‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 531 sur 2407 · XI. Partage entre les frères · texte numérisé non relu

XI. Partage entre les frères

L'année suivante, huit cent quarante-deux, les deux rois, Louis et Charles, toujours unis, vinrent à Aix-la-Chapelle, qui étoit la capitale de l'empire francois (1). Lothaire y avoit passé après sa défaite,' et de là en Saxe, où, pour refaire des troupes dans le désespoir de ses affaires , il avoit permis aux Stilingues , le peuple des Saxons le plus nombreux, de choisir entre leurs anciennes lois et les nouvelles que les Francois leur avoient imposées. Ayant cette liberté, ils retournèrent au paganisme. 11 donna aussi des terres considérables à Hériol , chef des Danois , soumettant aussi à des païens des chrétiens et des églises. Ses deux frères étant donc à Aix-la-Chapelle, délibérèrent de ce qu'ils feroient des étals qu'il avoit abandonnés. Ils crurent devoir s'en rapporter aux évêques et aux prêtres qui ètoienl avec eux en grand nombre , et suivre leur avis comme la volonté de Dieu. Les évéques considérèrent toute la conduite de Lothaire depuis le commencement , comment il avoit ôté la couronne à son père, combien de parjures il avoit fait commettre au peuple chrétien par son ambition , combien de fois il avoit lui-même faussé les serments faits à son pt're et à ses frères ; combien de fois, après la mort de son père, il avoit voulu les dépouiller ou les ruiner ; de combien d'homicides , d'adultères, d'incendies et d'autres crimes il avoit été cause; que d'ailleurs on ne voyoit en lui ni capacité pour gouverner, ni aucune trace de bonne volonté. C'est pourquoi ils décidèrent que c étoit par un juste jugement de Dieu, qu'après avoir été vaincu il avoit abandonné une partie de ses états ,* et que Dieu l'avoit donnée à ses frères, meilleurs que lui. Mais ils ne leur permirent de s'en mettre en possession qu'après leur avoir demandé publiquement s'ils vouloient les gouverner suivant l'exemple de lothaire ou suivant la volonté de Dieu. Ils répondirent qu'autant que Dieu leur en donneroit la connoissance et le pouvoir , ils vouloient se gouverner, eux et les autres , selon sa volonté. Et nous, reprirent les évéques , nous vous exhortons et vous enjoignons, par l'autorité divine , de prendre ce royaume et le gouverner suivant la volonté de Dieu.

Les deux frères choisirent ensuite chacun

[An de J.-C. 8ii.

douze personnes pour faire le partage du royaume que Lothaire avoit laissé, et un de ces douze fut JNithard , qui en a écrit l'histoire. 11 étoit proche parent des rois , fils du comte Angilbert, depuis abbé de Sainl-CentuleouSaint- Riquier , et de Rerlhe, fille de Charlemagne (1). Nithard fut toujours attaché au parti du jeune roi Charles ; mais enlin , dégoûté des troubles qui agitoient la France , il se retira au même monastère de Centule, et le gouverna après le septième abbé nommé Louis. INithard ne fut abbé que peu de jours, car, ayant été obligé de prendre les armes contre les Normands, il fut tué dans un combat.

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