XII. Conversion des Saxons
L'année précédente, sept cent soixanle-qua*torze, tandis que Charles étoit en Italie, les Saxons, qu'il avoit quittés sans lesengager par aucun traité, entrèrent avec une grande armée sur les terres des François , et vinrent à Frislaren ïlesse, voulant brûler l'église que saintBonifaceyavoîtbàlieprèslechâteaudeliuribourg , où les François s'étoient réfugiés (3). Mais ils ne purent mettre le feu à cette église, ni par dehors, ni par dedans, et s'enfuirent épouvantés , sans que personne les poursuivit. On dit même que de part et d'autre, lant des paicjis que des chrétiens , qui éloient dans le château de Buribourg, on vil deux jeunes hommes vêtus de blanc qui défendoient cette église. On trouva proche un Saxon mort , après la retraite des autres, à genoux, avec du bois et du feu entre les mains , comme prêt à souffler pour l'allumer.
L'an sept cent soixante-seize, les Saxons, ayant rompu le traité de l'année précédente, recommencèrent la guerre-, et, conmje ils atlaquoient lechùti'au d Eresbourg, plusieurs, tant (lehors que didans, assurèrent avoir vu deux écus rouges et flamboyants agiles sur l'église. Les Saxons, épouvantes de ce prodige, s'enfuirent en confusion vers leur camp, se tuant l'un l'autre; elles François le»s poursuivirent jusqu'à la Lippe. Le roi Charles étant ensuite entré sur leurs lerres , ils vinrent se rendre à lui, et promirent de se faire chrétiens. Charles rebâtit Edesbourg, et un autre château sur
(1) Sup.n.â.VilaS.Lud.
tom, 5, AclaB.p. 23.
(2) Ann. Pclav an. 775.
.3. Ann. Loisci. '11.
Losel.
la Lippe , où les Saxons , s'ctant assemblés avec leurs femmes et leurs enfants, on en baptisa une multitude innombrable. 11 y en eut encore un grand nombre de baplisés l'année suivante, sept cent soixante-dix-sept, à Paderborn , où le roi Charles lint l'assemblée générale des François pour la première fois. 11 y vint des Saxons de toulesles parties de leur pays ; mais Viliquind, le principal de leurs chefs, se relira avec quelques au Ires en ^i ormandie, c'est-à-dire en Danemarck. Les Saxons qui furent baplisés en celte occasion, s'engagèrent à renoncer à leur liberlé, et à abandonner leurs terres, s'ils ne demeuroient fermes dans la religion chrétienne et dans l'obéissance au roi Charles.
Toutefois, dès l'année suivante, sept cent soixanle-dix-huit, ayant appris que le roi Charles étoit en Espagne , ils se révoltèrent encore à la persuasion de Vitiquind (1). Ils s'avancèrent jusqu'au Rhin, ravagèrent et pillèrent le pays, brûlèrent les églises, violèrent les religieuses. Mais, apprenant le retour de Charles, ils se retirèrent, et furent battus par ses troupes, et obligés à rentrer chez eux.
XllI. Capitulaire de lan 779.
Le roi Charles célébra à Hèrislal la fête de Noël de cette année , et Pàque de Tannée suivante sept cent .soixanle-dix-neuf , et il y fil un capitulaire de vingt-trois articles, dont quelques-uns regardent la religion (2). On y ordonne la réforme des monastères , et la résidence des abbesses. Les évêques ont pouvoir de corriger les incestueux et les veuves qui tombent en faute. Chacun doit payer la dîme , et elle doit êlre employée par l'ordre de l'évêque. Les criminels dignes de mort par les lois , qui se réfugient dans l'église , n'y doivent être protégés ; et on ne les y doit point tenir. Le parjure aura le poing coupé : si le cas est douteux, ils se tiendront devant la croix. C'étoit une manière de preuve pour connotlre la vérité. Les deux parties se lenoient debout devant une croix, et celui qui lomhoit le premier perdoit sa cause. Le capitulaire ajoute, qu'on se rapportera au jugement de l'évêque pour justifier un comte accusé d'avoir fait mourir un voleur par passion. Les églises continuoient de payer au roi des décimes et des précaires , comme sous Pépin ; mais il est défendu d'en imposer de nouvelles.
Ensuite est une ordonnance pour des prières publiques et des aumônes à cause de la sécheresse et de la famine de cette année sept cent soixante-dix-neuf. Chaque évêque chantera trois messes el Irois psautiers ; et tous , depuis l'évêque jusqu'au laïque marié, jeûneront deux jours de suite (3). Chaque évêque, abbé ou
abbessc donnera en aumône une livre d'argent ou la valeur, et nourrira quatre pauvres jusqu'à la moisson. Les comtes de même, et les autres à proportion ; car on diminue la taxe selon les facultés.
Les Saxons furent encore vaincus cette année, et les Vestfales , qui en faisoient une grande partie, entièrement soumis (1). Les autres, qui étoient au delà du Weser, donnèrent des otages et tirent des serments : l'année suivante sept cent quatre-vingt, le roi vint lui-même régler les affaires de Saxe, et s'arrêta à la source de la Lippe, où il tint une assemblée ; puis il s'avança vers lElbe, plusieurs furent baplisés au lieu nommé Orahim , au delà de la rivière Ohre. Il y eut aussi un grand nombre de Vinides et de Frisons baptisés (2). Alors le roi Charles, voulant affermir la religion en Saxe , distribua le pays à des évêques , des prêtres et des abbés, pour y habiter et y prêcher. Toutefois , les choses n'étoient pas encore assez tranquilles pour fixer des sièges épiscopaux.