X. Violences contre le pape Léon
Peu de temps après ce concile , le jour de Saint-George, vingt-troisième d'avril sept cent quatre-vingt-dix-neuf, dans l'église dece saint,
on dénonça la grande litanie, c'est-à-dire la procession solennelle , qui se devoit (aire deux jours après le jour de Saint-Marc, vingt-cinquième d'avril, et se terminer à l'égfise de Sainl- Laurent-de-Lucine, où se devoit célébrer la messe. Le pape Léon étant sorti à cheval du palais patriarcal pour cette cérémonie , rencontra Pascal, primicier, qui n'avoii pas sa chasuble , quoiqu'il la dût porter en pareille occasion (1). Il dit qu'il se portoit mal : le pape reçut l'excuse, et Pascal continua de le suivre (2) , aussi bien que Campule, sacellaire , tous deux l'entretenant amiablement. Ils étoient parents du papt^ Adrien , et avoient formé une conjuration contre Léon (3). Quand ils vinrent devant le monastère de Saint- Etienne et de Saint-Sylvestre, que le pape Paul avoit fondé , on vit tout d'un coup paroltre des gens armes, qui sortirent de leur embuscade et se jetèrent sur le pape. Le peuple qui l'accompagnoit pour la procession fut épouvanté et s'enfuit, les assassins prirent le pape et le mirent par terre, Pascal étant à sa léte, Campule à ses pieds. Ils le dépouillèrent en déchirant ses habits, firent leurs eflbrts pour lui arracher les yeux et lui couper la langue , et le laissèrent au milieu de la rue, croyant l'avoir rendu aveugle et muet.
Mais Pascal et Campule revinrent à la charge , et traînèrent le pape dans l'église du monastère, devant l'autel , où ils s'efforcèrent encore de lui arracher les yeux et la langue , lui donnèrent des coups de bâton, le déchirèrent et le laissèrent étendu dans son sang ; puis ils renf<Tmèrent sous bonne garde dans le même monastère. Toutefois, craignant qu'il n'en fût tiré par des gens de bien , ils firent venir de nuit secrètement l'abbé de saint Erasme, et l'envoyèrent au monastère de Saint-Sylvestre avec une troupe de gens de leur parti , qui la même nuit en tirèrent le pape, le menèrent au monastère de Saint- Erasme , et l'y enfermèrent dans une étroite prison. Mais, nonobstant tout le mal qu'on lui avoit fait, il se trouva qu'il n'avoit perdu l'usage ni des yeux ni de la langue , ce qui fut regardé comme un miracle.