; puis ils envoyèrent à la grande Chartreuse des députés notables , qui apportèrent , non-seulement la permission , mais le commandement d'accepter. Hugues fut donc tiré de son monastère de AVitham ; mais en sortant il portoit lui-même sur son cheval ses peaux de mouton et ses habits monastiques, ne voulant rien relâcher de son observance avant son épiscopat. Il fut ainsi amené à Londres, et sacré à Westminster dans la chapelle de Sainte-Catherine, le jour de Saint- Mathieu, vingt-unième de décembre mil cent quatre-vingt-six.

Hugues étoit né en Bourgogne d'une famille noble (1); son père, brave et vertueux chevalier, ayant perdu sa femme , l'offrit à Dieu dès l'âge de huit ans , le mettant dans un monastère de chanoines réguliers, qui étoit proche de son château, où il se retira ensuite luimême, et y servit Dieu le reste de ses jours. On mit d'abord le jeune Hugues sous la conduite d'un sage vieillard qui, l'instruisant des bonnes lettres, forraoit aussi ses mœurs, l'accoutumant dès lors à une vie sérieuse. Il fut ordonné diacre à l'âge de dix-neuf ans , et quelque temps après on lui donna le gouvernement d'une paroisse, quoiqu'il ne fût pas encore prêtre. Son prieur, allant par dévotion à la grande Chartreuse, le mena avec lui, et le jeune religieux fut tellement touché de la vie de ces saints solitaires , qu'il conçut un désir ardent d'être admis en leur compagnie, et commença à les en solliciter secrètement. II retourna" toutefois avec son prieur ; et les chanoines ses confrères, ayant appris son dessein , le pressèrent tellement, qu'il leur promit par serment de ne les point quitter. Mais il ne put résister à l'attrait d'une vie plus parfaite; il s'enfuit secrètement, et vint à la Chartreuse, où il fut reçu, et ses scrupules s'apaisèrent. Cette sainte "maison étoit alors gouvernée par Basile, son huitième prieur, successeur de saint Anthelme. Le temps étant venu d'ordonner Hugues prêtre , l'ancien qu'il servoit lui demanda s'il le vouloit (2) Il répondit avec simplicité qu il n'y avoit rien en cette vie qu'il désirât davantage. El comr".ent, dit le vieil lard, osez-vous désirer ce que ks plus parfaits même ne reçoivent que lorsqu'i's y sont con-

(1) Vitac. 1.

HISTOIRE DU CPIKISTIANISME.

traints? Hugues, épouvanté de ce reproche, se prosterna à terre de tout le corps, demandant pardon avec larmes. Le vieillard lui dit : Levez-vous, mon fils, ne vous troublez point ; je sais par quel esprit vous avez parlé. Vous allez être prèlre, et vous serez évéque quand le temps prescrit de Dieu sera venu. Après qu'il eut passé di\ ans dans sa cellule, le prieur de la Chartreuse lui donna la charge de procureur, dont il s'acquitta si dignement, que sa réputation s'étendit même hors la province (1).

Le roi d'Angleterre avoit déjà fonde la Charlreuse de Wilham ; mais les deux prieurs qui y avoient été n'avoient pu faire aucun bien, à cause de l'insolence des gens du pays. Le roi ayant ouï parler du mérite de Hugues, envoya à la grande Chartreuse le demander pour gouverner cette maison. Le prieur et les moines eurent grand'peine à le donner, et lui encore plus à y consentir; car, leur disoit-il, puisque depuis tant d'années je n'ai pas profilé de vos instructions et de vos exemples pour me conduire moi-même, comment pourrois-je gouverner une nouvelle communauté ? Etant allé à Witham, il trouva les moines dans une grande pauvreté, et les consola, les exhortant à la patience et à la douceur (2) ; mais il ne laissa pas d'augmenler bientôt cette maison, tant en bâtiments qu'en meubles, ayant gagné l'affection du roi et du peuple, quoique celte nation n'aimât pas les étrangers. 11 parloit au roi avec tant d'insinuation el de piété, que ce prince, tout habile qu il étoit , ne lui pouvoit rien refuser, et avouoit qu'il avoit trouvé son maître. En une grande tempête il crut avoir été conservé par les prières de Hugues, et redoubla depuis ce jour sa vénération pour lui.

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