‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 249 sur 2407 · LIVRE QUARAiSTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARAiSTE-QUATRIÈME

et vifs, tenez aquilin, le visage gai (1). On voit encore son portrait sur quelques sceaux de ses lettres. Sitôt qu'il vit les croix que l'on portoit à sa rencontre, il descendit de cheval avec les seigneurs qui laccompagnoient, et s'avança à pied jusqu'à l'église de Saint-Pierre. Le pape étoit venu dés le grand matin, et l'attendoil avec son clergé sur les degrés, que le roi baisa tous ; puis il embrassa le pape, et le prit par la main. Ils entrèrent ainsi dans l'église, le roi ayant la droite sur le pape , et tout le clergé commença à chanter à haute voix : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Le roi et sa suite s'avancèrent jusqu'à la confession de Saint-Pierre, où ils se prosternèrent, et remercièrent Dieu de la victoire qu'il avoit accordéeauroi par l'intercession du saint apôtre. Ensuite le roi pria instamment le pape de lui permettre d'entrer à Rome pour accomplir ses vœux, et faire ses prières en diverses églises. Ils descendirent l'un et l'autre près du corps de saint Pierre avec les seigneurs romains et francois, et se promirent sûreté par des serments réciproques. Ap es quoi le roi et les Francois entrèrent dans Rome : le pape célébra devant eux le baptême solennel à la basilique de Latran ; puis le roi retourna loger à Saint-Pierre.

Le lendemain , qui étoit le jour de Pâques, le pape envoya au roi , dès le matin, tous les magistrats et les olliciers de guerre, qui le conduisirent avec les François à Sainte-Marie- Majeure. Après la messe, le pape le mena au palais de Latran, où il lui donna a dtner , et se mit à table avec lui. Le lendemain lundi, le pape célébra la messe à Saint-Pierre, suivant la coutume, et v fit chanter des louanges à Charles, c'est-à-dire des acclamations en forme de litanies , que l'on nommoit en latin , Lnides. Le mardi il dit encore la messe devant le roi à Saint-Paul. On voit ici les mêmes stations qui sont encore marquées pour les mêmes jours dans le missel romain. Le mercredi le piipe vint conférer avec le roi à Saint-Pierre, et le pria de confirmer la donation qu'il avoit faite au pape Etienne à Quiercy, avec le roi Pépin, son père, etCarloman, son frère (2). Le roi la lit lire, et, l'avant approuvée avec tous les seigneurs, il en fit dresscT une pareille par Ethérius,oultier, son chapelain et son notaire, et la signa de sa main , c'est-à-dire qu'il y mit une croix ou un monogramme ; car, quoique savant d'ailleurs, il ne savoit pas écrire. On ap[)elle monogramme un chifl're composé des lettresdti nom, quisemblent n'en fairequ'une, et Charlemagne est le premier de nos rois qui en introduisit l'usage ordinaire (3). Les évêques et les seigneurs souscrivirent aussi à la donation. Elle fut mise premièrement sur l'autel d(» Saint-Pierre, puis sur sa confession ; et ils promirent tous de la conserver sous un

terrible serment. Le roi en fit faire par Eth riiis une copie, qu'il mit de sa propre main sur le corps de saint Pierre, et sous l'évangile qu'on avoit accoutumé d'y baiser; et en emporta une autre copie écrite par le scriniaire de l'église romaine. Cette donation étoit plus ample que celle de Pépin, et commençoit sur la côte de Gênes, par le promontoire de la Lune, ouest aujourd'hui leportdeSpezia,avec l'île de Corse, vis-à-vis (1) ; puis elle s'étendoit àRardi, à Rège, à Mantoue, et comprenoit l'exarchat de Ravenne, les provinces deVénétie et d'istrie , les duchés de Spolète et de Bénévent. Car c'est ainsi qu'Anasthase en marque rétendue.

Ce fut, comme l'on croit, à ce premier voyage de Rome que le pape Adrien donna au roi Charles le code des canons de l'église romaine, suivant l'édition de Denis le petit, à laquelle on avoit ajouté les décrétales de six papes; savoir, d'ililarius, de Simplicius, de Félix , de Symmaque, d'Hormisdas et de Grégoire II (t2). A la tête de ce livre, le pape Adrien mit un éloge du roi en vers acrostiches, dont les premières lettres marquent l'adresse qu'il lui en fait ; et, dans le corps de la pièce, il lai souhaite d'être vainqueur dans Pavie, de dompter Didier, et conquérir le royaume des Lombards (3). On trouve un abrégé de ce code attribué aussi au pape Adrien, mais apparemment fait depuis par quelque

particulier.

Charles étant retourné au siège de Pavie , Didier fut obligé à se rendre , et envoyé en France dans le monastère de Corbie, où il acheva saintement ses jours dans les veilles, les prières, les jeûnes et les bonnes œuvres. Ainsi finit le royaume des Lombards, après avoir duré en Italie un peu plus de deux cents ans , et Charles prit depuis ce temps le titre de roi des François et des Lombards (4).

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