XIV. Traité du pape avec les Romains
Aussitôt après son couronnement , il envoya des députés aux Romains, ses concitoyens, pour établir avec eux une paix s(>lide(4) L'occasion de la discorde étoit la ville de Tusculura, à dix milles ou trois lieues de Kome, appartenantau pape, à laquelleles Romains faisoient une guerre implacable pour se la soumettre : ce qui causoit une ciuelle division entre eux et le pape depuis le temps d'Alexandre III. Les députés de Clément 111, étant arrivés à Rome, exhortèrent les Romains à le recevoir comme leur père, et se réunir à
(1) Roger, p 6:lft. S«r. p. 88«. V. PaL'i, 1187,
Ep. 3. G. Neubr. m, C- 22. an. Ann. IVIaiIros.
(i) Ep: 3. G. Neubr. m, n. Ift," 1 18H. n. I Gurvas'
(3) Chr. Pis. to. 3. Itai. (4) Roger, p. 689.
à lui. Nous le souhaitons plus que lui , répondirent-ils, à condition toutefois qu'il vous aidera à réparer la perte et la houle que nous avons reçue à l'occasion de la guerre de Tusculum, et qu'il fera marcher ses troupes, s'il est besoin, conlre celle ville, en cas que nous ne puissions faire avec elle une paix honorable; enfin, qu'il nous la livrera, s'il en est un jour le maître, pour en disposer à notre volonté.
A ces conditions fut fait le traité , où le sénat et le peuple romain, adressant la paroleau pape, disent en substance (1) : Nous vous rendons dès à présent le sénat, la ville et la monnoie. JNous vous rendons quilles l'église de Saint-Pierre et les autres, qui éloient engagées pour la guerre, à condition que vous céderez au sénat le tiers de la monnoie,surqu(û l on déchargera tous les ans une partie de la somme pour laciuelle les églises étoienl engagées , jusqu à ce qu'elle soit entièrement acquittée, et dont les intérêts diminueront à proporlion du principal. Nous vous jurerons la tidelilé tous les ans, nous et les sénateurs nos successeurs, et vous donnerez aux sénateurs et à leurs officiers les distributions ordinaires aussi bien qu'aux juges , aux avocats et aux scriniaires que vous aurez établis.
De quelque manière que Tusculum soit détruit, l'église romaine y gardera tous ses domaines et ses mouvances ; mais vous nous donnerez dans six mois tous les murs de la ville et de la forteresse pour les détruire , sans que vous les puissiez jamais rétablir. Et, si Tus culuin ne tombe i)as entre nos mains d'ici au premier de janvier, vous en excommunierez les habitants, et les ccmlraindrez par vos vassaux de Campanie et de Romagrv , avec notre secours, d'accomplir touchant leur ville ce qui a élé dit. Moyennant ce que dessus , nous jurerons de vous domier sûreté, à vous , aux évéques, aux cardiuaux, à toute votre cour et à ceux qui y viendront, y séjourneront ou s'en retourneront, sauf les droits des Romains, qu'ils demanderont de bonne foi. Si vous les appelez pour la défense du patrimoine de saint Pierre, ils iront, en les défrayant de votre part, comme leurs prédécesseurs ont accoutunu de l'être. Ce sont les principales clauses de ce traité, dont la date est du dernier de mai, indiciion sixième, qui est celle année mil (eut qualre-vingl-huit. Il est aussi daté de la quarante-quatrième année du sénat : ce qui lait voir que les Romains en rernotiloient le rétablissement à l'an mil cent quaraule quatre seulement et au pontificat de Lucius II , quoiqu'ils eussent commencé celte entreprise dès 1 année précédente, sous Innocent II (2). Le pape Clément III étoit à Rome dès le treizième de mars.
Avant que de partir de Pise , il exhorta le
peuple assemblé dans la grande église à travailler au recouvrement de la terre sainte ; et, pour les y conduire , il donna l'étendard de Saint-Pierre à leur archevêque L balde, avex: le litre de légat. Ce prélat partit à la mi-septembre de la même année mil cent quatre-vingt-huit, avec une flotte de cinquante vaisseaux, passa l'hiver à Messine , et arriva à Tyr le sixième d'avril de l'année suivante (1). Ce fut apparemment à Pise que le pape Clément ordonna des prières particulières par toute l'Eglise pour la paix , la délivrance de la terre sainte et des chrétiens retenus captifs chez les Sarrasins.