XXII. Voyage de l'empereur Fridéric
L'empereur Fridéric partit , dès la même année mil cent quatre-vingt-neuf, incontinent après Pâques, qui fut le neuvième d'avril 11 etoit accompagné de son fils Fridéric , duc de Souabe; et, s'étant embarqué sur le Danube il arriva à Presbourg, où il tint une cour so^ lennelle le jour de la Pentecôte, vingt-huitième de mai , et y rassembla son armée. 11 fut parfaitement bien reçu par Bêla 111 , roi de Hongrie, qui mourut l'année suivante, le mardi premier jour de mai , après avoir régné vingt-trois ans(l). L'empereur Fridéric traversa ensuite la Bulgarie, où il fut souvent oblige de s'ouvrir le passage l'épée à la main. H trouva aussi bi-aucoup de résistance sur les terres de l'empereur de Constanlinople, Isaac l'ange, qui toutefois lui avoit promis la liberté du passage ; mais il s'imaginoit que Fridéric venoit dans le dessein de le dépouiller luimême , et de faire son fils Fridéric empereur de Constanlinople.
Il avoit reçu cette impression de Dosithée en qui il avoit une particulière confiance. C'éloit un moine de Stude, qui, étant ami d Isaac avant son élévation, lui prédit l'empire; et l'accomplissement de cette prédiction lui acquit une telle estime, qu il le Ut patriarche de Jérusalem après la mort de Léonce homme de mœurs agréables et de grandes vertus Car les Grecs n'a voient point cessé d avoir des patriarches à Jérusalem et à Antioche depuis qu'elles avoient été prises par les Latins. Dosithée avoit donc persuadé à l'empereur Isaac que Fridéric en vouloità Constanlinople; il luiavoit même prédit parquelle porte il y entreroit, et les désordres qu'il y feroit, ajoutant que pieu en feroit une punition exemplaire. On disoit encore, parmi les croisés, qu Isaac avoit fait un traité avec Saladin , pour partager entre eux la Palestine, après en avoir chassé les Latins ; on spécifiuit les conditions du traité, et on faisoit en détail le dénombrement des présents qu'ils s'étoieut envoyés de part et d'autre (2).
L'empereur Fridéric, se voyant ainsi trompé par Isaac, fit le dégât sur ses terres, et prit Phihppopolis, qu il trouva abandonnée et déserte, à la réserve de quelques Arméniens qui y restèrent, n'ayant pas pour les Latins la même aversion que lesGrecs (3). Nicétas , gouverneur de cette ville, dit dans son histoire , que les Arméniens et les Allemands communi-
(li Olho. S. Bias. c. 32.
Arnold. Lub. Reichersp.
an. ll89.Chr.Jo.Xhevorez.
(2) Nicel I«aac, lib. n n. 4, p. 258. (^hr Reichesp p. 267. Radul. Die. p. 042
(3) Nicet. ibld.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
quenlonsemblo, et s'accordent sur la plupart de leurs opinions. Car, ajoulo-t-il, les ArméniL'nset les Allemands rejettent égalemonl l'aduralion des saintei images: les uns et les autres emploient le pain sans levain au saint sacrifice, et observent comme logilimes quelques autres pratiques rejetées par les chrétiens orthodoxes. Je ne vois pas ce que veut dire JNicétas touchant les images, si ce n'est que quelques soldats allemands eussent profané celles des Grecs , comme avoient fait les Siciliens à la prise de Thessalonique (1) Fridérlc pril Philippopolis le vingt - cinquième d'août; et, le vingt-deuxième de novembre, il vint à Audrinople, où il passa l'hiver.