XXX. Chute des abbés d Orient
Cependant saint Théodore Studitc implora le secours du pape Pascal contre la persécution qui continuoit en Orient; car l'empereur Léon l'Arménien , voyant qu'en exilant les évêques et les abbés défenseurs des images, il ne faisoit que les affermir davantage , en fit revenir plusieurs à Constantinople, entre autres
(1) G. 25, 27, 20,44, 59, to. 1, Capit. p. 589, et not. 32, 34, 55, 81, 14, 40. to. 2, p. log2, Goilit. an.
(2; To. 7,C0DC. p. 1513, 817, U. 23V.
An de J.-C. 817.]
l'abbc Nicétas, qui avoit à peine demeuré cinq jours au lieu de soi exil, et revint avec les mêmes incommodités qu il avoit été mené(1). On les laissa en repos à Constantinople pendant le reste de l'hiver et le carême de l'an huit cent seize. Après Pâques l'empereur les livra à Jean Léconomante, qui les mit séparés les uns des autres en des prisons obscures , où on les laissa coucher sur la terre dans leurs habits , sans leur donner même de couvertures : on leur jetoit par un petit trou une once de pain àuoisi et un peu d'eau puante. Jean , voyant qu'ils aimoient mieux mourir
3ue de trahir la vérité , leur dit : On ne vous emande autre chose que de communiquer une fois avec le patriarche Théodote ; et on vous renverra à vos monastères sans vous obliger à quitter votre créance. Ils se laissèrent séduire par cette promesse, et étant sortis de prison ils vinrent trouver saint Nicétas, Texhorlant à se tirer aussi de la sienne. D'abord il ne vouloit point les écouter , mais ils insistèrent , en disant qu'ils ne pouvoient se résoudre à sortir elle laisser en prison. Ce que 1 on nous demande, ajoutèrent-ils , n'est rien; usons un peu de condescendance pour ne pas tout perdre. Nicétas céda enfin à l'autorité de ces vieillards et à leurs instances. Ils allèrent tous ensemble dans un oratoire dont on avoit conservé les peintures, et ils communièrent de la main de Théodote, qui dit analhème à ceux qui n'adoreront pas l'image de Jésus-Christ.
Après cela , les autres abbés retournèrent chacun à son monastère ; mais Nicétas, louché du remords de cette action, qu'il n'avoit fait qu'à regret , résolut de s'enfuir en un autre pays pour réparer sa faute. Ayant donc mis ses bardes dans une barque , il passa à Proconèse , et là il changea d avis, et il dit en luimême: Il faut faire la réparation aumêmelieu où la faute a été commise : ainsi il revient à Constantinople, témoignant hardiment qu'il étoit toujours dans la même créance. L'empereur l'ayant appris le fit venir et lui dit : Pourquoi n'êtes-vous pas retourné comme les autres à votre monastère, suivant mes ordres? Nicétas répondit: Sachez, seigneur, qu'encore que par complaisance pour les abbés j'aie fait ce que je ne devois pas , je suis toujours dans les mêmes sentiments ; et que je ne communique point avec votre parti : faites ce qu'il vous plaira, vous n'aurez autre chose de moi. L'empt^reur, le voyant inébranlable, le fit garder premièrement à Constantinople par un officier, nommé Zacharie , homme pieux , qui traita le saint abbé avec beaucoup de douceur et de respect : mais ensuite il fut relégué dans rtle de Sainte-Glycérie, sous la conduite de l'eunuque Anlhime, que les iconoclastesavoient fait exarque des monastères de ces quartiers. Ils lui promirent un plus haut degré d'honneur s'il obligeoit Nicétas à communiquer
(l) Vila S. JNic. C.7, Û.40. Bull. t. 9, p. 204. Sup. d. 1».