XX. Sédition contre les ju fs
\près la messe suivit le feslin solennel, où les évêques étoient à table avec le roi, selon leur rang, et les seigneurs servoient. 11 avoit fait publier par la ville que ce jour il n'entrât dans son palais ni juifs ni tVmmes, pour éviter les maléfices dont on les soupçon-
Ci) Roger, p. C55. Sup. (2) Sup. n. 3. Riauf. p. liv. LXXlll, n. 34. 048.
noit (1). Toutefois, pendant le repas, les premiers d'entre les juifs vinrent apporter au roi des présents, de quoi un chrétien, indigné, donna un soufflet à un juif pour l'empêcher d'entrer. D'autres, à son exemple, commencèrent à repousser les juifs avec insulte; le peuple y accourut, et, croyant qu'on le faisoit par ordre du roi, ils se jetèrent sur les juifs qui étoient en grand nombre à la porte du palais, on commença par les coups de poing, d où l'on vint aux pierres et aux butons ; il y en eut de tués et de laissés pour morts. Ln d entre eux, nommé Benoît le juif, d'York, fut si maltraité qu'on désespéroit de sa vie, et la crainte de la mort le fit résoudre à recevoir le baplême de la main du prieur de Notre- Dame d'York. Cependant le bruit se répandit par toute la ville de Londres que le roi avoit commandé d exterminer tous les juifs, ce qui fit accourir en armes une infinité de peuple , tant de la ville que de ceux qui étoient venus des provinces pour le sacre. On tuoitdonc les juifs, et, comme ils se retiroient dans les maisons fortes , on y metloil le feu. Le roi qui étoit encore à table , ayant appris ce désordre, envoya pour l'apaiser quelques-uns des principaux seigneurs: mais, n étant point écoutés par le i>euple en furie , ils furent contraints de se retirer.
Le lendcMuain, le roi fit pn»ndre quelquosuns des coupables, dont trois furent pendus pour avoir mis le feu, dont des maisons de chréliens a voient été brùlé<'s. Puis il se fil amener lejuif qui avoit été baptisé, et lui demanda s'il étoit chrétien. Celui-ci lui répondit que non, mais que pour éviter la mort il s'é oit laissé faire par les chrétiens ce qu'ils avoient voulu. Le roi demanda à l'archevêque de Cantorbéry , en présence de plusieurs autres évêques, cequ il falloit faire de cet homme , et le prélat répondit en colère: S'il ne veut pas être à Dieu , qu il soit au diable. Benoit retourna donc au judaïsme, et mourut |H'u de temps après ; mais ni les juifs ni les chrétiens ne vouliuTnt 1 entener parmi eux. Ensuite le roi envoya ses lettres par tous les comtés d'Angletern» pour défendre que l'on fît aucun mal aux juifs, mais, avant que cet ordre fût publié, plusieurs villes avoient suivi l'exemple de Londres, plutôt par avidité du gain que par zèledi* religion(2). Plusieursjuifs, pour éviter ces violences, reçurent le baplême;, et épousèrent leurs femmes à la manière des chrétiens. Tous les juifs d'York périrent au mois de marsch^lannéesuivante, milcent quatre-vingtdix. Le vendredi avant le dimanche des Rameaux, qui étoit le seizième du njois, ces juifs, au nombre de cinq cents, sans compter Ion f» inmes et lescnfanls, parla crainte des chrétiens , s'enfermèrent dans la toiu* mal"^ré