XIV. Ansegise , abbé de Fontenelle
L'abbaye de Fontenelle, ou de Sainl-Vandrille, fut une de celles qu'Eginhard posséda , et il la gouverna environ sept ans, après lesquels il la quitta volontairement, et l'empereur Louis la donna au moine Ansegise , qui avoiteu sousEginhard l'intendance de ses bâtiments (1). Ansegise éloit de noble race des François, embrassa la vie monastique dans celte même abbaye de Fontenelle, sous l'abbé Giroualde ou Gervolde, qui peu de temps après le mena à la cour, et le recommanda à Charlemagne. Ce prince lui donna le monastère de Saint-Sixte de Reims, alors hors la ville, aujourd'hui dedans, et réduit en paroisse , et le monastère de Saint-Memmie de Châlons, à présent occupé par des chanoines réguliers. Mais Ansegise, après les avoir gouvernés quelque temps, les quitta , et le roi Charles lui donna l'abbaye de Flay, ou Saint- Germer, au diocèse de Keauvais, l'an huit cent sept. Il la trouva dans une grande pauvreté, et presque sans bâtiments, mais en peu d(» temps il la répara magnifiquement. Comme il entendoit fort bien l'agriculture, il avoit toujours grande abondance de grains et d'autres fruits, qu'il donnoit libéralement à ceux qui en avoient besoin , car il s'appliquoit à soula- <rer le prochain en toute manière. Après la mort de Charlemagne , l'empereur Louis l'employa en plusieurs ambassades, et lui donna l'abbaye de Luxeu l'an huit cent dix-sept, quatrième de son règne, et en huit cent ving-trois C'ile de Fontenelle, outre Saint-Germer, qu'il gardoit toujours : ainsi il jouiss(jit de trois abbayes à la fois, mais il les remit en meilleur étal qu'elles n'étoient.
Il fit tant de bien à Fontenelle, qu'on le comparoil à saint Vandrille et à saint Aubert. La négligence et la dureté de quelques abbés, qui ne donnoienl pas aux moines les choses nécessaires, avoit mis ce monastère en décadence ; les bâtiments tomboient en ruine , l'observance y éloit relâchée, la règle presque oubliée. Ansegise fit venir de Luxeu des moines vertueux, pour l'enseigner à ceux de Fontenelle et leur en montrer la pratique. Il
bâtit magnifiquement le dortoir, le réfectoire, le chapitre, et y fit faire des peintures par Madulfe, peintre fameux de l'église de Canibray . Pour Oter aux moines tout sujet de plainte, il régla avec eux la qualité et la quantité de tout ce qui étoit nécessaire pour leur nourriture et leur vêtement, les terres qui dévoient fournir chaque chose en espèce, et de l'argent pour le reste (1). Il donna à ses trois monastères quantité de vases précieux, d'ornements d'église et délivres, qui consistoient principaiement en ouvrages des pères. !i
L'abbé Ansegise, voyant que les capitulaires de Charlemagne et de Louis son fils étoient dispersc's en plusieurs feuilles volantes de parchemin , et craignant qu'on ne les oubliât avec le temps, en fit un recueil en huit cent vingtsept, indiction cinquième, la treizième année du règne de Louis (-2). Il divisa ce recueil en quatre livres. Le premier contient les capitulaires de Charlemagne, touchant les matières ecclésiastiques, en cent soixante-deux articles; le second livre comprend les capitulaires ecclésiastiques de Louis, en quarante-huit articles; le troisième contient les capitulaires de Charles sur les matières profanes, en quatre-vingtonze articles; le quatrième ceux de Louis, sur les mêmes matières, et les articles sont au nombre de soixante- dix -sept. A la fin du quatrième livre, il mit trois additions de capitulaires imparfaits ou répétés. Ce recueil de l'abbé Ansegise a toujours depuis été trèsfameux, et se trouve cité incontinent après dans les capitulaires de l'empereur Ijjuis et de ses successeurs, comme ayant autorité publique (3).
La même année, huit cent vingt-sept, mourut saint Hildegrim, frère de Ludger, la quarante-septième année de son épiscopat (4). 11 étoit premièrement évêque de Chûlons-sur- Marne, et fut un de ceux que Charlemagne choisit pour établir le christianisme dans la Saxe. Il le mit d'abord à Salingeslat , où il avoit fondé un monastère en l honneur de saint Etienne ; mais Hildegrim transféra son siège à Halberstat, dont la fondation n'étoit pas encore bien affermie, et toutefois il établit trentecinq églises paroissiales.