XIX. Écrit» d'Alcuin
Les écrits d'Alcuin montrent l'état des études de son temps. Premièrement, on y trouve un petit traité des sept arts libéraux, qui semble être tiré de Cassiodore ; et ils comptoient ainsi ces arts : grammaire, rhétorique, dialectique , mathématiques , divisées en quatre parties, arithmétique, musique, géométrie, astronomie (3). Alcuin fit un traité plus ample de grammaire ; et une de ses lettrtîs au roi Charles fait voir combien il avoit à cœur de rétablir l'orthographe, qui en est le fondement , et que la barbarie des deux derniers siècles avoit presque fait oublier. Il fit aussi un trai té de rhétorique et un de dialectique en forme de dialogues avec le roi Charles. Mais la plu-
(i) Episl 19. p. 421, lom. 1, Capil.
(2) Capit. Aquisgr.c. 70 (3) P. UiQ.
Supl. 1. .\uv, 45. Sup. c.
An de J. -G. 800. J
Fart de ses œuvres sont des explications de Ecriture sainte , et des traités de théologie. On voit dans tous ces écrits plus de travail que de génie , plus de mémoire que d'invention et de choix. Avec toute sa grammaire , sa rhétorique , sa dialectique , il ne parle le latin ni purement ni élégamment; son style est chargé de paroles inutiles , d'ornements affectés, et de pensées communes ; et ses raisonnements sont souvent peu concluants , mais ces défauts lui sont communs avec les autres écrivains de son siècle. Ils n'ont rien d'original , et ne nous apprennent que les faits de leurs temps. Ce qu'ils ont fait de meilleur, est de maintenir la tradition de la sainte doctrine de l'Eglise, et de nous conserver les bons livres de l'antiquité sacrée et profane, que nous n'aurions plus sans les soins qu'ils ont pris d'en recueillir et multiplier les exemplaires. Ce qui est de moindre dans les auteurs de ce moyen âge , sont leurs poésies. La plupart n'y entendoient autre finesse que la versification ; et leurs vers ne sont que de la prose mesurée , souvent plus plate que la simple prose , à cause de la contrainte du vers.
On trouve dans les lettres d'Alcuin quelques points de discipline ecclésiastique, qui méritent d'être remarqués (1). Il explique les deux glaives dont il est parlé dans l'Evangile dans un sens allégorique (2) , mais sans les appliquer aux deux puissances temporelle et spirituelle, comme on a fait depuis. Il exhorte le roi Charles à prendre soin de la conversion des Saxons, et des Huns nouvellement soumis ; de ne leur point imposer dans ces commencements la nécessité de payer les dîmes à l'église , et de les faire bien instruire avant leur baptême , suivant la méthode prescrite par saint Augustin. Il parle encore du baptême dans une lettre à Paulin d'Aquilée , où il blâme la pratique d'Espagne, de ne plonger qu'une fois les baptisés, ou répéter à chacune des trois immersions le nom de toutes les trois personnes de la trinité. L'usage de l'église catholique étoit de ne nommer qu'une des personnes divines à chacune des immersions. Il reprend encore dans cette lettre ceux qui doutoient si les âmes des saints étoient reçues dans le royaume céleste avant le jour du jugement. Il écrit aussi du baptême à un prêtre , nommé Oduin , et aux frères de l'église de Lyon , et en décrit tout au long la préparation et l'administration , mettant ensuite l'eucharistie et la confirmation la dernière, sans y parler d'onction. Dans cette même lettre , il blâme ceux qui mettoient du sel au saint sacrifice. Dans une autre, adressée aux frères de la province des Goths, il prouve la nécessité de confesser ses péchés aux prêtres , et y exhorte les jeunes gens de l'école ae Saint-Martin (3).