‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 416 sur 2407 · LIVRE QUARANTESIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTESIXIEME

IHI

tout le concile avec une autre rédigée en un volume séparé pour les religieuses chanoinesses. Le principal auteur de cette collection fut Amalarius, diacre de l'église de Metz, à qui l'empereur en donna la commission (1).

La règle des chanoines contient cent quarante-cinq articles, dont les cent treize premiers ne sont que des extraits des pères et des conciles, touchant les devoirs des évéques et des clercs. Les pères sont saint Isidore de Séville, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire, saint Prosper, ou plutôt Julien Poraer, auteur des livres de la vie contemplative; les conciles de Nicée, de Chalcédoine, d'Antioche, de Laodicée, de Sardique, d'Ancyre , de Néocésarée , de Gangre, le recueil des conciles d'Afrique, les décrétales de saint Léon et de saint Gélase. Ces extraits tînissent par les deux sermons de saint Augustin, de la vie commune, et ensuite commencent les règlements qui sont proprement de ce concile.

On y comhat premièrement l'erreur populaire de ceux qui croient que les préceptes de l'Evangile ne sont que pour les moines et les clercs ; ensuite on marque la distinction des moines et des chanoines. Il est permis à ceux-ci de porter du linge, de manger de la chair, de donner et de recevoir, d avoir des biens en propre, et de jouir de ceux de l'église, quoique tout cela soit défendu aux moines. Mais ils ne doivent pas s'appliquer moins que les moines à fuir le vice et embrasser la vertu. Les chanoines doivent loger dans des cloîtres exactement fermés, où il y ait des dortoirs, des réfectoires et les autres lieux réguliers. 11 reste encore à présent de ces bâtiments dans plusieurs villes épiscopales. Le nombre des chanoines, en chaque communauté , sera proportionné au service de l'église, de peur que, si par vanité les prélats en assemblent un trop grand nombre, ils ne puissent suffire aux autres besoins de l'église, ou que ces chanoines, ne recevant point de gages, deviennent vagabonds et déréglés. Quelques prélats ne tiroieut leurs clercs que d'entre les serfs de l'église, afln que, s'ils les privoient de leurs pensions , on leur fiiisoient quelqu'aulre injustice, ils n'osassent se plaindre, de peur d'être rudement châtiés ou remis en servitude (2). On défend cet abus, et on ordonne que les nobles seront admis au clergé , sans exclure les personnes viles qui en seront trouvées dignes. Les clercs qui ont du patrimoine et du bien de l'église ne recevront que la nourriture pour le service qu'ils rendent ; ceux qui ont du bien d'église, sans patrimoine, auront la nourriture et le vêtement ; ceux qui n'ont ni patrimoine ni bien d'église auront de plus des pensions , et tous auront part aux

r(l) Chr. Ademari. an.

816, lo. 2, Bibl. No. p. 154.

(2) G. lU, 115, 118, 119.

aumônes ou oblatîons journalières. Par les biens d'église il faut entendre les bénélices , c'est-à-dire les fonds dont quelques clercs jouissoient par concession de Tévéciue. On donnera à tous les chanoines la même quantité de boisson et de nourriture , sans avoir égard à la qualité des personnes. Mais la portion sera plus ou moins grande, selon la fertilité du pays et la richesse des églises, c'est-à-dire communément quatre livres de vin ; quand il y en a moins, on supplée par la bière. La livre étoit de douze onces : ainsi les quatre livres font environ trois chopines, mesure de Paris. Les chanoines éviteront dans leurs habits les extrémités vicieuses de propreté et de parure , ou de saleté et de négligence. Ils ne porteront point de cuculles, parce que c'est l'habit des moines ; ce qu'il faut entendre d une espèce de manteau , qui se nommoit proprement ainsi , et non de tout habit ayant un capuce, comme le camail que portent encore les chanoines. Les chanoines seront assidus à toutes les heures de Voffice; et, sitôt qu'ils entendront la cloche, ils se presseront de venir à l'église avec modestie (1). Ils chanteront debout, sans bâtons pour s'appuyer, si ce n'est à (a use de l(»ur foiblesse. On choisira pour lire et pour chanter ceux qui en seront les plus capabk»s, et qui s'en acquitteront avec le plus d'édification, sans en tirer vanité. Les chanoines viendront tous les jours à la conférence, c'(»st-à-dire au chapitre, où on lira cette règle et d'autres livres d'édification ; ils y demanderont pardon de leurs fautes, et recevront la correction ; ils y traiteront de leur avancement spirituel et des affaires de l'Eglise. Quiconque aura négligé d'assister aux heures, de venir à la conférence, d'exercer son obédience, qui sera venu tard à table , sorti du cloître sans congé , aura couché hors du dortoir sans nécessité inévitable, ou lait quelqu'autre faute semblable, sera averti jusqu'à trois lois et plus, et puis blâmé publiquement ; s'il ne se corrige, on le réduira pour toute no irriture au pain et à l'eau ; ensuite on lui donnera la discipline, si l'âge et la condition le permet, sinon on se contentera de le séparer et le faire jeûner. Enfin on l'enfermera dans une prison destinée à cet effet dans le cloître. S'il est inœrrigible, on le présentera à l'évckjue pour être jugé et condamné canoniquement (2).

Les enfants et les jeunes clercs seront logés tous dans une chambre du cloître, sous la conduite d'un sage vieillard , qui aura soin de leur instruction et de leurs mœurs (3). Au-dessous des évéques, les communautés de chanoines seront gouvernées par des prévôts, choisis selon le mérite, non suivant l'âge ou le rang qu'ils tiennent dans l'église. 1^'s boulangers, les cuisiniers et les autres serviteurs de la communauté seront choisis entre les serfs

les plus fidèles de Féglise. Les évéques établiront un hôpital pour recevoir les pauvres, et lui assigneront un revenu suffisant aux dépens de l'église (1). Les chanoines y donneront la dîme de leurs revenus , même des oblations ; et un d'entre eux sera choisi pour gouverner l'hôpital, même au temporel. Les chanoines iront, au moins en carême, laveries pieds des pauvres : c'est |M)urquoi l'hôpital sera tellement situé qu'ils y puissent aller aisément. C'est , si je ne me trompe , l'origine la plus certaine des hôpitaux fondés près des églises cathédrales, et dirigés par les chanoines.

Quoique les chanoines puissent avoir des maisons particulières, il y en aura toutefois une dans le cloître pour les inlirmeset les vieillards, qui n'en auront point d'autres, et leurs frères auront soin de les visiter et les consoler. Ces maisons particulières doivent être pour s'y retirer le jour, ou en cas de maladie ; car régulièrement les chanoines couchoient dans le dortoir commun. 11 y aura un portier choisi d'entre les chanoines, qui ne laissera entrer ni sortir personne Siuis congé , et après complies portera les clefs au supérieur. Les femmes n'entreront point dans le cloître, et aucun des frères ne leur parlera sans témoin (2). J'ai mis au long celte règle, parce qu'elle est très-célèbre , et a servi pendant plusieurs siècles à former les chanoines et les distinguer de tout le reste du clergé. Celle de saint Chrodcgand en étoit comme le modèle (3).

Page 1