LIVRE QUARANTE-CINQUIÈME
il fut ordonné évéque le lendemain, jour d( Sainl-Jeanl'évangéliste, qui , cette année, étoit un dimanche. 11 tint le saint-siége vingt-cinq ans dnq mois et dix-sept jours. Quoiqu il fut très-doux , il ne laissa pas d'être ferme pour la défense des droits de l'Eglise : il rendoit justice à tout le monde , et faisoit de grandes libéralités. Il augmenta les distributions du clergé, et fit aux églises de Rome tant et de si grandes et de si riches offrandes , que le dénombrement en seroit trop ennuyeux.
Sitôt qu'il fut pape, il envoya au roi Charles des légats charges des clefs de la confession de saint Pierre et de l'étendart de la ville de Rome , avec d'autres présents ; et le pria d'envoyer quelqu'un des seigneurs de sa cour , qui reçut le serinent de fidélité des Romains pour les'assurfT dans son obéissance. Le roi envoya Angilbert, abbé de Saint- Riquier, avec une grande partie du trésor que Henri, duc de Frioul, avoit apporté de Pannonie la même année, après avoir pillé la Ringe, ou capitale des Huns. Angilbert étoit aussi charge d'une lettre en réponse de celle du pape, qui commence ainsi : Ayant lu votre lettre et le décret de votre élection , nous avons eu une grande joie de ce qu'elle a été faite unanimement comme aussi de ce que l'on nous rend l'obéissance et la fidélité qui nous est due. Et ensuite : Nous vous envoyons Angilbert , un de nos plus familiers serviteurs, que nous avions résolu d'envoyer à votre prédécesseur^ mais , comme tous les présents étoient prêts , la nouvelle de la mort de notre bienheureux père a retarde son départ. Nous l'avons chargé de conférer avec vous de tout ce qui regarde la gloire de l'Eglise et l'affermissement de votre dignité et de notre patriciat. Enfin il l'exhorte à faire observer partout les canons (1).
Il y avoit une instruction pour Angilbert, portant qu'il avertira le pape sur ses devoirs, tant pour la pureté de ses mœurs , que pour
l'observation des canons et le gouvernement de l'Eglise. Représentez-lui souvent, dit le roi, que cette dignité est de peu d'années, et que la récompense de celui qui s'en acquitte bien est éternelle (1). Parlez-lui fortement pour l'extiiution delà simonie, et lui représentez tout ce dont vous savez que nous nous sommes plaints ensemble. Comme ces deux lettres se trouvent entre les œuvres d'Alcuin , il y a apparence qu'il les avoit composées au nom du roi , et il y en joignit une en son nom au pape Léon.
On croit que ce fut de ces présents du roi Charles , et de ces dépouilles des Huns . que le pape , au commencement de son pontificat, fit faire tant de vases et d'ornements précieux pour les églises de Rome. On y exprime entre autres des couloirs d'argent doré , servant à purifier le vin qui de voit être consacré. On remarque une grande salle dans le palais de Latran, qu'il fit incruster de marbre , et orner de colonnes et de peintures en mosaïque. Il en reste une encore aujourd'hui où saint Pierre est représenté assis , ayant trois clefs sur ses genoux . et à ses deux côtés le pape Léon à droite, le roi Charles à gauche, tous deux à genoux. D'une main saint Pierre donne au pape le pallium, et de l'autre au roi un étendard chargé de six roses. Au-dessous est une inscription qui porte : Saint Pierre, donnez la vie au pape Léon, et la victoire au roi Charles (2).