XI. Léon rArménien y iconoclaste
En Orient, l'empereur Léon l'Arménien, voulant affermir sa puissance , fit enfermer dans des îles et des monastères séparés Michel, son prédécesseur , sa femme Procopia et ses deux fils, Théophy lacté et JNicétas, qu'il rendit eunuques (4), Ils changèrent tous trois de nom en embrassant la vie monastique. Le père prit celui d'Athanase, et vécut encore trente-deux ans, jusqu'à l'an huit cent quarante-ciiiq. Théophy lacté prit le nom d'Eustathe, et mou-
(l) Vita Val. to. 5. Act.
Ben. p. 453.
{t) Sup. l. XLV, n. A9.
(3) Vila Adalh n. 3, to.
5, Act. Bened. p. 310.
H) CoQSt. Contin. lib. I p. 13.
rut cinq ans après son père. Nicétas prit le nom d Ignace, et fut patriarche de Constant! nople , célèbre par sa vertu et ses soufl'rances.
L'empereur Léon étoit de poUie taille, mais plein et bien fait; sa voix étoit un tonnerre; son poil si rude, que le palriarclie Aicépliore, en lui mettant la couronne , crut avoir touché des épines (1). On le nommoit caméléon, tant à cause de sa taille que de ses mœurs changeantes et son hypocrisie. D'abord il parut catholique, mais dès la seconde année de son règne, enflé parle succès de ses armes contre les Bulgares, il se déclara contre les saintes images , et dit à quelques-uns de ses courtisans (2) : Pourquoi pensez -vous que les chrétiens soient sous la domination des infidèles, si ce n'est parce qu'ils adorent les images? Considérez que tous les empereurs qui les ont reçues ont été détrônés ou tués en guerre ; au contraire, ceux qui ne les ont point adorées sont morts de leur mort naturelle dans leurs f)alais, et ont été enterrés avec honneur dans l'église des Apôtres. Je veux les imiter, afin de vivre long-temps, et laisser l'empire à mon fils et à mes descendants, jusqu à la quatrième génération. On dit qu'il avoit consulté un prétendu devin, nommé Sabbatius, qui lui avoit promis irente-deux ans de régne avec son fils Constantin , et la victoire sur les Bulgares , s'il abolissoit les images. Il chercha donc des g(*ns qui pussent l'aider dans son dessein , et trouva deux sénateurs, Jean Specta et Eutyquien, et un prêtre, nommé Jean, depuis très-(t»lèbre entre les iconoclastes (3). Il naquit à Constant i nople, d'une famille noble, et fut grannuairien de profession, et fort exercé dans les subtilités de la dialectique. Il étoit aussi magicien ; et, comme il se servoit d'un bassin pour fwédire l'avenir, on lui donna le nom de Lécanomante , sous lequel il vsi le plus connu'; mais on le nonmidit aussi Hilylas ou Hili^ila. H fut ahlx' du monastère de Saint-S(Tge et Saint- Batxjue, dans le palais d'Hormisdas, et compté entre le clergé imp<Tial. L'empereur Léon , ayant donc trouvé cet homme propre à son dessein, lui promit, s'il le faisoit réussir, de le faire patriarctie, et lui donna un ordre, en vertu duquel il commença vers la Pentecôte de l'an huit cent quatorze, à feuilleter avw quelques antres les anci(His livres de toutes les bibliothéqui»s de Constant! nople, tant des églises que di»s monastères. En ayant asw^mblé un grand nombre, ils marquèrent les passages que leur indiqua le concile des iconoclastes, tenu sous Constantin Copronyme, mais ils brûlèrent plusieurs livres, qui leur parurent trop favorables aux images (4).
Antoine, métropolitain de Sylêe , fut mandé par l'empereur, et arriva à Conslantinople
(I) Simeon Maj^isl.
f2) Aucl. Incert. posl Theoph. p. 435, C.
(3j Script. po6t Th. p.
Vita Nicela;. c. 5, n. 3«.
Bo!l. to. i\,p. 2M. Vita S.
Tlu'od. Slud. n. 6. Tost Thcoph. lib. 4, n. 6, 7.
<4) Sup. I. KUll, n. 7.
AndcJ.-C 814.}
au mois de juillet. Il étoit fils d'un prêtre tailleur d'habits, et se nommoit originairement Constantin. Après avoir enseigné'le droit quelque temps, il s'enfuit pour ses crimes, et embrassa la vie monastique. Ce fut alors qu'il changea son nom en celui d'Antoine. Il avoit été élevé dans la religion catholique, mais il embrassa l'hérésie des iconoclastes , pour avoir entrée dans le palais et accès auprès du prince; et ses manières n'y servirent pas peu, car il étoit plaisant et faisoit agréablement un conte. De moine il devint abbé et enfin métropolitain de Sylée, qui est la même que Pergé, capitale de Pamphilie, un des grands sièges dépendants de Constantinoplo. 11 amena avec lui deux moines, l'un nommé Léonce, l'autre Zosime, qui mourut peu de temps après, ayant eu le nez coupé pour un adultère. Antoine étant donc arrivé, l'empereur lui déclara son dessein, et lui demanda sjl étoit écrit qu'il faille adorer les images. Non, répondit Antoine, maison dit que c'est une ancienne tradition. Pour moi, dit l'empereur, je ne puis m'y résoudre, s'il n'est écrit expressément dans l'Evangile ou dans saint Paul : Adorez mon image.